Id., t. l", p
LA RKCHERCHi: DE LA ViUlK ÉGLISE 293
est double : union intérieure par le Saint-Esprit ; union extérieure par Tobéissance au Pape . Cette double union n'est pas arbitraire, mais divine : « Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant»; telle est la parole de Pierre, gage d'une éternelle union, issue d'une éternelle croyance. Dès lors, le pouvoir est à Pierre, qui seul a droit de le transmettre. Pierre est le chef de l'Eglise, quand même il ne serait pas l'intelligence la plus haute du monde chrétien : si bien que Paul doit s'incliner devant Pierre, quand même il le reprendrait pour ses fautes, « Pierre qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Poul qui le reprend^ ».
L'Eglise, par-dessus le Concile, et par-dessus le Pape, est infaillible. Elle est infaillible par tout son corps; elle est infaillible dans la succession de ses pasteurs ; par suite, tous ceux qui ne sont pas ordonnés dans cette succession n'ont pas de part à la promesse. De même encore, ceux qui, ordonnés dans cette succession, renoncent à la foi de leurs consécrateurs perdent ainsi leur privilège ; et si la vérité de leur caractère est indissoluble, du moins leur autorité est détruite. Mais en revanche, tous les pasteurs fidèles à cette perpétuité, dispersés par la prédication dans toute la terre, sont unis au corps par le Saint-Esprit, et une fois assemblés sont dotés spécialement de celte force transcendante -.
Il n'y a donc pas à résoudre d'une manière spéciale la question des Conciles. L'infaillibilité de l'Eglise est le fondement; les Conciles ne sont que l'application. Mais alors, répondra-t-on, la môme Église crée le Concile et le ratifie.
1. Œuvres oratoires de Bossuet, édition critique complète publiée par l'abb;- J. Leharq. Lille et Paris, 1890-95, G vol. in-8». Cf. t. VI. p. 101. Sermon sur l'unité de l'Éf/lise.
1'. F. de Careil, éd. cit.. t. I", p]). 488-490.
Or, si celle Église est infaillible, un Concile ne peut être erroné ; et Ton ne récuse point ce Concile sans nier l'infaillibilité même de l'Eglise qui le consacra.
Bossuet pourtant ne demande pas qu'on accepte aveuglément tout Concile. La preuve irréfulable d'un Concile réside dans le consentement du corps ^
Mais que signifie ce consentement ? Quel accueil réservera rÉglise romaine à la protestation d'un groupe ou d'un individu ? Ne les accusera-t-elle pas de schisme ? Pour qu'une fraction du corps suspecte l'autre, il faut que par là même elle doute de l'infaillibilité de l'Eglise. L'Église romaine n'aurait-t-elle donc d'autre ressource que de s'incliner devant tout Concile ?
Le Christianisme, cependant, par delà la volonté d'un homme tel que le Pape ou d'un groupe d'hommes tel qu'un Concile, semble insérer l'infaillibilité en le lien mystique de tous les membres de l'Église. Ici encore, le point de vue « divin » nous doit éclairer. Les membres du Concile furent « consacrés ». A ce moment indivisible, en eux s'est infusée une vertu universelle. Désormais, ils sauront écouter le consentement de l'Église, conformer leur propre jugement au jugement de tous. M^^stique interprétation, peut-être, d'un événement permis à nous tous :La pénétration des idées superficielles par cette raison plus profonde, largement humaine, qu'il apparlient à chacun de nous de découvrir au-dedans de son âme.
Néanmoins, aucune précision n'est apportée de celte manière à l'idée d'infailhbilité. Au contraire, Leibniz, qui étendait indéfiniment la notion d'Église, s'efforce de limiter