‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 81 sur 306 · F. de Gareil. éd. cit., t. VII, p · texte numérisé non relu

F. de Gareil. éd. cit., t. VII, p

3. Id., t. VII, p. 596 : « Ein jedes Land seine eignen materialen und VortlHMl hat. Doch, wed man erwarten musz, was andre Lander thun oder nicht thun wollen, kann man bei sich anfangen und was bereits in Ruszland eingefiilirt in genaue Beschreibungen bringen. )>

s'il ne l'eût d'abord systématisée selon une algèbre. Mais une théorie toute différente s'ébauchait en lui et malgré luimême, tandis qu'il préparait la première. Inconscient de sa propre force, il exprimait toute une esthétique et une philosophie des sciences, qui, bien loin d'aboutir à l'abstraction, étreignaient de plus en plus la réalité concrète. Ses idées étaient malheureusement tout à fait vagues. Il dégageait mal, par exemple, de l'art mécanique l'art plastique, que toujours dans son œuvre il laisse assez indistinct*. Mais, par le pur approfondissement de sa pensée, il réconciliait l'art véritable et la science constructive. Que des faits viennent nourrir cette théorie encore générale, et toute une esthétique neuve surgira.

De plus, par le souci de pénétrer non la méthode, mais l'invention même des penseurs ou des savants, il inaugurait cette logique créatrice, dont le secret se perdit depuis lors, et que quelques-uns aujourd'hui s'efforcent de ressaisir. Sans doute, en fait, il était ambitieux surtout de systématiser les inventions et de les rattacher à des ensembles ; et, par là, il était en contradiction avec sa plus intime pensée; car une telle méthode détruit peut-être l'invention même. Cet effroi de la découverte n'explique-t-il pas, d'ailleurs, les hésitations de Leibniz, qui, en possession par exemple d'un nouveau calcul géométrique et d'une nouvelle logique, se laissait constamment arrêter par tels souvenirs euclidiens ou aristotéliciens"?

1. Une telle lacune esthétique ne peut être expliquée que par l'académisme du xvii« siècle, qui avait fait perdre à tous les esprits la notion médiévale de l'unité de l'art. Je reviens plus loin sur cette question relativement à Leibniz. Gl". pj). 440 sqq.

2. M. Goulurat, qui d'ailleurs n'admettrait nullement ce dualisme que j'ai essayé de marquer en la pensée môme de Leibniz, a révélé le Calcul fjéomélrique de Leibniz dans un chapitre tout à fait intéressant. Gf. Logi/jue de Leibniz, ouv. cit., ch. ix.

L EXPANSION VERS L ORIENT

Néanmoins, à ceux qui essayent de recomposer sa pensée, Leibniz apporte tout un trésor concret, lourd d'inventions par bonheur non systématisées encore.

Il importe de ne point juger d'après des ressemblances extérieures, en disant que le désir d'étreindre les diverses techniques annonçait simplement le xviif siècle. Les Encyclopédistes regarderont comme leur grande innovation la description des arts et métiers. Mais, par là, ils traduiront surtout un goût naissant pour les choses et une lassitude des fausses dignités ; ils sentiront en eux-mêmes aussi une aspiration d'amour pour les laborieux du luxe; enfin, chez d'Alembert, la description se compliquera d'une arrière-pensée de classification des sciences, tout entière fondée, d'ailleurs, sur une psychologie elle-même vieillie. Bref, ce sera un effort moral ou social, « philosophique » mais non pas métaphysique. Tout autre e^i le point de vue de Leibniz, et si unique à vrai dire qu'il est plus aisément senti que défini. Leibniz ne fait qu'effleurer la question dans ses écrits à Pierre le Grand. Mais tout son projet deviendrait inexplicable si l'on ne s'efforçait de l'illustrer par le système total. Il est en effet la simple application pratique des plans théoriques antérieurs : Le Discours touchant la Méthode de la Certitude et VArt d'inventer, et le fragment dit : « Préceptes pour avancer les Sciences » (1680?)^ réclamaient la même œuvre et l'attendaient de Louis XIV, plus de trente ans auparavant. Ainsi toujours le même rêve circule dans toute cette vie : Gomment dès lors le ravir, si l'on ne se risque pas à le reconstruire ?

Leibniz ne veut pas qu'on décrive par amour des curiosités

1. Publiés par Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. VII. Cf. supra, p. 47, note 2.

PIERRE LE GRAND

OU même pour mieux connaître la vraie cause de ce qui nous entoure. 11 se place d'emblée dans les choses : G 'est notre pensée morte qui aujourd'hui renaîtrait, si nous nous occupions des techniques. Bien plus : Les choses sont de la pensée. Leibniz le déclare dans le Discours touchant la Méthode de la Certitude : « Pour ce qui est des connaissances non écrites, qui se trouvent dispersées parmi les hommes de différentes professions, je suis persuadé qu'elles passent de beaucoup, tant à l'égard de la multitude que de l'importance, tout ce qui se trouve marqué dans les livres, et que la meilleure partie de notre trésor n'est pas encore enregistrée \ » Nous nous trompons tout à fait sur les rapports de la théorie et de la pratique ; nous appelons « théorie » les discours vagues des savants sur des générahtés; et nous appelons « pratique )> les procédés de nos ouvriers, où nous ne nous demandons jamais si une théorie ne serait pas incluse. Mais en essayant de réduire en « théorie » la « pratique » des hommes nous ne serions pas encore fidèles à la réalité. Nous croirions encore à un dualisme de la théorie et de la pratique. Ce n'est pas de la pratique qu'on peut extraire une théorie ; la pratique est déjà une théorie. Sans doute notre esprit se rebelle contre cette dispersion de l'inteUigence. Nous avons au fond de nous-mêmes le préjugé de la Loi générale. Nous nous défions du particulier, et nous ne l'estimons objet de science que lorsque nous l'avons réduit au général. Gomment d'ailleurs décrire par des mots ces infinies particularités? Mais il faut surmonter cet obstacle. Regardons agir les (( chasseurs, les pêcheurs, les mariniers, les marchands, les voyageurs' .» ; étudions même les jeux et les exercices des

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