‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 71 sur 306 · Guerrier, éd cit., pp. 275-6, novembre · texte numérisé non relu

Guerrier, éd cit., pp. 275-6, novembre

B.VRUZI.

130 l'expansion vers l'orient

la régénérer, grâce aux vérités qu'on y mêlera ? Ainsi ne s'accomplira pas seulement l'affranchissement de l'humanité par l'humanité. Il ne^'agit pas avant tout de bienfaits matériels ou moraux. Au delà, une vérité se révélera, chaque jour plus loin, sur la planète. Et dès lors il y va de bien plus que d'une affirmation de la suprématie humaine. Pourquoi, ici, une frange obscure, et là, toute clarté? Vraiment, en nous est une force inconnue qui nous tourmente de chercher tous une même vérité. Le jour où tous sur la terre développeront avec fierté leurs diverses solutions, la « mission » aura fait son œuvre. « Il semble », dit Leibniz, « que ce soit le décret de Dieu que la science doive encercler les terres et venir désormais aussi en Scythie^ » Parole très grave et qu'il fallait approfondir. La science n'est plus le privilège d'un peuple ou d'une caste. Il faut qu'elle rayonne partout et sur tous. Ainsi se réalisera dès maintenant la parole de saint Paul : « Dieu sera tout en tous \ »

Il semble qu'une telle interprétation n'est pas trop distante de la pensée intime de Leibniz. Or Pierre le Grand n'est-il point l'homme prédestiné à cette œuvre ? Il rêve instinctivement la fusion des antiques traditions slaves avec les vérités trouvées ailleurs. Mais comment réussir dans cette subtile combinaison, sinon en se faisant soi-même Slave et Européen? Tel veut être cet homme; barbare, en le sachant à demi; civiUsé, dans la mesure où il le croit utile; désireux d^apprendre tout ce qui s'accorde avec les desseins fonda-

1 F. de Gareil, éd. cit., t. VII. p. 512. Projet dune lettre de Leibniz à Pierre le Grand, 16 janvier 1716 : « Es sctieinet, es sei die Scluckung Gottes dasz die Wissenschaft den Kreis der Erden umbwandern und nunmehr aucli zu Scythien kommen solle. »

Page 1