‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 171 sur 305 · Id., t. I", p. 143. Note. Lettre de Pellisson à M»» de B · texte numérisé non relu

Id., t. I", p. 143. Note. Lettre de Pellisson à M»» de B

2»8 L KCLISE UNIVERSELLE

traint par une excommunication \ Mais comment un homme « né et élevé hors de la communion de Rome » oserait-il entrer on une Eglise où il ne serait peut-être pas reçu s'il découvrait son cœur ? 11 y a en effet des choses qui sont si fortement vraies pour nos esprits qu'aucune autorité humaine ne les pourrait détruire. Un astronome, conscient de la rotondité de la terre, ne pourrajamais renoncer à la vérité, à cause de la seule autorité de TEglise. Si donc cet homme est excommunié, rejeté, j'oserai dire qu'il est» malgré tout dansTÉgUse ». « J'espère la même chose de moi », dit Leibniz, « s'il apparaît clairement que je ne veux pas demeurer en repos, avant que je n'aie joui aussi de la communion extérieure de l'Église-. » Un tel Protestant, qui veut être catholique, mais ne peut modeler son être, subit ainsi une sorte d'excommunication idéale. « Celui qui est catholique in foro interne », dit Leibniz, « est comme un homme excommunié injustement... Mais il faut qu'il désire la communion extérieure de tout son pouvoir et qu'il ne tienne pas à lui d'en jouir. Ce qui n a rien de commun avec ceux qui sont véritablement schismatiques, et qui n'ont pas cette disposition si nécessaire à l'union et si conforme à la charité^ ». Il est donc « en notre pouvoir de n'être pas schismatique », car il suffit d'aimer « la paix et la vérité^ ».

1. Inédits. Théologie, vol. III, f" 1. i" colonne : « Si natus essem in Ecclesia catholica, profecto ab ea non recederem, etsi omnia crederem quœ nunc credo » (Non souligné par Leibniz.)

2. Inédits, Théologie, vol. III, 7 d, fol. i : Senlentia de aucloritate ac polestateEcclesise cathoHcœ : « Sunt enim aliqua qua? fam clare mentibus nostris observantur, ut vix ulla humana auctorilate deleri possint. Et si Sancti Patres olini rotunditatem terra-... damnassent... Si... Christianus vel Catholicus hanc unani ob causam vel non receptus. vel rejectus fuisset, ausim dicere tamen eum in Ecclesia fuisse... Idem ego de me sperare audeo, si appareat me non stare. quin externa quoque Ecclesise communiône fruar ».

3. Inédits, Théologie, vol. XIX, f" 530. Souligné par Leibniz.

4. Lettre inédite à M""« de Brinon, ^5 juillet 1692: « Je puis vous assu-

L'évoque de Xeusladt s'accommodait, semble-t-il, de celle doctrine. Leibniz la formulait, d'ailleurs incomplètement, dans quelques lettres à Pellisson et à M"'' de Brinon. Bossuet, qui, durant les premiers mois de la négociation, se contentait sans doute de lire les lettres de Leibniz, afïirme dans la première lettre à M""" de Brinon que le projet de Spinola est utile, que TEglise accordera certains points de discipline, mais « ne se relâchera jamais d'aucun point de la doctrine définie^ ».

Or, Leibniz ne blâme nullement cette lettre de Bossuet ". Il écrit à M™' de Brinon qu'en efîet le projet de Spinola est insuffisant, mais utile; qu'aucune concession doctrinale ne sera possible du côté de l'Eglise romaine; que la doctrine ^ de Trente est reçue en France et ailleurs, et qu'enfin « on peut satisfaire aux Protestants, à l'égard de certains points de discipline* »,

Ainsi s'inaugura ce dialogue, que par déclamation littéraire on s'est plu à représenter hostile dès l'origine. En réalité, lors de cette année 1691, les points de vue semblent près de

rer qu'il y a peu de gens qui aient plus d'éloignement que moi du schisme el de l'erreur, ni qui aiment davantage la paix et la vérité. Et. comme il est en mon pouvoir de n'être point schismatique, je crois d'avoir déjà satisfait à ce devoir en faisant tout ce qui dépend de moi pour contribuer à la pai.v de l'Église. Et s'il m'était aussi aisé de m'approcher de la vérité qu'il m'est aisé de m'éloigner de tout esprit de secte et d'hérésie, je serais exempt de toute erreur. » [Inédits, Théologie, vol. XIX, f" 586). F. de Careil et Klopp (I, 363, et VII, 200) donnent seulement la fin de cette lettre. \. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 246. Bossuet à M°"> de Brinon.

2. On avait communiqué cette lettre à Leibniz. Cf. Id. t. I", p. 230.

3. Je dis doctrine, car, sur le Concile, Leibniz fera d'extrêmes réserves. Cf. pp. 3i9 sqq. Il critiquera d'ailleurs également plusieurs points de lu doctrine. Cf. pp. 369 sqq.

4. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 230. Lettre à M"" de Brinon (1691).

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se fondre. Sans doute, Bossuet avoue assez légèrement avoir égaré le projet ancien de Spinola. Mais il est lui-même tellement surpris des habiles affirmations de Leibniz, qu'il le somme, avec son habituelle franchise, d'aller plus loin, et de se déclarer catholique : « Si vous êtes véritablement d'accord des cinq propositions mentionnées dans votre lettre, vous ne pouvez pas demeurer longtemps dans Tétat oîi vous êtes sur la religion \ » Car, dans les lettres de Leibniz, les subtiles distinctions entre les diverses hérésies irritent Bossuet et lui paraissent pleinement dangereuses. Définir l'hérétique par l'opiniâtreté, n'est-ce pas, en vérité, supprimer l'hérétique ? Il ne suffit pas d'être humble et doux pour échapper à l'hérésie, mais afin « qu'on puisse connaître cet opiniâtre qui est Thérétique, et l'éviter selon le précepte de l'Apôtre, voici sa propriété incommunicable et son manifeste caractère : c'est qu'il s'érige lui-même dans son propre jugement un tribunal au-dessus duquel il ne met rien sur la terre, ou, pour parler en termes simples, c'est qu'il est attaché à son propre sens, jusqu'à rendre inutiles tous les jugements de l'Eglise- ». Or, Il est certain que tous ceux qui restent en dehors de l'Eglise romaine sont atteints de cette opiniâtreté et de cette hérésie, et ne peuvent être sauvés. Les réponses du Catéchisme de Meaux sont formelles : Peut-on être sauvé en dehors de rÉghse romaine? — « Non. — Ainsi les Juifs, les Païens, les hérétiques n'auront pas la vie éternelle s'ils meurent hors

de l'Eglise — Il n'y a donc point de salut hors de l'Eglise ?

— Non, il n'y a point de salut hors de l'Eglise ^ »

1. F. de Careil. éd. cit., t. I", p. 296. Lettre de Bossuet à Leibniz, 10 janvier 1692.

2. Bossuet, Réflexions sur l'écrit de M. l'abbé Molanus, chapitre vni.

3. Catéchisme de Meaux, Éd. Guillaume, éd. cit., t. VIH. pp. 513 et 514.

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Les Protestants avaient soutenu fréquemment une semblable thèse. Luther s'indignait jadis que Zwingie piàt songer à sauver des païens : « Qu'est-ce autre chose, », disait-il, « que d'enseigner que chacun peut se sauver dans sa religion et dans sa croyance' »? Jurieu encore, au xvii'^ siècle, affirmait que parmi les Catholiques, les enfants qui n'ont pu prendre part à l'idolâtrie romaine étaient seuls sauvés". Bossuet, d'autre part, supprimait toutes les distinctions fécondes que Leibniz avait soigneusement déduites. On est ou on n'est pas Catholique. Vous croyez être de notre Eglise. Vous n'en êtes pas. Eh bien donc il faut être de cette Eglise ou renoncer au salut ! Soit. Leibniz part de cette donnée catholique et la transforme. Oui, il faut être dans l'Eglise. Mais que Bossuet ne vienne pas dire trop haut que la douceur et l'humilité ne suffisent pas et que de tels hérétiques doivent être fuis, selon le précepte de l'Apôtre '\ Car ces principes sont en vérité les principes authentiques de l'Eglise romaine. Les Jésuites les ont soutenus. Un évêque tel que Spinola les approuve : « Delà manière que j'entends les choses, on peut faire voir clair comme le jour aux personnes intelligentes que ce que je dis est conforme aux propres et véritables principes de l'Eglise romaine : Je ne le dis pas à la volée. Car il y a plus de vingt ans que j'ai conféré là-dessus avec quelques-uns des plus grands hommes de cette Eglise*. »

Ces vrais principes, s'ils ne furent pas ceux de Bossuet, ne sont-ils pas aujourd'hui, du moins, formulés par certains théo-

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