‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 37 sur 306 · Lettre inédite à Morell, 17 décembre 1698, f · texte numérisé non relu

Lettre inédite à Morell, 17 décembre 1698, f

LES JÉSLITES

simplification conceptuelle de la richesse réelle. Qu'importe si, en fait, cette « Caractéristique » ne devint guère autre chose. Réfléchissons que si elle se fût achevée en une algèbre universelle, du moins la préparation en eût réclamé une encyclopédie totale, recueillant non seulement la substance de tous les livres, mais les techniques de tous les arts, de tous les métiers, de tous les jeux, de toutes les actions humaines et naturelles. Rêve impérieux et obstiné de concentration cosmique.

La réalité chrétienne ne s'offrait-elle point, à ce moment, comme un monde qu'il faut évoquer puis scruter? En elle, l'ordre des Jésuites est, pour Leibniz, fascinateur. Si richement plastique qu'il se transposerait laïquement sans se détruire, cet ordre va rénover et promouvoir peut-être la science, l'éducation, l'action elle-même. Et que n'attendre point de sa puissance de mission en Extrême-Orient ? Cela surtout attire et retient Leibniz. L'œuvre de pénétration chrétienne, que rendit impossible l'ambition personnelle de Louis XIV, est devenue de nouveau concevable.

Un problème historique se pose tout d'abord. A quelle époque Leibniz étudia-t-il pour la première fois les Jésuites en tant que missionnaires ? Son séjour à Paris ne dut guère l'instruire. En effet, les missions, déjà actives à cette époque, n'occupaient pas encore les Jésuites français. Instituée au début du XVII' siècle par Matteo Ricci, la mission des Jésuites en Chine était restée italienne ou portugaise. Leibniz n'en pouvait avoir, entre 1G72 et 167G, qu'une connaissance théo- / rique. En revanche, l'idée même d'expansion orientale se

L EXPANSION VERS L ORIENT

précisait. Les Compagnies des Indes, fondées par Colbert, avec leur parti pris d'union des intérêts religieux et politiques, formulaient, dès 1604, l'une des idées essentielles du projet sur rÉgypte ^

Le séminaire des Missions Étrangères, créé à Paris par Dom Bernard de Sainte-Thérèse en 166^L ne signifiait que des tentatives individuelles. Plus tard seulement, en 1685, sous Faction du P. de La Chaise, les Jésuites sont officiellement envoyés en Chine. Or il est curieux de remarquer que l'ordonnance de Louis XIV était purement laïque : « Étant bien aise de contribuer, de notre part », y disait-on, « à tout ce qui peut de plus en plus établir la sûreté de la navigation, et perfectionner les Sciences et les Arts, nous avons cru que pour y parvenir plus sûrement il était nécessaire d'envoyer dans les Indes et à la Chine quelques personnes savantes et capables de faire des observations d'Europe ; et, jugeant que, pour cet effet, nous ne pouvions faire un meilleur choix que du P. de Fontaney, Jésuite, par la connaissance particulière que nous avons de son extraordinairee capacité... ordonnons et établissons [ledit P. de Fontaney] notre mathématicien -. »

Dès les premiers temps des Missions, les Jésuites s'étaient d'ailleurs introduits de façon laïque : le R. P. Verbiest avait été nommé président du « Tribunal des Mathématiques ». Le départ de la mission officielle eut lieu le l""' mars 1685, rentrée en Chine le 23 juillet 1687, à Péking le 7 février 1688.

1. Benoit du Roy. Recherches sur la politique coloniale de Colbert, Paris, 1902, in-8°. Cf. N. Pièces justificatives, pp. i>56 et suivantes. Sur ces compagnies des Indes Orientales et Occidentales, Leibniz écrivait lors de son séjour à Paris (cf. Klopp, éd. cit., t. II. p. 153) : « Die Ost und Westindische und Nordische Compagnien sind in Gefahr zu grunde zu gehen oder sinds schon, ailes llandel und Wandel liegt, das Land ist jiimmerlich erschopft, ailes ist taxirt, jedermann ruft Frieden. »

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