‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 167 sur 305 · Id., t. 1", p · texte numérisé non relu

Id., t. 1", p

8. Id., t. 1", p. 163. Note : « Andradius a répondu qu'il suffit qu'on ait une connaissance implicite du Rédempteur, lorsqu'on connaît la bonté infinie de Dieu. »

accuser d'une ignorance invincible ? On ne veut pas dire ainsi que toutes les religions soient bonnes et que les lumières naturelles sufTisent au pécheur ; mais l'amour et la contrition servent à corriger en Tâme païenne les fautes de la religion \

Appliquons ces règles aux Protestants. Admettons qu'ils soient dans l'erreur. S'ils aiment et veulent l'union, ils entrent aussitôt dans « l'Église ». De môme appliquons ces règles aux Catholiques romains : Si forts de la vérité qu'ils se prétendent, abandonnent-ils l'amour, le schisme les atteint. Toute imrticularité est donc définitivement détruite. On ne réformera que les Eglises particulières - . « Ce n'est pas avec l'Eglise que les Protestants croient d'être en dispute, mais avec les Eglises de France, d'Espagne et d'Italie qui n'ont pas sujet de mépriser celles d'Allemagne, d'Angleterre, d'Ecosse, de Danemark et de Suède ; on se doit des égards de part et d'autre^. »

Dès lors, tout Chrétien véritable se voudra « catholique ». Comment ne pas se déclarer « catholique », si l'on croit que l'amour divin est la seule condition du salut? « Personne, sans un vrai amour de Dieu, ne peut être justifié*. » Ceux des- Prolestants qui désirent sincèrement l'union doivent donc être appelés catholiques. Leibniz le confessait un jour à M""* de Brinon : « 'V^ous avez raison, Madame, de me juger catholique dans le cœur; je le suis même ouvertement : car il n'y a que l'opiniâtreté qui fasse l'hérétique ; et c'est de

\. F. de Careil, éd. cit., t. l", p. 153, note l. et p. 170, note 1.

2. « On ne réformera que les dogmes des Églises particulières. » Id., t. I", p. 194, note 1.

3. Lettre inédile à M"" de Brinon, 7/lT avril 1692. Dans les mms. de Théologie, vol. XIX, f" 532 et 533.

4. Inédits, Théologie. Vol. X.V, f» 270 : « Nemo sine vero Del amore justificari potest »

quoi, grâce à Dieu, ma conscience ne m'accuse point. L'essence de la catholicité n'est pas de communier extérieurement avec Rome ; autrement, ceux qui sont excommuniés injustement cesseraient d'être catholiques malg-ré eux, et sans qu'il V eût de leur faute. La communion vraie et essentielle, qui fait que nous sommes du corps de Jésus-Christ, est la charité. Tous ceux qui entretiennent le schisme par leur faute, en mettant des obstacles à la réconciliation, contraires à la charité, sont véritablement des schismatiques : au lieu que ceux qui sont prêts à faire tout ce qui se peut pour entretenir encore la communion extérieure sont catholiques en effets »

Ainsi l'union vit déjà en Tâme mystique de certains Chrétiens : union tout intime, qu'il importe de réahser dans l'espace. Car tout homme qui peut se déclarer membre de l'Eglise par une communion intérieure doit faire tous ses efforts pour être aussi de la communion extérieure de l'Eglise, « visible et reconnaissable parla succession continuelle de sa hiérarchie » '. En définitive, on ne doit pas demeurer hors de l'Eglise si on ne la peut convaincre d'erreurs fondamentales ■\ Or il n'en

1. F. de Gareil, éd. cit., t. l", pp. 235-236. Lettre à M"« de Brinon, 16 juillet 1691.

2. Rommel,éd. cit., t. II, p. 19. Lettre au Landgrave, janvier 1684. Cf. Lettre inédite à la comtesse de Bellamont, juillet 1703, Théologie, vol. XX, f» 115 : '( L'autorité de l'Église catholique et apostolique, dont il est parlé dans le symbole de Nicèe, doit être entendue du corps visible du christianisme à l'égard des points reçus dans tout le corps; mais s'il est manifeste que ce corps se partage, et que le moderne abandonne la doctrine primitive, on n'est point obligé de suivre les nouveautés et les partialités. »

3. Cf. Inédils, Théologie, vol. III, 7cZ : « Ecclesia catholica per hierarchiam suam visibilis in rébus ad salutem necessariis habet infaillibilitatem ; in aliis prœsumptionem seu maximam auctoritatem... In rébus tamen facti.., in rébus... juris et rationis, ubi salva salute errari potest, non video cur necesse sit infallibilitatem a Deo Ecclesise datam esse. » — Dans un fragment inédit. Théologie, vol. III, 7 a, intitulé : Variœ definitiones Ecclesise, Leibniz donne de successives définitions de l'Église invisible et de l'Église visible.

existe pas de telles. L'Eglise possède le privilège de garder les vérités salutaires. Elle est « infaillible », en ce qu'elle ne décidera jamais un dogme contraire à la foi «salutaire' ». Si l'on osait dire en effet que TEglisc peut décider un dogme contraire au salut, on détruirait les promesses même de Jésus-Christ; et d'ailleurs, quand je dis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Egiise », je prétends non que toute décision de l'Eglise sera juste, mais qu'aucune ne sera damnable.

Je puis donc être membre de l'Église, Mais, si Ton m'oblige de croire des choses dont le contraire me paraît véritable, je ne puis plus être membre extérieur de l'Egiise. Saint Augustin dit « qu'il faudrait être insolent jusqu'à la fureur pour s'opposer à toute l'Eglise ». Cependant, si l'Egiise tout entière se soulevait contre Copernic et Galilée, elle aurait tort, et un homme « exact » tout seul serait plus grand qu'elle-. Vous me direz que les problèmes traités par Copernic ne sont « pas du ressort de l'Eglise ». Mais je réponds qu'une foule d'autres questions dont veut décider cette Eglise ne lui devraient pas moins être soustraites; car elles relèvent tout pareillement de la philosophie et de l'histoire \

Or n'a-t-on pas anathématisé et excommunié les Prolestants, pour des raisons étrangères à cette e foi salutaire » que l'Eglise peut garder infailliblement ? Les théologiens catho-

1. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 184, note 1. — Rommel, éd. cit., t. II, p. 19 : « Par une assistance spéciale du Saint-Esprit qui lui a été promise. »

2. Lettre inédite à Reuschenberg, 27 septembre 1702. Folio 23, verso.

3. Même lettre : « Et si quelqu'un répond que la question du système de Copernic n'est pas du ressort de l'Église, je répliquerai qu'une infinité d'autres questions qu'on veut faire décider à l'Église ne sont guère moins philosophiques... ou historiques, et par conséquent non sujettes à dételles décisions. » (Folio 23, verso.)

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liques eux-mêmes ne nient point que l'on puisse être injustement excommunié '■. Car l'excommunication est une question de fait. L'intérêt général du Christianisme n'y saurait être engagé. L'erreur ici n'est pas damnable. Certains Catholiques répondent, il est vrai, que de telles erreurs sont au contraire damnables, toute excommunication humaine étant suivie d'une excommunication divine ^. Mais, en vérité, Dieu ne s'est pas engagé à suivre son Eglise même quand elle se trompe ; et l'excommunication « frappe les obstinés, «mais «ne fait point de mal aux humbles » \ Or l'Église n'excommunie pas seulement ceux des Protestants qui traitent le pape d'Antéchrist et l'Eglise de Babylone '. Elle en excommunie d'autres, qui de toute leur volonté se tendent vers elle et qui cependant ne parviennent pas à comprendre ou à exécuter ses ordres. Or ceux-là sont des Chrétiens qui ne peuvent croire sincèrement ce qu'on leur impose, mais qui voudraient croire. D'ailleurs, l'introduction de la « volonté » dans la croyance est-elle si contraire aux principes des Catholiques? Le « je crois », selon Bossuet lui-même, n'est-il pas « plutôt en nous un effort pour produire un si grand acte qu'une certitude absolue de l'avoir produit ^ » ? Si donc les Protestants refusent parce qu'ils ne peuvent, mais en revanche aiment l'Eglise, la veulent, se

1. F. de Careil. éd. cit., t. I", p. 174 : « Les théologiens demeurent d'accord qu'on peut être excommunié injustement. »

2. Id., t. I"s p. 185. Pellisson à M'"» de Brinon : « Foudres non pas chimériques, mais réels et toujours suivis de leur effet. » Note de Leibniz : « Je l'avais nié dans ce cas; ces foudres seront alors sans effet. »

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