Lettre inédite au R. P. Bouvet, s. d. pages
LES JESUITES
qui ne butent à aucune ressemblance avec quelque espèce de corps \ »
Plus tard, le 18 août 170o, il se préoccupe de l'origine de ces caractères chinois. Sont-ils hiéroglyphiques? Sont-ils profanes? De toute manière, ils « doivent avoir un rapport considérable avec la vraie philosophie" ».
Leibniz eût voulu que les Jésuites fussent capables de développer auprès de l'empereur de Chine la coïncidence merveilleuse des caractères de Fohi et de la découverte de la dyadique. Ainsi la mission se fût inaugurée par la constatation d'un accord. De cet accord il faudrait désormais apporter les preuves. De là, tout le programme que Leibniz formule sans cesse dans ses lettres. Programme scientifique, à première vue bien éloigné de toute mission religieuse. Peut-être importe-t-il de saisir, au contraire, en quoi des recherches scientifiques paraissent à Leibniz initiatrices d'une conversion religieuse.
Pour convertir à des idées nouvelles un peuple qui déjà a élaboré et systématisé les siennes propres, il faut commencer par pénétrer dans le détail cette mentalité inconnue. Le point de départ indispensable sera l'étude exacte et minutieuse des diverses langues chinoises. On ne gagnera quelque chose, écrivait Leibniz k wxv Jésuite, que lorsqu'on connaîtra bien la
1. Lettre inédite au R. 1*. Bouvet, précitée, page 9, fol. 34.
2. Lettre inédile au R. P. Bouvet, (quatrième page assez serrée. |)ôstscriptum à une lettre du 18 août 1705). — Plus tard, Leibniz écrit que la langue chinoise est difficile à écrire, mais facile à parler. C'est d'ailleurs,
tijoute-t-il, une langue fort imparfaite. (Lettre inédile à Toland, 1710). Dans ine lettre inédite au comte de Walemberg (1707) Leibniz insinue que le déchiffrement des caractères chinois servirait extrêmement à l'analyse des pensées, donc à la Caractéristique. (Fragment in Correspondance inédite avec le R. P. Cima, fol. 3).
l'expansion vers l'orient
langue et les caractèresdes Chinois ', Dès lors, on imprimerait quelques livres chinois, non seulement avec des versions interlinéaires, « mais encore avec une analyse grammatique, qui rendît raison du caractère, quand il est composé d'autres primitifs, et qui expliquât surtout quantité de petites marques ou traits qui en doivent varier ou modifier la signification- ». Mais, pour qu une telle enquête soit féconde, il ne faut pas ana- Ivser une seule langue. Toutes les langues des peuples voisins de la Chine seront tour à tour scrutées : Corée, Japon, Siam, Java, Indes ; puis, langues tarlares ou langues des « peuples qui sont au septentrion de la Chine, des Indes et de la Perse ». Si, comme on Ta assuré à Leibniz, la langue mongole est réellement rapprochée de celle des Kalmucks, « qui sont encore plus occidentaux », il est capital de savoir si celle des Tartares de la Chine ressemble aussi à celle des Mongols \
Leibniz ne réclame pas ces enquêtes linguistiques pour obéir à une curiosité d'érudit. Il est déjà conscient des méthodes philologiques. « Les langues », écrit-il en un passage des Nouveaux Essais, «... étant les plus anciens monuments des peuples, avant Técriture et les arts, en marquent le mieux l'origine descognationset migrations' ». 11 réprouve les recherches désordonnées. Son principe de continuité trouve ici une apphcation féconde et le conduit à une rigueur toute moderne. Qu'on ne saute pas, recommande-t-il, d'une région à une autre même peu éloignée, mais qu'on chemine