Bossuet, Hist. des variations, livre III, passim
2. Id.. 1. V, éd. Guillaume, éd. citée, t-. III, p. 224 : « ... Il ne faut pas leur laisser-croire que leur réforme ait eu les fruits véritables qu'un si beau nom faisait attendre. »
devine quels superficiels arguments une telle prétention avait pu suggérer aux Catholiques. Bossuet ne faisait pas autrement, malgré tout son désir. Ce souci de prendre la doctrine protestante dans les Synodes, les actes officiels, et d'en marquer les « variations » ; n'était-ce point avant tout fidélité à la coutume catholique de considérer les choses à la lumière des Conciles ? Et sans doute étaient ainsi respectées les intentions du protestantisme primitif, qui s'acharnait à ne pas vouloir « varier ». Mais n'est-ce pas, là encore, la preuve de cette impuissance à créer de toutes pièces une doctrine ?
Plus subtile et plus complexe a été la pensée de Leibniz. « Luther et Calvin furent-ils inspirés de Dieu » ? se demandait Jean de Reck, dans un écrit que Leibniz annota : « Les dons de Dieu sont variés » , répond-il ; « mais ce n'est pas l'inspiration de ces hommes, ce sont leurs arguments qui fondent notre croyance'. » Peu importe donc que Luther et Calvin n'aient pas été des prophètes, et qu'ils se soient çà et là trompés. Il faut prendre les problèmes au point où ils les ont laissés, rejeter les solutions qu'ils ont faussement déduites, et, bien loin de néghger avec eux le passé cathoHque, s'acheminer vers une étude de tout ce qui est.
La Réforme n'a donc pas été le mouvement assez simple que l'on décrit généralement. Phénomène obscur, il serait étrange qu'une formule limpide le résumât. On ne dit rien, quand, à propos du protestantisme, on parle de l'Eglise primitive, de l'individualisme et de la destruction du passé traditionnel. Car ce qu'il faudrait définir, c'est quel individualisme inaugura la Réforme, quelle tradition elle flétrit, quelle
1. Inédits. Théologie, vol. III, 8 b. Par. 43 : « Varia sunt dona Dei ; nos autem non inspiration! eorum sed argumentis credimus » (f» 1). Dubia et quaestiones Johannis de Reck clrca religionem Proteslantium et responsiones ad has quaestiones
Église primilivc elle contempla. De même, on ne découvre aucune loi saisissante quand, t\ propos du catholicisme, on aflirme Timportance de la tradition et de Tautorité.
Oi", si notre temps est encore impuissant à donner aux termes une signification absolue, et non pas toujours relative et pour ainsi dire nominale', le xvii^ siècle ne dut guère réussir à pénétrer par delà la superficie des doctrines. Dès lors, si l'on ne « réunit » pas les Églises au xvii* siècle, ce fut à coup sur parce que les passions et les convictions intimes s'y refusèrent ; mais ce fut aussi parce que personne ne jugea à la fois le protestantisme en Protestant et le catholicisme en Cathohque, et ne sut pousser le catholicisme et le protestantisme chacun à sa limite. N'est-ce point cependant l'attitude vers laquelle s'efforça Leibniz? Peut-être, par l'hésitation dogmatique de toute sa vie, a-t-il voulu vivre deux expériences, sans que l'une fût prématurément ternie d'un mélange destructeur avec l'autre.
1. M. Bergson a profondément décrit ces deux manières de comprendre et de définir, dans son Introduction à la métaphysique, publiée dans la Revue de métaphysique et de morale, N" de janvier 190o.