‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 61 sur 306 · Lettre inédite à Imhof, 3 janvier 1708, folio 19, verso · texte numérisé non relu

Lettre inédite à Imhof, 3 janvier 1708, folio 19, verso

PIERRE LE GRAND

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qui l'abattrait peut-être, ne pouvait-elle être évitée? Dès 1698, c'est-à-dire deux ans avant qu'elle soit entreprise, Leibniz la prévoit en se la niant à lui-même. Il souhaite que le « Gzar, délivré de la guerre avec la Porte, ne réveille quelques vieilles brouilleries avec la Suède ; car ce qui serait d'un préjudice notable à cette couronne nuirait indirectement à la cause commune des Protestants, dans la situation présente des choses, qui est très dangereuse pour le protestantisme* ». Pourquoi Charles XII ne serait-il pas le grand Protestant attendu ^ ?

Si, durant toute la guerre du Nord, Leibniz, qui, dès les premiers jours, admira Pierre le Grand et désira collaborer à son effort, hésita pourtant dans ses projets, ne serait-ce pas à cause de l'indécise issue de cette lutte gigantesque ? L'un des deux aurait la prépotence orientale : sans doute, plus Leibniz correspondait avec les personnages avertis, plus il sentait que le génie créateur se trouvait en Pierre le Grand. Mais, au début, lors de la déclaration de guerre, durent monter en lui toutes les irritations protestantes. 11 fut justifié parla première bataille, la défaite de Narva (1701). On s'est étonné qu il l'eût célébrée. Peut-être, à ce moment, son admiration pour le Slave fut-elle maîtrisée par l'enthousiasme protestant. Il est heureux, en effet, sans restriction : « Les Moscovites paieront la folle enchère... », écrit-il à un diplomate suédois. (( Pour moi, je voudrais voir régner votre jeune roi jusque dans Moscou et jusqu'au fleuve Amour, qui sépare.

1. Guerrier, Leibniz in seinen Beziehungen zu Russland und Peter dem Groszen, éd. cit., Saint-Pétersbourg. 1873, iii-8% p. 38. Lettre à Witsen, 5 juin 1698.

2. Lettre i?iédite à Turretin, 26 octobre 1709. [Que les États protestants devraient avoir soin de l'équilibre protestant, absolument comme les btats catholiques se soucient de l'équilibre catholique.]

Baruzi. 8

i. EXPANSION VERS L ORIENT

dit-on, l'Empire des Moscovites et celui de la Chine. Les affaires étant désormais dans un tel état que le parti des Protestants, dans lequel le roi de Suède fait une si grande figure, a grand besoin d'être renforcé par quelque avantage considérable, après tant de fâcheux événements. Vos conquêtes de ce côté-là seraient importantes pour le bien commun ^ » N'estce pas donner à Charles XII le programme même de Pierre le Grand? Il n'y a pas là pourtant de contradiction. Puisque s'affirme un dualisme nordique, l'œuvre d'expansion nécessaire peut être la chose de l'un ou de l'autre. S'étonnera-t-on qu'un Protestant ait nié sentimentalement l'évidence, pour se figurer un instant la grande nation protestante portée par un roi mystique jusqu'à cette Chine, que lui-môme, Leibniz, depuis les premiers jours de sa pensée, il a cherchée obstinément? Il ne perd pas tout espoir et demande à Storren de l'entretenir à Berlin sur l'union possible des grandes puissances protestantes-. Sûrement, on l'avait instruit de la passion religieuse de Charles XII. Jusqu'à ce qu'il le vît en personne, sans doute il crut au fond de lui-même à quelque gigantesque évangélisation. Voilà pourquoi il souhaitait tant « qu'un ange de la Paix se mît au milieu et rendît le repos au Nord^ ».

Vraisemblablement, ce ne fut là qu'un rêve où seul le sentiment se souleva et prit forme. Leibniz ne l'exprime que très rarement et aux heures d'effusion. Le plan rationnel reste relatif à Pierre le Grand. Mais on méconnaîtrait une fois de plus la complexité de cet esprit, si l'on ne s'efforçait de retrouver, jusqu'à les grossir peut-être, les courbes multiples qui

1. Guerrier, éd. cit., p. 49. Lettre à Storren, 23 septembre 1701.

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