Id., t. Il, p. 336. Même lettre
3. Cf. Inédits, Théologie, vol. III, 4, f° 1 ; Inédits, T/iéolof/ie, vol. XII, 2, f» 8 ; et F. de Careil, t. H, p. 445.
4. F. de Careil, t. H, p. 293. Lettre de Bossuet, 9 janvier 1700.
0. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 339. Lettre de Leibniz, 14 mai 1700. — (Le passage en italiques n'est pas souligné par Leibniz.)
374 l'Église universelle
le canon judaïque, qui, d'après le témoignage de Josèphe, ne contenait que vingt-deux livres de pleine autorité : cinq livres de Moïse, treize livres de Job et des Prophètes, quatre livres didactiques'. Il juge à tort que le nombre vingt-deux est le primitif. En effet, la division en vingt-quatre livres, conforme à la computation judaïque et à la tradition talmudique, est, semble-t-il, la division primitive, tandis que la division en vingt-deux livres paraît dériver d'un plan allégorique, lui-même fondé sur la disposition de la Bible grecque ^. Il est probable que le canon de vingt-deux livres a été transmis grâce aux Pères grecs. Leibniz, d'accord avec la canonique moderne, observe que le dénombrement de Méliton, celui d'Eusèbe de Césarée, le Synode de Laodicée, toute rÉglise grecque, ont gardé cette division en vingt-deux livres et rejeté les autres livres ^. Jérôme, entre tous, est formel : « L'Eglise lit », dit-il, « les livres de Judith et de Tobie et des Macchabées, mais elle ne les reçoit pas parmi les Ecritures canoniques ; ainsi, elle lit ces deux volumes pour l'édification de la plèbe, non pour confirmer l'autorité des dogmes ecclésiastiques *. » Jérôme écrit : « L'Eglise. » Pouvait-il ignorer le sentiment de l'Eglise de son temps? Au Moyen Age, môme tradition. Un Bénédictin du x* siècle écrit : « Quoiqu'on lise Tobie, Judith et \qs Macchabées ^^omy l'instruction, ils n'ont pas pourtant une parfaite autorité. » Pierre le Vénérable, Hugues de Saint-Victor, usent des
1. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 346. Lettre du 24 mai 1700. :2. Loisy, Hist. du Canon de l'Ancien Testament, onv. cit., p. 16.
3. F. de Careil, éd. cit., t. II, pp. 349-30. Lettre du 24 mai 1700.
4. Id., t. II, p. 3.08. Même lettre : « Sicut Judith et Tobiae et Macchabseorura libros legit quidam Ecclesia, sed eos in canonicas Scripturas non recipit; sic et hsec duo volumina legit ad œdificationera plebis, non ad auctoritatem ecclesiasticorum dogmatum confîrmandam. » Il s'agit du livre de Jésus, fils de Sirach, et du livre de la Sagesse.
mêmes distinctions'. Au xv^ siècle, Alphonse Tostat, archevêque de Florence, dit que « la distinction des livres du Vieux Testament en trois classes » (canoniques, ecclésiastiques, apocryphes) «... est celle de rÉglise Universelle^ ». Enfin le cardinal Cajetan lui-même, peu avant le Concile de Trente, s'en rapporte encore à l'opinion de Jérôme^. Par cette long-ue suite de preuves, (^l'il énumère avec une précision toute moderne, Leibniz croit pouvoir démontrer que la distinction des livres canoniques et des livres ecclésiastiques est vraiment catholique, et que, par suite, la décision de Trente e^t une nouveauté schismatique '.
Bossuet pouvait difficilement triompher d'une telle enquête. Déjà, par une lettre antérieure % il avait subordonné progressivement sa doctrine de la perpétuité à celle de l'autorité de rÉii^lise. Il accordait bien à Leibniz la hiérarchie des articles fondamentaux et non fondamentaux ; il avouait que peuvent être ignorées sans danger telles parties de l'Ecriture dont la substance est indifférente à la religion ® ; cependant, ajoutait-il, un passage peut être insignifiant et devenir tout à coup d'un maintien capital, s'il est lié à un livre important. Tels, l'épisode du bâton de David et le livre des RGis\ De plus, il n'est pas un dogme, si restreinte qu'en soit la valeur intrinsèque, qui ne devienne îiécessaire après la décision de l'Eglise : « Avant qu'elle eût déclaré la vérité et l'antiquité, ou plutôt la perpétuité de ces dogmes, par un jugement
1. F. de Careil, édit. cit., t. II, p. 367. Lettre du 24 mai 1700. '2. Id., t. II, p. 370. Même lettre.