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CHAPITRE III

LA RECHERCHE DE LA VRAIE ÉGLISEï

« Il n'y a point de chaos dans l'intérieur des choses '. »

Vu en profondeur, TefTort religieux de Leibniz renouvelle un rêve du Moyen Age. Croire en une « Chrétienté », vouloir des monarchies universelles, anéantir des « Infidèles » ; et, d'autre part, construire une Eglise parmi les sectes, décrire un arbitrage suprême, étendre le christianisme et la civilisation par delà l'ancien monde ; n'est-ce point à travers les siècles la persistante aspiration à un Christianisme réalisé sur la terre ? Leibniz en effet découvre en l'Europe une expression vivante du christianisme. Il pénètre avec passion chaque Etat et lui veut ravir un secret. Conquête obstinée, dédai-

1. SoLRCEs. — Les sources d'une étude sur la « vraie Eglise » selon Leibniz sont actuellement presque toutes inédites. II s'agit d'une masse immense de fragments, — parfois réduits à de simples notes marginales, compris dans les liasses inédites suivantes : T/iéologie, volume III, cf. surtout, 4, 7 et 8 : IV (fragments déjà cités sur Sténon) ; vol. V, fragments mystiques (partiellement publiés); volumes VI et \U passitn; vol. XIX, principalement pour les quelques lettres inédites de Leibniz à M™» de Brinon, et enfin, vol. XX, passi)n. — D'autre part, la correspondance inédite est ici particulièrement riche. Cf. en particulier lettres inédites au R. P. Levesius, au marquis de Monceaux, à Morell, Pliil. Naude, Pfaff, Fritz, au R. P. Quesnel, à Reuschenberg, Runckel, Seckendorff, Jakob Spener, etc. — Cf. de plus la correspondance, tant éditée qu'inédite, avec le Landgrave von He.ssen-Rheinfels. — Parmi les parties publiées, cL la fondamentale correspondance avec Pellisson et M'"« de Brinon, ap. F. de Careil, éd. cit., t. I et II. — Enfin la question ét£fnt métaphysique avant tout, il faut joindre à toutes ces sources particulières l'œuvre entier de Leibniz.

2. Gerhard!, Phil. Schr., éd. cit., t. VI, p. 40. Théodicée, préface.

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gneiise des généralisations hâtives. Vraiment, chaque nation vit pour lui désormais : Allemagne, Empire, Angleterre, France, Suède, Pologne, Russie, Espagne ou États italiens, ne sont plus des collectivités nominalement unifiées. Tout pays reçoit une mission, non pas figée à travers le temps, mais sans cesse variable.

Nul n'a droit, dès lors, d'écraser un peuple européen ; toute guerre sera lointaine, destinée à élargir indéfiniment les Etats civilisés. Il y a vraiment des liens chrétiens \ une politique des nations chrétiennes, un intérêt général et « inestimable » delà Chrétienté -.Une nation se pourra déclarer prédestinée; et le penseur ne reprochera pas à Louis XIV son tilre de Roi Très Chrétien, mais l'œuvre destructrice du Christianisme qu'un Roi Très Chrétien a osée^. Toute force devra tendre à se faire surhumaine : Louis XIV travaillera à relier les mondes*, à conquérir des terres nouvelles; ^ Charles Xll exaltera sa foi religieuse jusqu'à réaliser une héroïque république protestante ® ; Pierre le Grand organisera ses immenses terres afin que soicntjointes définitivement l'Europe et la Chine". L'Eglise, essentiellement, ne se séparera point des Etats. Si l'Europe idéalement exprime le Christianisme sur la terre, l'Eglise se

1. Cf. F. de Careil, éd. cit., t. III, p. 84. Remarques sur un manifeste français. Cf. aussi Klopp, éd. cit., t. Y, p. 188, où Leibniz parle de la « République chrétienne. »

2. Cf. F. de Careil., éd. cit., loc. cit., t. III. p. 109 : « L'intérêt inestimable de la Chrétienté. » Cf. Klopp. t. V, p. 180 : « ... Les Français sont en possession de sacrifier l'intérêt du Christianisme au leur. »

3. Ainsi se doit interpréter, semble-t-il, le Mars Chris lianissimus.

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