‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 127 sur 305 · Inédits. Théologie, vol. XX, f · texte numérisé non relu

Inédits. Théologie, vol. XX, f

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effort d'approche entre la pensée de Pascal et la sienne. Et Leibniz proclame lui-même l'analogie, au début de cette page. Tune des plus enflammées qu'il ait écrites : « Ce que M. Pascal dit de la double infinité qui nous environne en augmentant et en diminuant, lorsque dans ses Pensées (n. 22) il parle de la connaissance générale de l'homme, n'est qu'une entrée dans mon système. Que n'aurait-il pas dit avec cette force d'éloquence qu'il possédait, s'il était venu plus avant, s'il avait su que toute la matière est organique partout et que sa portion, quelque petite qu'on la prenne, contient représentativement, en vertu de la diminution actuelle à l'infini qu'elle enferme, l'augmentation actuelle à l'infini qui est hors d'elle dans l'univers '. » Encore une fois, nous ne trouvons pas ici une formule nouvelle du monadisme leibnizien. Mais quelle plus grande preuve d'admiration Leibniz pouvait-il donner, que de révéler l'essence de sa pensée à l'occasion d'une page de Pascal ?

Pourtant ne peut-on préciser davantage ? Quel est ce point de vue plus profond réclamé par Leibniz, et que Pascal, d'après lui, n'a pas connu ? La doctrine des deux Infinis a dû frapper Leibniz dès sa jeunesse. 11 a lu, à Paris sans doute, \ Esprit géométrique. Or Y Esprit géométrique contient déjà la doctrine des deux Infinis. D'autre part, la première édition des Pensées avait paru en 1670. Leibniz, découvrant la doctrine des deux Infinis, dans l'opuscule et dans l'œuvre, dut être saisi de l'enrichissement apporté par Pascal lui-même à sa conception première. En effet, l'Infini de Y Esprit géométrique est tout mathématique. Quels que soient le mouvement, le nombre, le temps, l'espace, « il y en

1. Inédits. Théologie, vol. XX, f» 213. Recto. — Le n» 22 se rapporte au chapitre .xxii de l'édition de Port-RoyaL

a toujours un plus grand et un moindre; de sorte qu'ils se soutiennent tous entre le néant et Tinfini, étant toujours infiniment éloignés de ces extrêmes^ a.

En un sens, Tinfini des Pensées ne diffère point de celuilà. Pourtant, lorsque Pascal déclarera Thomme « un milieu entre rien et tout », il unira un concept mathématique et une notion métaphysique et morale. Car l'homme « milieu » participera moralement de ces deux extrêmes auxquels il ne peut arriver". Non seulement alors tout nombre est dépendant de deux infinis ; mais toute chose naturelle tiendra de la double infinité de la nature : Dieu et le néant, entre lesquels elle sera suspendue.

Est-ce déjà la notion de Tinfini, telle que la réclame Leibniz ? Non. Car ces Infinis sont des Infinis de dispersion. Chaque parcelle du monde est liée à une double série infinie; elle ne contient pas en elle-même, « d'une infinité de façons, un miroir vivant exprimant tout l'univers infini qui existe avec elle\ » Bref, le point de vue est mathématique, moral, scientifique ; il n'est point monadique. « Quelle infinité d'infinités infiniment répliquées ; quel monde, quel univers..., dans quelque corspuscule qu'on pourrait assigner ^ ! » Ainsi se transforme le « ciron » de Pascal. Si donc Leibniz développe en apparence son système sans se soucier de Pascal, il est en réalité hanté par Pascal. La célèbre phrase des Pensées :

1. Traité de l'Esprit géométrique, sect. 1". Leibniz, nous le savons par un fragment inédit décrit plus haut, p. 208, a connu les Pensées dès leur apparition. Cf. notamment, pour le jugement qu'il donnait alors sur Pascal : p. 208, note 1.

2. « Toutes choses sont sorties du néant, et portées jusqu'à l'infini. » — Leibniz, dans le fragment inédit commenté ici, parle de l'homme ainsi : « Ce sera une divinité diminutive, et un univers de matière éminemment ; Dieu en ectype, et cet univers en prototype... »

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