‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 125 sur 305 · Lettre de Pasi;al à M°"» de Roannez, 3 novembre lCo · texte numérisé non relu

Lettre de Pasi;al à M°"» de Roannez, 3 novembre lCo

3. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. III, p. 613 : « M. Périer, son neveu, me donna un jour à lire et à ranger un excellent ouvrage de son oncle sur les coniques ».

4. Cf. Gerhardt, Malhematische Schriften, éd. cit., t. V, p. 399 : « Porro ex uno quodam exemplo Dettonvillse lux ei subito oborta est quam ipse Pascalius (quod mireris) inde non hauserat ».

pour faire l'essai et non l'emploi des forces \ Leibniz soutenait la même théorie : « Je n'ai... pas étudié les sciences mathématiques pour elles-mêmes », dit-il, « mais afin d'en faire un jour un bon usage... en avançant la piété ^. » Or, selon le récit de Marguerite Périer, le duc de Roannez avait, en 1658, décidé Pascal à profiter de sa force et de son crédit mathématiques pour combattre l'athéisme. Roannez aurait ainsi agi directement sur Pascal, qui désormais affirmera qu'un défenseur de la religion doit être à la fois géomètre et chrétien. Mais Leibniz, à qui le duc de Roannez luimême avait, semble-t-il, révélé ce secret de la vie de Pascal, sera travaillé de la même conviction. Il faut entendre le document entier :

« J'espère que mes découvertes de mathématiques », écrira Leibniz à Burnett, en février 1697, « dont le public est déjà instruit maintenant... contribueront... à donner du crédit à mes méditations philosophico-théologiques. Et, à propos de cela, je vous raconterai une petite histoire de feu M. Pascal, que j'avais apprise de feu M. le duc de Roannez qui avait été son ami particulier. Vous savez que M. Pascal (qui est mort trop tôt) s'était à la fin adonné à établir les vérités de la rehgion ; et comme il passait avec raison pour un excellent géomètre, ses amis bien intentionnés pour la religion étaient bien aises de son dessein, parce qu'ils jugeaient que cela serait avantageux à la religion même, quand on verrait par son exemple que des esprits forts et solides peuvent être bons chrétiens en même temps .» Récit conforme à celui de Marguerite Périer. Leibniz continue : « ... Si les belles productions de M. Pascal dans les sciences les plus profondes devaient donner du poids aux

■t. Lettre citée in Boutroux, Pascal, Paris, 1900, p. 147. 2. Klopp, éd. cit., t. IV, p. 444.

LA GEWÈSE RELIGIEUSE 223

pensées qu'il promettait sur la vérité du Christianisme, j'oserais dire que ce que j'ai eu le bonheur de découvrir dans les mêmes sciences no ferait point de tort à des méditations que j'ai encore sur la religion '. »

Leibniz semble donc se plaire à considérer l'harmonie de son existence et de celle de Pascal. Tous deux, pense-t-il, ont été mathématiciens afin de devenir meilleurs philosophes. Analogie tout extérieure peut-être. Pascal, en efîet, a travaillé les mathématiques pour obéir à un désir d'excellence et à un amour de la spéculation abstraite ; mais, s'il a discerné en ces efTorts, qu'il poursuivait pourtant encore quelques mois avant de mourir, une sorte de concupiscence déguisée, c'est par une effusion d'ascète que Leibniz eût détestée. Quand Leibniz, de son côté, déclare qu'il a été mathématicien pour devenir théologien, il pense avant tout à son système, qui, par la « science générale », se fonde sur une méthode mathématique. Si la recherche religieuse fait partie de la philosophie nouvelle, elle doit se régénérer, comme la logique, à des sources mathématiques. Quel que soit, cependant, l'abîme entre l'apologétique de Pascal et celle de Leibniz, on conviendra que Leibniz n'ignorait point de quelle qualité avait été, chez Pascal, la foi initiatrice. Que l'analogie nous paraisse médiocrement fondée, il importe donc assez peu. En fait, Leibniz ose se comparer à un philosophe chrétien.

Ainsi, l'exemple de Pascal a pu affermir en Leibniz une volonté d'œuvre religieuse. Mais ne risquons-nous pas d'errer.^ Si, comme on l'affirme toujours, Leibniz a, au fond, méconnu et négligé Pascal, le rapprochement qu'il hasarde lui-même n'est-il pas superficiel ? PareiUe théorie serait démontrée fausse,

1. Gerhardt, Pfdl. Schr., éd. cit., t. III, pp. 19u-196. Lettre à Th. Burnett, 11 février 1697. Post-scriptum.

si Ton parvenait à établir que Leibniz a regardé le système de Pascal comme s'harmonisant avec le sien.

Un admirable Inédit, malheureusement non daté, mais sans doute écrit assez tard^, nous offre un phénomène unique en Tœuvre de Leibniz. Ce sont deux feuilles serrées. En la première, Leibniz a copié « les deux Infinis » de Pascal. Qu'on examine ici le fac-similé du verso ^ On verra que Leibniz a copié activement Pascal et pour ainsi dire recomposé l'œuvre. On constatera des parenthèses qui sont comme un commentaire immédiat et impatient de Pascal : « Des cirons dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné; trouvant encore dans les autres la même chose ; » — Leibniz écrit entre parenthèses : « ou des choses analogiques », afin d'adapter la pensée de Pascal à son propre système. Presque au bas de la page : « Voilà notre état véritable ; c'est ce qui resserre nos connaissances dans de certaines bornes que nous ne passons pas. » Leibniz ajoute entre parenthèses : « Ici-bas. » De plus, d'une phrase de Pascal particulièrement dramatique, un mot est supprimé : « 11 est infiniment des deux extrêmes. » Ailleurs, Leibniz copie trois lignes, probablement sans s'apercevoir que déjà il les a transcrites, ou plutôt il mêle une phrase nouvelle à une phrase antérieure, puis rature. Certains mots sont répétés : tels par exemple « cet cet état qui tient le milieu ». Signes d'une hâte matérielle s'alliant à une passion spirituelle et compréhensive.

1. Inédits, Théologie : vol. XX, f<" 212-13, sans cloute écrit assez tard: le mot « monade » y est prononcé, que l'on ne trouve pas dans les écrits de jeunesse de Leibniz. Pour suivre la démonstration il importe d'examiner le fac-similé donné ci-contre.

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