Id., Livre II, par. 17, f'. 10, verso
LA GLOIRE DE DIEU
sont « des folies ou des impostures en elles-mêmes, jamais enseignées ni supportées par Jésus-Christ, lequel, s'il revenait maintenant, trouverait que de détruire ces doctrines abstruses... serait un ouvrage plus difficile que celui qu'il avait entrepris en renversant les superstitions des Juifs et des Païens, pendant le temps de sa vie \ »
Quel Christianisme Leibniz eût-il, en son quatrième livre, substitué au christianisme dépravé des sectes existantes? Eût-il choisi la forme d'un protestantisme extra-confessionnel, s'appauvrissant en moralisme? Eût-il précisé au contraire le dogmatisme chrétien et le problème de l'essence de Jésus- Christ, selon une méthode adaptable ensuite soit à un protestantisme libéré des orthodoxies particulières, soit à un catholicisme régénéré ? Nous ne connaissons point la période constructive de cette œuvre passionnée. Devons-nous donc nous résigner à toujours ignorer la pensée intime de Leibniz? Plutôt revenons au titre môme et méditons-le :
Il est une Loi de la Nature, à la vérité très distincte de cette « loi naturelle » dont les écrivains du xviii" siècle multiplieront les superficielles expressions. Le Paganisme la corrompt. La
1. Leibniz ajoute et termine ainsi : « Quiconque donc me permet de me moquer de ces choses dans le paganisme ne doit point trouver mauvais que je ne les saurais mieux traiter lorsqu'on les a transplantées dans le christianisme, non plus que je voudrais l'aire différence entre la tyrannie d'un païen et celle d'un chrétien, et entre croire sans raison et croire ce que d'autres m'imposent. Tout cela peut suffire pour faire connaître le paganisme, qui paraît être si éloigné de la bonne et même de la tolérable religion. Nous allons maintenant en trouver une meilleure parmi les Juifs, quoicpie la leur ne soit pas encore la plus parfaite. Cependant, ce que nous venons de dire sur le paganisme et le christianisme corrompu est une instance mémorable de l'extravagance où la nature humaine peut aller. Et si quelqu'un s'étonne comment les hommes ont abandonné le bon et droit chemin, pour s'égarer d'une si étrange manière, il n'a qu'à considérer comment la doctrine simple et naturelle de Jésus-Christ est enfin dégénérée en superstitions de la manière que nous le voyons dans la papauté. » Inédits, Parallèle, Livre II, f" 10, verso.
LA GLOIRE DE DIEU
Loi de Moïse redresse le Paganisme ; elle ne retrouve pas encore la Loi de la Nature. Elle n'édifie pas encore ; elle corrige seulement et prépare. Le Christianisme alors interprète nos plus profonds instincts, et nous réconcilie avec la vérité originelle que nous portons en nous. Gomment la reconnaître à travers toutes les sectes? N'est-ce pas en creusant vers cette Loi de la Nature? Ici, en cette œuvre violente, Leibniz semble mépriser les expressions actuelles, si dépravées. Ailleurs, il se pejichera vers elles, peut-être pour les régénérer et les ramener à leur pureté première. Mais, quelle méthode critique serait valable, qui ne se fonderait pas sur un Ordre Universel auquel se doivent ramener les religions? De là ce constant appel à la Loi de la Nature ou à la raison. « La raison est la voix naturelle de Dieu; et ce n'est que par elle que la voix de Dieu révélée se doit justifier ^ »
Ainsi, amour divin et amour humain; bien individuel et bien universel; raison et foi; nature et christianisme; tousces concepts hostiles, résolvant leurs oppositions, ont pu être combinés en de successives synthèses. L'entière certitude fait défaut, j)arce que jamais Leibniz ne systématisa pleinement sa pensée religieuse. Que soit donc évitée toute conclusion absolue. En elle survivrait Thabituel préjugé de notre critique, avide de solutions tranchées et facilement communicables.
Quelle que soit, d'ailleurs, la matière étudiée en l'œuvre de Leibniz, toute conclusion qui se voudra trop rigoureuse sera presque inévitablement fausse. Que l'on approfondisse