Id., t. I", p. 502. Même lettre
4. Id., t. I", p. 411. Lettre de Leibniz à Pellisson, 28 novembre, 8 décembre 1692 : «S'il y avait moyen de sortir d'afïaire parla seule voie d'e.xplication, il triompherait absolument. »
l'obstacle 327
qu'il s'agit'. » Si Ton croit, après cela, avoir suffisamment prouvé y que faire de plus? De là vinrent tous les apparents silences de Bossuet et ses prétendues réticences. Ajouter à une « exposition » suffisante une condescendance était un de ces procédés profanes, utiles ailleurs peut-être, mais opposés au Christianisme. Bossuet savait que les règles d'union, posées par lui, ne sont acceptables que si l'Eg-lisc catholique est seule vraie. « Mais vous supposez, direz- vous, que vous êtes seuls l'Eglise catholique. Il est vrai, nous le supposons, nous l'avons prouvé ailleurs : Mais il suffit ici de le supposer, parce que nous avons affaire à des personnes qui en veulent venir avec nous à une réunion, sans nous obliger à nous départir de nos principes-. »
L'union est désormais impossible, répondent les Protestants. Tout au contraire, déclare Bossuet : Si vous n'admettez pas l'Église pourvue de tous ses privilèges, que signifie l'union ? Elle n'est que factice et productrice de désordres : en définitive, il faut ou quitter l'Eglise ou retourner totalement vers elle\ 11 ne suffit pas de dire : « Je crois FEglise catholique », mais il faut ajouter : « Je crois ce qu'elle croit ; autrement c'est ne la pas croire elle-même, c'est ne pas croire qu'elle est, puisque le fond et pour ainsi dire la substance de son être, c'est la foi qu'elle déclare à tout l'univers. » ' L'Eglise ne peut errer; voilà le seul principe solide. Que Leibniz ne parle plus de sa croyance « en l'infaillibilité de l'Eglise ! » La contradiction est plus forte que jamais ; « puisqu'il faut dire
1. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 422. Bossuet à Leibniz, 27 décembre
2. Id., t. I«f, p. oOO. Lettre de Bossuet à Leibniz. Entre juin et octobre 1693.
3. Id., 1. 1", p. 422. Lettre de Bossuet à Leibniz, 27 décembre 1692.
4. Id., 1. 1", p. 491. Lettre de Bossuet à Leibniz. Entre juin et octobre 1693.
en même temps que » TÉglise « est infaillible et qu'elle se trompe, et unir Tinfaillibilité avec Terreur ^ »
Telle est, en effet, la conciliation vers laquelle s'était acharné Leibniz. Bossuet confond Finfaillibilité dans les questions « salutaires » et l'absence totale de toute faute dogmatique. « Si la moindre parcelle des décisions de l'Eglise est affaiblie, la promesse est démentie et avec elle tout le corps de la révélation ^ » Quand les Protestants récusent le Concile de Trente, Bossuet affirme qu'ils s'opposent à toute l'Église. Des prélats italiens admettaient pourtant ces subtiles distinctions de droit et de fait. Pour Bossuet, toute soumission sera feinte et inutile qui ne s'accompagnera pas de l'obéissance au Concile de Trente.
Peu importe à Bossuet que toute union soit ainsi désormais impossible. Il juge que théoriquement l'union vraie n'est réalisable qu'à ce prix. Il omet volontairement le point de vue historique. L'expérience lui fut toujours, en ces matières, indifférente. Tout autre est l'attitude de Leibniz. 11 approuvait partiellement le Concile. « J'estime fort le Concile de Trente », écrivait-il au Landgrave, « quoique je ne puisse pas l'approuver en tout, au moins de la manière qu'on l'entend vulgairement^. » Même, il se fût volontiers accordé avec Bossuet sur la double ambition du Concile de Ti^ente : conservation dogmatique et réforme disciplinaire. Mais il tenait compte, avant tout, d'un fait : l'obstination invincible des Protestants. Est-ce que l'adhésion de tant de milliers d'êtres ne vaut pas que l'on
l.F. de Careil, éd. cit., t. I«', p. 501. Lettre de Bossuet à Leibniz. Entre juin et octobre 1693.