‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 104 sur 305 · CHAPITRE PREMIER LA GENÈSE UELIGIELSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA GENÈSE UELIGIELSE

Je commence en pliilosoplie, mais je unis en théoloirien -. "

On affirme que les idées de Leibniz sur l'Union des Églises sont extérieures à sa doctrine. Or, il ne suffit pas de répondre que pareille scission est inconciliable avec l'unité de toute pensée. De telles généralités n'ont aucune valeur scientifique. Si réellement les écrits religieux de Leibniz sont liés à ses œuvres philosophiques, les faits nous en doivent apporter la preuve.

1. Sources. Les sources relatives à ce chapitre sont : 1» Les écrits de jeunesse, édités par Leibniz lui-même : 2" les lettres écrites depuis l'extrême jeunesse, éditées ou inédites : 3» la série des fragments, le plus souvent inéilils, datés ou non datés, et qui servent à éclairer la formation religieuse de Leibniz ; 4" enfin l'ensemble de l'œuvre édité ou inédit. — les sources ne pouvant pas plus être isolées que ne fut isolée en Leibniz luimême la discipline religieuse. — Pour la même raison, on trouvera au moins autant de renseignements dans les ouvrages dogmatiques sur la philosoi)hie de Leibniz que dans les biographies proprement dites. — Les biographies de Eckhart : Des seel. Herrn von Leibniz Lebenslauf, 1717, in Murr's Journal zur Kunstgeschichte und allgemeinen Litleratur, t. VH, Niirnberg, 1779, déjà citée: Ludovici : Atisfiihrlicher Entwurf einer vollstdndifjen Historié der Leihnitzischen Philosophie, Leipzig, 1737; Guhrauer; G. \V. Freiherr von Leibnitz, eine Biof/vaphie, 2 vol. in-12, Breslau, 1846, — la dernière et la plus complète, — ne doivent être lues qu'avec précaution. Le livre de Kuno Fischer : Geschichte der neuern Philosophie, t. IH, Leibniz, Heidelberg, 4» édit. 1902, déjà cit., contient une importante partie biographique. Pour l'indication des principau.x ouvrages dogmatiques, voir Sources de la Conclusion, p. 427.

2. Die Leibniz llandschriften der Kôn. Bibliothek zu Hannover, beschrieben von D' Ed. Bodemann. Hannover. 1893, p. 38.

Ne peut-on entrevoir en sa plus lointaine genèse la pensée religieuse de Leibniz ?

Les données biographiques sont faibles. Le père de Leibniz, professeur à l'Université de Leipzig^, semble d'une piété superstitieuse : Parce que Tenfant, lors du baptême, a tenu les veux grand ouverts et la tête haute, il conclut que son fils brûlera d'amour pour Dieu-. De même encore, parce que Fenfant, un dimanche, ne s'est pas blessé malgré une chute dangereuse, le père demande immédiatement qu'au Temple une prière d'actions de grâce soit dite aussitôt l'office terminé ^ L'affaire, dit Leibniz, fut célèbre à Leipzig*. Une telle candeur, chez un professeur de morale à l'Université, n'indique pas un père de famille sensiblement distinct de tout autre fidèle protestant à la même époque. A son fils il raconta des « histoires sacrées ^ ». Mais son influence ne put être que médiocre, puisqu'il meurt quand Leibniz a six ans.

Au sujet de la mère, nous ne savons rien que par des éloges

1. On lit dans Eckhart, secrétaire, puis biographe de Leibniz, biog. cit. : « Sein Vater war Friedrich Leibniz, Professer Moralium und Actuarius der Universitàt zu Leipzig. » (p. 132) [La bibliothèque de l'Université de Leipzig ne renferme aucune dissertation philosophique de Friedrich Leibniz, d'après le renseignement que m"a obligeamment fourni M. te professeur von Gebhardt, directeur de la Bibliothèque de l'Université.]

2. Eckhart, biog. citée, p. 131, note 1. D'après : Gothaische gel. Zeitunf/eii, 1774, p. 218. Cf. aussi Guhrauer, biog. citée, t. I; appendice, p. 3, et klopp, éd. cit., t. I, p. xxvii : « Id quod spécimen fidei et oraen ut sit quam optimum, exopto et auguror, nempe ut per totum vitse tempus elevatis ad Deum oculis totus divinus sit, inque Dei amore ardeat... »

3. Guhrauer, biog. cit., t. II, pp. 52-3 de l'appendice. « Vita Lcibnitii a se ipso breviter delineata ».

4. Id., t. II, app.,p. 33: «Multis ea res tum in urbe sermonibus materiem prrebuit ».

0. Id., app., t. II, p. 52 : « Duo tantum memini : unum cum mature légère discerem, ipsum patrem id studiose egisse, ut historise sacrée... amorem mihi... variis narrationibus... conciUaret. » Non souligné par Leibniz.

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funèbres. Elle était pieuse, nous dit-on, fréquentait au temple le dimanche et les jours de semaine, communiait souvent : vertueuse, ajoute-t-on, et ambitieuse d'agrandir en ses enfants la gloire des ancêtres *. Assurément, il fallait la critique singulière des anciens biographes pour découvrir avec Guhrauer de merveilleux rapports entre les qualités de cette pieuse personne et la nature de Leibniz -.

On ne peut donc décider de quelle qualité fut la piété de cette famille. INIais un fait nous éclaire. Plus tard, quand Leibniz séjournera à Paris, il recevra plusieurs lettres de son frère, toutes pleines d'une pieuse indignation '^ : Serait-il, par hasard, gagné au catholicisme?

Or, s'il sut toujours s'affranchir de l'esprit de secte et de la piété proprement ecclésiastique, on peut conclure que par le premier acte de sa vie morale il s'opposa à ses attaches les plus certaines.

On voit par suite en quelle mesure importe la représentation d'un tel milieu : c'est que Leibniz le semble contredire ; et, si l'on écarte comme invérifiable l'action possible de la mère, il faut rechercher ailleurs comment surgit la religion de Leibniz.

Esprit dramatiquement doué, Leibniz a mis en scène son enfance. Dès l'origine, il fut seul; et de cela il se réjouit toujours. Indépendance à l'égard des hommes, mais attachement

1. Cf. Ludovici, op. cit., et Klopp, éd. cit., t. I, pp. .\.xvii-.\.\i.\ et xxix-

2. Cf. Guhrauer, biog. cit., t. I, p. 9 : c> Man kann leicht eraclitcn, dasz dem jungen Leibnilz bei diesem Vorbilde die Keime der Tugend und Religion, die Ehrfurcht vor dem Gôltlichen, friihzeitig fiir das ganze Leben sich einpragten. Die hervorstechendsten Zuge in seinem sittlichen Wesen kommen beinalie mit den hier geschilderten in dem Wandel und Charakter seiner Mutter iiberein. »

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