‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 112 sur 305 · Guhrauer, biog. cit., t. !•', p · texte numérisé non relu

Guhrauer, biog. cit., t. !•', p

loppés en lui, au même moment et l'un par l'autre. Mais, si, dès 1672, Leibniz, en religion comme en politique et en philosophie, devient un homme « européen w, les documents doivent révéler comment, au sein de particularités médiocres, un tel élargissement fat permis. En vérité, l'universalité de Leibniz ne se manifesta si puissamment que parce qu'elle jaillit d'une source métaphysique. Il réussit à participer à tous les efforts essentiels du xvii® siècle, parce qu'il les produisit d'abord en lui-même. Son action devint universelle, parce que sa pensée était empreinte d'universalité. Ses idées futures sur la « Monade » sont nées ainsi de sa vie même. Et toutes les obscurités de cette vie se dissipent, si l'on s'efforce d'abandonner pour un instant les exigences rationnelles : Personne n'aura, à un si haut degré, uni l'action à la pensée; jamais non plus une vie et un système ne se seront aussi fortement exprimés l'un l'autre ; jamais des efforts aussi dispersés n'auront autant contribué à créer une fin unique. Les moindres faits, par suite, doivent être réfléchis. Et quelque spécifique qu'ait été plus tard la religion de Leibniz, il faut chercher si des méditations, en apparence très dissemblables, ne l'auraient point préparée.

Tous les pays se révèlent progressivement à Leibniz : Pologne (1669;, Allemagne (1670), France enfin, grâce aux rapports spéciaux de Louis XIV et de la Cour de Mayence. Mais à quel effort d'intuition il se dut résoudre, pour saisir, sous les affaires d'argent et les prières assez basses dont témoignent les Archives de Mayence*, la politique concrète de l'Europe! Pourtant, toutes les disciplines politiques ou philosophiques s'élaboraient en lui, au même moment. Et si,

1. Cf. Archives du ministère des Affaires Étrangères. Fonds Mayence, utilisées plus haut, 1" partie, ch. i".

comme il arrive toujours, seuls les résultats, et non les progrès, sont accessibles à notre critique, les deux années 1670 et 1671 nous offrent d'étranges rapprochements. Entre 1670 et 1672 apparaissent les premiers documents sérieux de philosophie \ et, de même, se préparent les premiers écrits de quelque gravité sur des problèmes politiques'. Or, nul doute que pour ces travaux historiques les études de droit et les conversations avec Boineburg n'aient été déterminantes. Mais si Leibniz nous avoue que sa théologie a été également préformée par ses essais juridiques antérieurs, l'unité se manifeste fondamentale, de tous ces efforts simultanés.

Durant ces années, Leibniz est initié aux controverses religieuses; à Francfort, il se lie avec Spener, le fondateur du Piétisme ; Boineburg est un ardent apôtre, catholique d'autant plus passionné qu'il est un converti. La Cour de Mayence, d'accord avec l'Université de Helmstadt, entretient l'espoir d'unité religieuse. A la tète du parti catholique se trouvent Pierre et Adrien Walenburg ; à la tête du parti protestant, Hermann Conring. Leibniz est chargé par Boineburg de composer des démonstrations dogmatiques, et publie lui-même deux d'entre elles ^.

La première, il est vrai, se rattache à la religion beaucoup moins par sa substance que par le titre déclamatoire que l'éditeur ajouta : « Confessio naturse contra atheistas ». A travers beaucoup de banalités s'y ébauche le futur système. Et déjà l'on voit ce parti pris, qui sera constant chez Leibniz,

1. Les lettres au duc J. Frédéric, la première lettre à Arnauld, etc.

2. La « Securitas publica » et les travaux relatifs à l'Egypte. Cf. l" partie, ch. i".

3. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. IV, pp. lOo-lO : « Confessio naturae contra Atheistas. » — Cf. Id., t. IV, p. 111-125 : Defensio trinitatis per nova reperla logica.

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d'insinuer une philosophie personnelle en des ouvrages de commande.

Mais, plus intéressant pour les questions proprement religieuses est le second écrit : Défense de la Trinité. L'ouvrage est composé selon une ordonnance toute scolastique; il est destiné à réfuter des objections d'origine arienne et que le socinianisme venait de rajeunir, La première et la plus grave résultait d'un texte fondamental où saint Paul* distingue le « Père de qui toutes choses et le Fils par qui toutes choses » . La seconde, d'ordre eschatologique, était extraite des paroles de Jésus rapportées par l'auteur du premier Synoptique : « Pour ce jour et cette heure-là, personne ne les sait, pas même les angles du ciel; il n'y a que le Père, seul". » De plus, d'autres textes tirés de Jean et de Matthieu : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de luimême ^.. Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre » n'indiquaient-ils point que la conscience de Jésus venait non de lui, mais du Père? Les autres arguments ne différaient pas des objections ordinaires contre la Trinité,

A ces hauts et passionnants problèmes, Leibniz répond avec les formules de l'Ecole etpar des syllogismes. Saint Paul dit : « Le Père de qui toutes choses. » Mais, objecte Leibniz,

1. Gorinth. I, VIII, 0-6 : « "/-x-. 'fxp e'-sp e-aîv ÀEvôtjievoi bto\ z'.zz hi oùpavù) î'-'xî l-\ yrjç, wrsr.to eItIv 8so'. — oaXo? xa; "/.opiot TroX).ot, àXÀ'-f-, ijlTv eli; ôeo; ô rax-r^p, sÇ o-j là. Tziyrzn. xaî r,|Ji£Ïç el; «ùxov, vjû îL; :t'jpio; 'Ir^aoy? Xpiaxoç, ot'oj lOL TravTa x«'. r,|^£~ç o'.'aÙTOj" ». [Édit Tischendorf, Leipzig, 1872, t. II, pp. 301-502.]

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