F. do Careil, éd. cit., I. I", p
2. Leibniz a souvent formulé cette idée tout à fait fondamentale et intéressante. Cf. notamment F. de Careil, éd. cit., t. 1", pp. 253, 306et 345, et Rommel, I. H, p. 350.
ainsi peut-être le Protestanisme, au même titre que le Jansénisme ou le Quiélisme. pénétrait dans Tunité harmonieuse d\m Catholicisme assez riche pour attirer à soi toutes les « variations ». Par une telle méthode, l'union était possible, sans abdications, mais seulement par concessions et mutuelles avances, si bien que l'état religieux comme la vie elle-même ne donnât que l'exemple d'une immense continuité.
On saisit ici, en même temps qu'une essentielle doctrine de Leibniz, la cause immédiate du conflit avec Bossuet. Si l'Eglise est, en effet, traversée par tant de doctrines contradictoires, quelle méthode devra-t-elle suivre pour les fixer? L'Eghse ne peut décréter de vérités nouvelles : tel est l'axiome catholique fondamental. Niera-t-on pourtant qu'elle ait souvent défini des dogmes nouveaux? Bossuet eût répondu que les dogmes qui semblèrent nouveaux furent en réalité l'expression condensée et désormais limpide de croyances antérieurement répandues dans l'Eglise.
Thèse fondée sur l'infaillibilité de l'Eglise; mais qui exprime sans doute l'une des plus profondes difficultés du Catholicisme. Quel départ l'Église romaine pourra-t-elle faire des croyances légitimes et des erreurs ? Si les théories dérivent des pratiques, n'est-ce pas le gage certain que les théories ne seront que des pratiques mal dégrossies.
Quand Bossuet prétend, par exemple, que la doctrine de la Justification a toujours été enseignée par l'Eglise, et qu'elle eût été fixée comme elle le fut par le Concile de Trente même si Luther ne fût venu, il oublie que, sans cette intervention, personne vraisemblablement ne se fût avisé d'en rechercher la définitive formule. Il afTirme que, la doctrine orthodoxe de la Justification ayant toujours été conforme à l'enseignement ofTiciel de l'Éghse, tous les reproches de Luther et des Proies-
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tanls venaient « d'une mauvaise volonté » et tendaient « au schisme ^ ». Bien au contraire, répond Leibniz, cette pure doctrine fut peut-être ainsi sauvée de la mort. Erasme, qui n'aimait pas Luther, a cependant reconnu qu'il n'avait pas été vain de ramener les Chrétiens à la pensée de saint Paul -. Sans nul doute, pourrait-on dire en pressant la pensée de Leibniz, il est nécessaire que çà et là dans l'histoire quelques hommes hardis contrarient avec force et remontent en quelque sorte la tradition actuelle, afin de séparer violemment la doctrine de la pratique. Les Protestants raisonnables doivent, selon Leibniz, se réjouir « de voir... les sentiments qu'ils jugent les meilleurs... approuvés jusque dans l'Eglise romaine^ ». Le projet d'union des Eglises, tel que Leibniz le conçoit, procéderait ainsi essentiellement de la Réforme. Bien que rÉghseait été purifiée, grâce aux Réformateurs et au Concile de Trente, des abus, en effet, se sont répandus, qui anéantissent l'adoration en esprit et en vérité et corrompent à l'avance les doctrines qu'on en fera sortir un jour. La destruction du schisme ne se pourra accomplir qu'après un anéantissement de ces abus; et Leibniz semble vouloir rendre légitime la Réforme, en la continuant, pour ainsi dire, d'une façon positive.
Peut-être n'est-on pas infidèle à la pensée intime de Leibniz en décrivant, de lasorte, un protestantisme nouveau. Bossuet redoutait que ce protestantisme, purificateur, simplificateur, supprimât la métaphysique religieuse et réduisît le Christia-
1. F. de Careii, éd. cit., t. 1", p. 37b. Lettre de Bossuet à Leibniz, 27 juillet 1692.
2. Id., t. I", p. 371. Lettre de Leibniz à Bossuet, 13 juillet 1692.