‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 239 sur 305 · Id. Ihid. F. 2, verso · texte numérisé non relu

Id. Ihid. F. 2, verso

3. Inédits, Th., vol. III, 7 l. fragment précité, f» 2, verso. Cf. Dialogue entre Poliandre et Théophile, pp. 21-28, in Rev. de Métaphys., janvier 1905. Cf. aussi Rommel, éd. cit., t. II, pp. 362-63.

4. Duchesne, Origines du culte chrétien, op. cité, pp. 258-259 : La fête de la Vierge n'est solennisée officiellement qu au vn« siècle : Les fêtes actuelles de la Présentation, de l'.Annonciation, de la Nativité et de la Dormition entrent également dans l'usage romain au vu» siècle. Cf. pp. 260-262, sur les diverses origines de ces fêtes, et sur leurs sources byzantines.

mère du Sauveur. Une religion toute de force et de profondeur a de quoi effrayer les Ames encore imprégnées de paganisme. D'où toute une surérogation de croyances, déclarées d'ailleurs pleinement libres jusqu'au Concile du Vatican, lui-même encore bien éloigné, sans doute, des définitions qui seront quelque jour ajoutées. « La Vierge mère de Dieu' », expression médiocre, amena certains (Catholiques à laisser dominer dans leur cœur le culte de Dieu par le culte de la Vierge. Culte qui, en vérité, considéré essentiellement, est adaptable à une dogmatique élevée ; et, si l'on se réfère au Troisième Evangile, qui est ici notre plus haute ressource, on ne voit justifiées aucune des superstitions ultérieures. Le texte de Luc est d'une admirable pureté : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur avec vous. Voilà que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un fils... Celui-ci sera grand et s'appellera le Fils du Très-Haut... L'Esprit Saint surviendra en vous, et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre : C'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu^. » Laissons de coté tous les problèmes qui se posent autour de ce texte fondamental, relativementà la naissance miraculeuse ou naturelle de Jésus ^. En fait, nous voyons une femme, qui a « trouvé

1. C'^tte expression fut définie par le Concile d'Ephèse (431], qui condamna le nestorianisme. Mais les arguments de Nestorlus. liés à la théorie des deux natures de Jésus-Christ, sont sans rapport avec la thèse critique qu'on essaye desquisserici

2. Cf. Luc, 1. 28-3o : « ..."/alpî -/.E/ap'.Ta>}ji.ivT,, o xôp'-o; [xt-'-x. coj ... -/.t.': loo'j u'jaX t] jji 'l/r, ht YaTTpî '/.%\ TÉ£r, "jIÔv-.. Ojto; SJ-a'. [lÏ^çol^ xa*. 'j'.o^ ûil/îff-ro'j 7.ÀT,'J-/;T£':a'.... Dvîjjjia ct^(:vi ïr.tKf'i'SZZ'X'. ï-\ tÎ. v.x: ojvajXi? G'I/ij- TO'j ÏT^'.'zy.'.i'jt'. uoi ' o'.ô Y.7.\ zb YïvvtûjjiEVOv ay'.Civ •/.Xr/Jy^îî-a'. uio; Oeoj. » (Ed. ïischendorf, éd. cit., pp. 41G-418./

3. Ces difficultés, d'ailleurs, ne sont nullement sensibles dans le texte de Luc, réfléchi en sa pureté première. Nulle mention n'y est faite d'une naissance contraire aux lois de la nature. Seul, le texte de Matthieu (L, 20-2oi est formel à cet égard. Sur la question dans l'Evangile johannique, voir Loisy : Le Quatrième Evangile, i'aris, 1903, pp. 180-81 et passim.

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grâce devant Dieu^ », sur qui plane TEsprit, et de qui naîtra le Fils de Dieu. Peu importe ici la question de la vérité ou de la fausseté d'un tel Mystère. Une attitude purement critique est concevable, même en face d'affirmations transcendantes. Or, il semble que l'interprétation la plus haute et la plus exacte de la Vierge mère du Sauveur soit celle que donnèrent les Jansénistes. Vierge toute de force et de mystère, presque effrayante en son unique privilège : « Sa grandeur est terrible- », écrivait Saint-Cyran-; conception non ignorée, d'ailleurs, de la tradition proprement catholique et en particulier médiévale. Les artistes traduisirent parfois cette « grandeur terrible » ; et les vitraux ou les sculptures nous en présenteraient de multiples exemples. Ainsi, en un des vitraux les plus accomplis du déambulatoire de la cathédrale de Chartres, émerge hors d'un bleu implacable la Vierge dominatrice et lointaine. Peut-être une telle méthode rigoureusement critique et impartiale, fondée uniquement sur les textes et sur les traditions authentiques, permettrait-elle de régénérer en leur pureté les pratiques multiples. Méthode qui s'inaugura à peine durant les dernières années du xix*^ siècle et que ne put pressentir Leibniz. Du moins, il ne l'eût pas contredite, mais eût reconnu en elle le prolongement même de son effort.

Leibniz jugeait d'ailleurs que tous les abus cultuels sont facilement réparables. Déjà le Concile de Trente en a commencéla réforme. Le Pape devra éliminer du culte des Saints toutes les formules qui n'expriment pas clairement la diffé-

•1. Luc, I, 30 : « Mr, oo^o-j, Mapiâa • cJOe; y^? '/ap'.v -apà zôj Oew. » (Mèmeédit. p. 417).

2. Cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, op. cit., t. I", p. 333.

l'obstacle 407

rence entre Dieu et le Saint'. Qu'une fausse humilité ne nous fasse pas négliger le culte dû à Dieu pour nous jeter dans Tin vocation des Saints, accessible à nos médiocres efforts ! Il ny a aucune proportion entre le fini et l'Infini ; cependant il vaudrait mieux abandonner tous les finis que donner à Tlnfini les vices du fini. Dieu s'est dit notre force, notre espoir, hors desquels il n'y a point de salut ; aucune indignité ne résiste à une sincère pénitence : « Venez, ô vous qui êtes chargés, et je vous soulagerai-. » Peut-être Leibniz n'eût-il admis le culte des Saints qu'une fois transposé en une méditation de la Cité céleste; nous nous élèverions ainsi vers Dieu par une progression infinie ; et la notion même de Saint se justifierait, puisqu'en elle on trouverait déjà l'annonce des monades angéliques. Combien inexact et lourd d'abus apparaîtrait alors le mot de a culte » !

Certains Catholiques eussent objecté, il est vrai, que jamais l'Eglise n'a supporté l'égalité du culte de Dieu et du culte des Saints, puisqu' « on met tout l'être d'un côté, et tout le néant de l'autre "* ». Car enfin, s'écrie Bossuet, qu'est-ce qu'un Saint sur la terre, sinon un homme qui, « reconnaissant combien il est néant par lui-même, s'humilie aussi jusqu'au néant pour donner gloire à son auteur » ? Et qu'est-ce qu'un saint dans le ciel, sinon un être « qui se sent à peine lui-même, tant il est possédé de Dieu et abîmé dans sa gloire ?... On ne peut... s'arrêter en lui, parce qu'on le trouve tout hors de luimême, et attaché par un amour immuable à la source de son être et de son bonheur^ ». Dans le paganisme, rien n'était

1. Inédits, Tfiéolo'jie, vol. III, 7 /, f"3, De Cultu Sanclorum.

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