‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 113 sur 305 · Matth. XXIV · texte numérisé non relu

Matth. XXIV

3. Jean. V, 19 : « 'A-£xp!vaTO oîv ô'It,jo'j; -/.a-. È'Xsysv œjzo'.^'i.^Lr^v à[ir,v Myou 'jjjlTv, où OJvaTa'. ô 'j'.àç — O'.îTv àç' la'JTOû 0'jO£v,av [jit' -rt pXÉTrr, •DO"; TTcxipa-TTO'.o'jvTa -à -(-àp av âxeTvo? Tro'.T,,Ta'jTax«'. 6 alô^TrotsTôiiotojç. » (Édit. Tischendorf, t. I", pp. 788-89). Jean V, 30 : « Où oùvaiJLat Ivw -rro'.EÏv àcz^ ijjLZUToù oùoîv -y.aBws àxoùto xptvio, xat Tj xpi^iç r, èar, oixa'a ètrrîv, hii où l^TiZàj tÔ OÉXrdJia TÔ i;xôv àX)à "à ^iÀTifja -roù T:îtJt'|/aVTÔî [le. » (Edit. Cit., t. I, p. 791.) Cf. encore Jean VIII, 28, et Matth., XxVlH, 18.

LA GENKSE RELIGIEUSE 207

par « toutes choses » sont compris, soit toutes les créatures sauf le Fils, soit aussi le Fils. Si le Fils est exclu de celte dépendance, on peut accepter la formule syllogistique : Tout être qui est Dieu tout-puissant est le Père de qui toutes choses, puisque l'on admet en même temps que les créatures sont par le Fils. D'ailleurs, rien n'interdit de soutenir qu'une même essence soit à la fois « Père de qui toutes choses » et « Seigneur par qui toutes choses ». Et même, si l'on ajoute avec Paul: « de qui, par qui, et en qui sont toutes choses », on obtient, selon Leibniz, une formule satisfaisante de la Trinité.

De tels arguments tout syllogistiques sont impuissants à résoudre Tune des plus hautes difficultés de la théologie paulinienne et de la christologie tout entière. Mais peu importent,, en ce qui concerne l'évolution de sa pensée religieuse, les arguments plus ou moins médiocres que nous donne Leibniz. L'intérêt exceptionnel de l'œuvre provient de la gravité même des questions posées.

Ces deux ouvrages, qui furent publiés par Leibniz, durent être accompagnés de plusieurs autres qui restèrent manuscrits. Une lettre de Leibniz, datée du 21 mai 1671 \ nous apprend qu'il a écrit pour Boineburg un « Appendice sur la résurrection des corps ». Or, cet Appendice se trouve, non daté, parmi les Inédits de Hanovre", il fait partie d'un manuscrit de quatre grandes pages ; l'ensemble est d'une lecture fort difficile ; mais il n'y a presque aucune rature. Les trois premières pages et une partie de la quatrième contiennent une dissertation sans titre qui semble partiellement révélatrice d'un plan métaphysico-religieux. Leibniz commence par cri-

1. Gerhardt Phil. Schr., éd. cit. t. I", p. 53; Klopp, éd. cit., t. III, p. 247.

2. Inédits, Théologie. Vol. III, 4, f» 5, verso. Appendix de resvrrectione corporum. (Titre de Leibniz.)

tiquer les preuves cartésiennes de l'existence de Dieu. D'autres que lui, dit-il, furent frappés par leur insuffisance : Pascal, par exemple, qui dans ses Pensées nia qu'on pût donner des preuves théoriques de l'existence de Dieu. Mais il connaissait seulement, répond Leibniz, celles qu'on avait trouvées jusqu'à lui ; et, ajoute-t-il, « d'en trouver de meilleures, il désespéra parce que, je suppose, il n'en avait trouvé aucune, selon la coutume des grands génies qui ne croient pas que ce qui fuit leur recherche puisse être découvert parpersonne autre\ » Leibniz n'accepte pas une telle lassitude, et veut tenter un œuvre immense. Œuvre qu'il ne réalisa pas entièrement. Mais ne suffi t-il pas que nous en découvrions ici la volontaire genèse, à une date, par bonheur, assignable : 1670 au plus tôt, 1671 au plus tard; puisqu'on y lit le nom de Pascal, dont les Pensées parurent en 1670, et puisque, dès 1671, Leibniz nous dit avoir déjà composé un Appendice sur la résurrection des corps? Or, cet appendice, identique graphiquement au fragment qui le précède, ne peut avoir été composé qu'à la même époque.

En apparence, il ne s'y rattache pas étroitement; mais, plus profondément, on s'aperçoit qu'au début du folio entier Leibniz a composé une sorte d'hymne à l'idée d'immortalité. Démontrer Dieu et l'immortalité, tel est le plan essentiel. Or comment prouver l'immortahté ? La résurrection des corps, qui a toujours troublé les premiers Chrétiens, est rendue

i. Noter que Leibniz appelle ici Pascal dabord : « insignis Pasclialius »; puis, il barre et écrit : « ingeniosissimus Paschalius » ; Cf. Dissertation sans titre, faussement intitulée : « de aeternitate » dans le catalogue Bodeniann [Théologie, III, 4, f» 4 verso, 1" colonne). Le passage traduit ici est le suivant : « de melioribus obtinendis, quia nullas, opinor, invenerat, desperavit, more magnorum ingeniorum, ut non credant quicquid ipsos quœrentes fugit inveniri quoquam posse. » (f" A verso, P" colonne). (Sur Pascal et Leibniz, Cf. plus loin, pp. 220-230.)

encore plus difficilement admissible depuis les divers atomismes. Et pourtant, il s'agirait seulement d'une rénovation analogue aux phénomènes qui se passent journellement en nous-mêmes : nous sommes un laboratoire de transformations incessantes. Bien plus : il y a en nous un noyau subtil où se concentre notre être : Victoire ultime sur la matière, et que les chimistes appellent la séparation d'avec « la terre damnée^ ».

Un tel passage est d'une souveraine valeur; car Leibniz y apparaît tout imprégné encore des doctrines alchimiques, qu'il insère jusque dans l'apologétique chrétienne. Est-ce un hasard en son œuvre ? Et doit-on imiter la générale défiance des critiques devant l'action que purent exercer sur lui les Rose-Croix? Peut-être une telle défiance émane-t-elle surtout d'un effroi en quelque sorte académique devant tout ce qui est irrationnel. Mais Leibniz devient incompréhensible, si l'on arrache de son être la part irrationnelle. En tout cas , il est indispensable, dans un essai sur la genèse religieuse en Leibniz, de rechercher si les préoccupations chimiques ne furent pas chez lui de quelque portée.

Nous savons par son secrétaire Eckhart que Leibniz « donnait une bonne partie de son temps à la chimie et aux expériences" ». On peut certes contester l'intelligence de cebio-

1. Inédits. Théologie, vol. III, 4,f°ô verso : Appendix de Resurreclione corporum. Cf. ici Par. 5 et 6.

2. Eckhart, biog. cit., p. 150 : « Der Chymie, alleriey curiosen experimenten und den... Bergsachen widmete er auch ein gutes Theil seiner Zeit. » Cf. Gerhardt, Mathemalische Hchriften, 7 vol. in-8», Berlin-Halle 1849-63. éd. cit., t. IV, p. 130. Lettre du 27 juillet 1703, cet aveu curieux : « Mais je ne sais comment je me suis enfoncé ici dans la chimie, où je me plaisais assez dans ma jeunesse. » Peu importent les restrictions que l'on trouve ailleurs : (Lettre au prince Eugène, F. de Careil, VII, 313) : « L'alchimie, la plus plausible, mais la plus trompeuse des recherches. »

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graphe médiocre, qui jamais ne pénétra l'esprit de Leibniz. On conviendra pourtant qu'il était capable de reconnaître si Leibniz s'occupait ou non d'alchimie. Son témoignage est donc historiquement fondamental.

Leibniz, il est vrai, eût pu se délasser par des expériences et ne jamais mêler la doctrine alchimique à sa philosophie. Or, la terminologie chimique, qui du reste persista toujours chez lui, est abondante en ses premières œuvres. Sa première lettre au duc Jean-Frédéric*, où il veut exposer sa cosmologie, est chargée d' « alchimismes ». Sa physique, non encore régénérée par la mathématique qu'il connaît mal, est vague et compliquée, mélange assez grossier de notions coperniciennes et cartésiennes. Mais, en même temps, il insiste sur des faits purement chimiques; il parle du soufre, du salpêtre; il saisit la tribulalion intérieure des corps ", leurs réactions et fermentations ; ailleurs, il déclare que la chimie pénétra avec l'anatomie jusqu'à l'intimité des corps'. Plus tard, dans sa Protogée, il parlera avec enthousiasme du savant futur, pour qui s'atténueront les différences qui cachent encore à nos esprits Tidentité profonde de la nature et de l'art. « La Nature^ en effet, n'est autre qu'un Grand Art. » '' Dans le « four » de quelque a Dédale » ou de quelque & Vulcain » humain seront élaborées, quelque jour, les mêmes pierres que

Cf. aussi : Prace matematyczno- fizyczne, loc. cit., t. XIII, p. 249. Et Feder : Gommercii... Leibnitiani... Hanovre, 1805. Lettre à Fontenelle, p. 284 (1702) : « M. Homberg fail hoonear au pays dont il est; et j'attends avec impatience les éléments de chimie dun si habile homme, d'autaiit l)lus quej'y ai aussi médité un peu autrefois ». Et Dutens., éd. cit., t. III, ii, pp. 97 sqq.

1. Gerhai-dt, Phil. Sc/w., éd. cit., t. I»"-, pp. 49-53 (1671).

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