Id., t. U, p. 300. Môme lettre
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authentique, elle tolérait les errants, et ne craignait point (Ven mettre... quelques-uns au rang de ses saints : mais, depuis sa décision, elle ne les a plus soufferts, et, sans hésiter, elle les a rangés au nombre des hérétiques ^ » Donc, « la racine et l'effet de la distinction se tirent p?n?icipalement de la décision de l'Église *. »
Bossuet, qui avait été autrefois, un instant, défenseur d'une doctrine fondée sur la continuité historique, revenait à l'autorité. Il y revenait définitivement. Il confondait de plus en plus un problème limité et concret avec un autre, général et théorique : « Permettez-moi, » s'écriait-il, le P''juin 1700, « de vous prier encore une fois. . . d'examiner sérieusement devant Dieu si vous avez quelque bon moyen d'empêcher TEglise de devenir éternellement variable, en présupposant qu'elle peut errer et changer ses décrets sur la foi '\ » « Vous avez raison, » répondait Leibniz, « de me sommer d'examiner sérieusement devant Dieu s'il y a quelque bon moyen d'empêcher l'état de l'Église de devenir éternellement variable \ >; Y parviendrat-on en affirmant toujours que l'Eglise a décidé et que personne ne peut examiner ces décisions ? Ne devra-t-on pas distinguer entre un Concile et l'Eglise ? Vous croyez vaincre : Peut-être, en effet, favorisez-vous provisoirement l'Eglise romaine, mais vous affaiblissez à jamais rautorité de l'Eglise Universelle. Saurez-vous défendre le Christianisme, lorsqu'on découvrira, quelque jour, nombre de décisions inconciliables avec d'impérieuses exigences ? « Tôt ou tard la vérité se fera jour ; et il faut craindre que lorsqu'on croira d'avoir
1. F. de Gareil, éd. cit., t. II, pp. 303-304. Lettre du 30 janvier 1700.
2. Id., t. II, p. 305. Lettre du 30 janvier 1700. (Non souligne par Bossuet.)
3. Id., t. II, p. 37o. Lettre de Bossuet à Leibniz, 1" juin 1700.
4. Id., t. II, p. 378. Lettre de Leibniz à Bossuet, 3 septembre 1700.
tout giig'iié, quand c'est par de mauvais mo3^cns, on aura tout gâté, el fait au christianisme môme un tort diiïicile à réparer \ » « Jugez vous-môme, Monseigneur, je vous en conjure, lesquels sont meilleurs Catholiques, ou ceux qui ont soin de la réputation solide... de l'EgUse et de la conservation du christianisme, ou ceux qui en abandonnent l'honneur, pour maintenir, au péril de l'Eglise même et de tant de millions d'âmes, les thèses qu'on a épousées dans le parti. Il semble encore temps de sauver cet honneur, et personne n'y peut plus que vous. Aussi ne crois-je pas qu'il y ait personne qui y soit plus engagé par des liens de conscience, puisqu'un jour on vous reprochera peut-être qu'il n'a tenu qu'à vous qu'un des plus grands biens ait été obtenu". »
Appel tragique, en vérité, d'autant plus prenant qu'il surgit en quelque sorte de l'intérieur du Christianisme, Mais « les affaires de la religion », répliquait avec dédain Bossuet, « ne se traitent pas comme les affaires temporelles, que l'on compose souvent en se relâchant de part et d'autre, parce que ce sont des affaires dont les hommes sont les maîtres '\ » Qui empêchera que tous les Conciles soient l'un après l'autre examinés à la manière du Concile de Trente ? On verra Constance, Nicée lui-même, tomber comme les autres. « Tout le reste s'évanouira de même, ou ne sera appuyé que sur des fondements arbitraires. Trouvez, Monsieur, un remède à ce désordre, ou renoncez à l'expédient que vous proposez \ » Avouez plutôt que vous supprimez l'Eglise. Nous nous afïïr-
1. F. de Carei), éd. cit., l. II, p. 379. Lettre de Leibniz à Bossuet, 3 septembre 1700.