Gerhardt, Phil. Schri/ïen, éd. cit., t. YIl, pp
LA GLOIHK 1)K DIKU 457
D'où celle définition, qu'il faut ramener à sa source mystique : « La justice est la charité du sage. »
Si le « juste » est bien celui qui aime Dieu et les hommes, il possède cette « charité » dont parle saint Jean et qui s'identifie à Dieu même. Justice, charité, sagesse; trinité nouvelle, à la fois humaine et divine \ et que l'homme crée en soi. Celui qui aime vraiment ainsi aime Dieu, dit Leibniz. Saint Jean enseigne-l-il autre chose ? « Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu demeure en lui^. »
La justice est l'amour du sage : Amour réfléchi, fondé en raison, amour excluant toute crainte. « Celuiqui craint Dieu seulement », dit Leibniz, « s'aime soi-même et son non-être plus que Dieu'\ » Saint Jean déclarait lui aussi : « La crainte n'est pas dans la charité ; mais la charité parfaite met dehors la crainte, car la crainte a un châtiment : ainsi celui gui craint nest point parfait clans la charité \ » Amour, joie parfaite, absolue confiance.
Lors donc que Leibniz, en maint endroit, affirme qu'il
1. On peut dire : « à la fois humaine et divine », la justice étant pour Leibniz un concept liumano-divin. Cf. dans la MécUtalion sur la notion commune de Justice, loc. cit. : « Justice n"est autre chose que ce qui est conforme à sagesse et bonté jointes ensemble. Le but de la bonté est le plus grand bien. — Mais |)our le reconnaître, il faut de la sagesse, qui n'est autre chose que la connaissance du bien... Ainsi, Ja sagesse est dans lenlendemcnt, et la bonté dan.s la volonté ; et la justice |)ar conséquent est dans l'un et l'autre. La puissance est autre chose. Mais si elle survient, elle fait que le droit devient fait, et que ce qui doit être existe aussi réellement... Et c'est ce que Dieu l'ait dans le monde. » (Mollat, éd. cit., p. 48.)
2. Jean, Epitre I'°, IV, -16 : « '0 Oôô^ ^^^-7, £!JTtv,xa'. ô aiv-ov hi -zr^ àvKTTTi ivTÙ) Gsô) [Jiivî'. /.al ô OîÔ; iv aj-ûj [aivs'..» (Ed. cit., t. Il, p. 334.)
3. Guhrauer, Deutsche Sclwiften, éd. cit., t. I". p. 413 : « W'er Gott nur lurchtet, der liebt sich und sein Unwesen mehr als Gott. »
4. Jean, Épitre I'«, IV, 18: « ^ô^o; où-/. à'sTov iv -:f, àyi-rr,, àXÀ' y, -ziXt'.x i^(i:zr^ à'fio |3âÀÀS'. tov oôSov, ot*. ô oôio^ y.ôÀaa'.v ï/Z'., ô os Ç-opojjjisvoî où TîTîÀîîdjTa'. èv Tf, àva-r, . » iEd. cit., t. 11, pp. 334-5.)
4i)8 LA GLOIHE DE DIEU
faut témoigner Tamour de Dieu par l'amour du prochain, il s'intègre en réalité au Christianisme le plus authentique, et reprend même les deux commandements primordiaux de Jésus. En efTet Jésus, après avoir donné le commandement d'amour divin, ajoute : « Et voici le second qui lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ^ » Le second commandement ne s'ajoute pas au premier ; il est le premier, eût volontiers dit Leibniz, exprimé selon un autre point de vue. « Personne n'a vu Dieu », lisons-nous dans la première Epîtrc de Jean, « mais, quand nous nous aimons les uns les autres. Dieu demeure en nous-, w Jésus, adressant la suprême prière, au terme de l'évangile johannique, s'écrie : « Que tous ils soient un, comme toi Père en moi, et moi en toi; qu'ils soient [un] en lious^. »Et enfin, la célèbre formule toujours répétée, jamais systématisée, sinon par Leibniz : « Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu : car Dieu est amour*. »
Comment ne pas reconnaître en ces textes de Jean l'essence de la pensée leibnizienne ? Sans nul doute, Leibniz les médita; et sa doctrine, d'ailleurs issue de sources infinies et irréductibles à toute analyse, s'attacha inébranlablement aux affirmations de saint Jean. De là, toute la construction de l'Eglise universelle, son invincible croyance en le salut