‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 295 sur 306 · Id., t. Vil, pp · texte numérisé non relu

Id., t. Vil, pp

LA GLOIRE DE DIEU

judaïque, on mutilerait la pensée de Leibniz. Bien loin d'abaisser le prophétisme à Textase subjective, il voudrait élever cette extase jusqu'à la rendre annonciatrice du prophétisme. Mais, persuadé de la fusion de la grâce et de la nature, il ne conçoit pas qu'une « inspiration » contredise la nature, ou inversement, qu'une extase, parce qu'elle se traduit par des résultats objectivement nuls, se puisse ramener entièrement à une imagination maladive. Là, n'est-ce pas claire vision; ici, pressentiment obscur ? Dieu se communique aux prophètes véridiques ; mais comment ne se donnerait-il pas aussi aux humbles, qui trouvent en une exaltation une source de joie et de progrès intérieur ?

On ne peut dès lors se méprendre sur une telle analogie. Leibniz ne songe ni à réduire le prophétisme, ni à dénaturer les extases ordinaires. Si toutes les monades s'expriment les unes par les autres, selon d'infinis degrés de clarté et d'ombre, rinspiration accentue la compénétration universelle. De môme qu'un Ezéchiel transfigura les images dont déjà peut-être l'expérience lui fournissait l'humble préformation ; de même l'inspiration pénètre de plus en plus intérieurement, et jusqu'à percevoir quelques détails de leur destinée, les forces déjà produites par la nature. Est-elle pour cela diminuée ? Et plutôt ne doit-on pas dire : « La nature même mène à la grâce et... la grâce perfectionne la nature en s'en servant* »?

/^^Toutes les notions se rejoignent ainsi finalement ; et l'univers apparaît comme une puissance de métamorphose : Rien de stable ; nulle méditation d'où ne doive surgir une action ; nulle action qui ne soit convertible en pensée ; nulle contem-

V l. Gerhardt, Phil. !Schr., 6d. cit., t. VI, p. 605. Principes de laNature et de la Grâce, par. 15.

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plation qui ne se puisse transformer à la fois en pensées neuves et en actes infiniment renouvelables^ Puisque les êtres ne s'achèvent jamais en eux-mêmes, mais en d'autres plus accomplis, où ils trouvent la raison de leurs pressentiments obscurs ; comment les actions inférieures se justifieraient-elles, sinon en se régénérant par les fins plus hautes vers lesquelles inconsciemment elles tendaient déjà ? Leibniz semble avoir modelé sa vie intérieure selon ce rythme monadique. Le o-rand but est l'amour de Dieu, écrivait-il à Morell, « je ne pense pourtant pas que le reste soit vanité. Au contraire je trouve du bon et du sohde partout. Mais l'important est de le savoir bien rapporter à Dieu. Par exemple vos antiquités et vos médailles sont des justifications de l'histoire ancienne, laquelle sert de base pour démontrer la vérité de la religion et pour connaître le sens httéral de la Sainte Ecriture, qui ne doit pas être méprisé quoiqu'il ne suffise pas... Enfin, je trouve partout Dieu et sa gloire \ »

Dès lors, Leibniz obéissait aux plus profondes exigences de son âme, quand il interprétait la réalité religieuse. Héroïquement tendu vers toitt ce qui est, il semble s'être volontairement chargé de toutes les choses qui fussent assez fortes pour passer de la puissance à l'acte. Il les scruta, pour leur ravir un secret métaphysique. Peut-être expliquerait-on ainsi métaphysiquement qu'il se soit attaché à l'Eghse concrète, et non pas seulement à un Royaume idéal de la Charité sur la terre. De hautains penseurs tels que Spinoza ne veulent découvrir d'autres marques de l'opération de l'Esprit que la Justice et la Charité. N'oubhent-ils pas, objecte Leibniz à Spinoza, qu'il y a des manifestations vivantes et concrètes de

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