Rommel, éd. cit., t. II, p
L EXPANSION VERS L ORIENT
mais il lui reprochait en même temps d'avoir calomnié les Jésuites. Distinction féconde et qu'il faut approfondir. Leibniz rêvait que les doctrines fussent isolées des hommes qui les professent. En ce qui regarde les Jésuites, il eût voulu prendre le probabilisme en lui-même, le détruire, et retrouver ensuite les Jésuites, dignes alors de tout respect et même de toute admiration.
Condamnait-il pourtant tout essai de probabilisme? Sans doute, il a écrit vers 1680 dans les « Préceptes pour avancer les sciences » : « Je ne parle pas... de cette probabilité des Casuistes qui est fondée sur le nombre et sur la réputation des Docteurs, mais de celle qui se tire de la nature des choses, à proportion de ce qu'on en connaît, et qu'on peut appeler la vraisemblance ^ » Il s'efforçait, en effet, de fonder une Logique du probable, dont l'étude des jeux de hasard eût été le point de départ", et qui se fût ramifiée en applications aussi amples que Texpérience totale ^ Mais une telle Logique apparaît comme une mathématique nouvelle, dont les conséquences seront surtout métaphysiques. Et dans ce nouveau système du probal)le, qu'il veut construire égal au système de la certitude, Leibniz ne désire-t-il point peut-être introduire une partie morale, qui serait une refonte du probabilisme des Jésuites ? Une lettre inédite au Landgrave semble permettre cette hypothèse : « 11 est indubitable )>, dit Leibniz, a qu on ne doit jamais commettre un péché pour tous les biens du monde, et quand même ce serait dans la vue d'empêcher d'autres péchés. Cependant on pourrait disputer si on ne pourrait