Id., t. II, p
6. Id., t. II. p. 350. Cf. Victor Bérard, Turcs et Arabes, ap. Revue de Paris, 15 juin 1906, et Vers la Mecque, Revue de Paris, 1" et 15 août, l" sept. 1906.
L EGYPTE
ne le peut tolérer en Europe. Le Sultan, esclave et fils d'esclave, n'a jamais combattu lui-même. Il ignore son Empire mais il peut faire mourir qui il veut. Les habitants désirent des richesses. En vue de quoi? Ils l'ignorent. Seul, le faste religieux demeure, que le Sultan ne peut atteindre. Cet Empire est faible; il se dépeuple; les richesses du trésor impérial s'amassent, mais étouffent celui qui en est maître. On est au sein d'une irréalité tragique : « Il n'y a presque plus d'amour de l'homme pour l'homme*. »
Tous les peuples de cet Empire voudraient donc s'affranchir ; mais ils n'osent. « En leurs âmes serviles, à peine sorties de la prisbn et ignorant l'état du monde, il n'y a point de vastes desseins et de libres résolutions ; ils vivent comme au jour le jour; et Ton dirait qu'ils jouent un rôle sur le théâtre ^ » Nulle révolte ne fut définitive, parce que tout complice fut soupçonné dénonciateur^ C'est donc à nous, civilisés, — pense Leibniz, — de rendre permanentes et organisées ces révoltes fugitives et désordonnées : pachas, vizirs, janissaires, chrétiens, tous cherchent à détruire la tyrannie. Quand ils nous verront, ils se ranimeront. Car, dit Leibniz, « ils n'iofnorent ni leur servitude ni notre hberté* ». Les peuples d'alentour, Numides, Abyssins % Arabes, seront avec nous. Leibniz songe également aux Perses, dont il veut utiliser la haine contre les Turcs. Cette hostihté était d'ailleurs
1. Klopp, éd. cit., t. II, p. 314. Amor « inter Turcas hominis erga hominem pêne nullus est. » Sur l'importance de cette phrase, dans la pensée de Leibniz, cf. p. 43.
2. Id., t. II, p. 329. « Non sunt in servilibus animis et vix claustro egressis, et statum mundi ignorantibus, egregia quœdam consilia et generosa? destinationes; vivunt velut in diem, ac quasi in theatro personam agerent. »