Id., t. II, p. 392. Même lettre
mons, il est vrai, FEglise infaillible. Mais comment oseriezvous vous dire cette Eglise, vous qui détruisez continuellement l'infaillibilité? Bref, il faut un terme à ces discussions. A entendre Leibniz, TEglise, l'infaillibilité, la catholicité, seraient maintenues par les Protestants. Malheur à nous, si nous étions un instant séduits par ces nuances mensongères. Il est temps de rejeter à jamais Tappel de Leibniz : « Laisseznous donc en place comme vous nous y avez trouvés, et ne forcez pas tout le monde à varier ni à mettre tout en dispute ; laissez sur la terre quelques Chrétiens qui ne rendent pas impossibles les décisions inviolables sur les questions de la foi, qui osent assurer la religion, et attendre de Jésus-Christ, selon sa parole, une assistance infaillible sur ces matières. C'est là Tunique espérance du christianisme ^ »
« C'est là, dites-vous. Tunique espérance du christianisme. Mais il faut vous prier à votre tour de laisser sur la terre des gens qui s'opposent au torrent des abus, qui ne permettent point que Tautorité de TEglise soit aviUe par de mauvaises pratiques, et qui ne souffrent point qu'on abuse des promesses de Jésus-Christ pour établir Tidole des erreurs ,: autrement c'est rendre Tassistance de Jésus-Christ, unique espérance des Chrétiens, très obscure et très incertaine. Joignez-vous plutôt à eux, s'il est possible, en donnant l'honneur à Dieu, et rendez par là son lustre au christianisme-... »
Nous ne changerons jamais, répondait sans cesse Bossuet. Vous pouvez changer, vous dont le principe même est le
1. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 393. Lettre de Bossuet à Leibniz, 12 août 1701.
2. Id.. t. II, p. 262. — Cette lettre, qui est une réponse, sans date, à la lettre de Bossuet citée ici, est placée dans l'édition de F. de Careil plus de cent pages auparavant (pp. 258 et suiv., tandis que la lettre de Bossuet est à la page 386).
nouvel examen. A'enez donc à nous. \ous ne pouvons aller vers vous. Cet oro'ueilleux avantage vous blesse. Et tout vous semble désespéré. Rien n'est perdu pourtant, si vous nous laissez exposer notre doctrine jusqu'au dernier éclaircissement. C'est pourquoi il faut répondre à ces arguments qu'un Leibniz avait pu croire définitifs : « ... Je ne dois pas vous laisser dans cette pensée. Vous aurez ma réponse, s'il plaît à Dieu, dès le premier ordinaire \ »
Il n'est pas douteux, cependant, que les Mémoires publiés sur le Concile de Trente donnent historiquement raison à Leibniz. Quand certains députés du Concile, un peu plus défiants de leurs décisions que la majorité des Pères, demandèrent qu'on mît quelque différence entre les livres reçus et les livres canoniques, l'assemblée refusa, « à cause de la difficulté du sujet - ». Au sujet de l'anathème, il y eut de même hésitation, et trente-sept Pères seulement votèrent. En avril 1546, le cardinal de Trente réclama qu'on plaçât les livres de moindre autorité après les canoniques. « Car, » dit-il, « le livre de Tohie... est placé dans le décret avant plusieurs livres, de l'autorité desquels on n'a jamais douté "*. » Mais on ne voulut pas agir autrement qu'à Florence. Le Concile n'admit pas de différence entre les livres : La canonicité ne comporte pas de degrés, déclara-t-il. Peut-être toute la difficulté provenait-elle de ce que les protestataires entendaient le mot « canonicité » au sens grec et le définissaient par la valeur intrinsèque des textes. Le Concile, au contraire,
1. F. de Careil, éd. cit.. t. II, p. .396. Lettre de Bossuet à Leibniz, 12 août 1701.