‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 272 sur 305 · Id., p. 417, Ibid., par · texte numérisé non relu

Id., p. 417, Ibid., par

3. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 3i0. Lettre de Leibniz à Bossuet, 18 avril 1092.

analysé selon celle mélhode minutieuse, apparaît comme un miracle.

Par celte fusion finale du (t miracle » et de la « nature » sont définitivement rejetées les forces extérieures à la « liaison universelle ». Tout phénomène qui s'afîranchirait de celte continuité deviendrait « déserteur de Tordre général '. » Or les théologiens disent que tout miracle est discontinu et spécial. Mais le vrai miracle n'est pas accidentel ; il est constant ; il n'est pas relatif, mais absolu. Peu importe que sa réalisation dans le temps et dans l'espace ait été circonscrite à une époque ou à un lieu. De ce que le Christ par exemple est né en un lieu et en un temps, il ne suit pas que son Incarnation n'ait été empreinte d'éternité. Les Mystères ne peuvent contrarier l'ordre universel ; car ils sont la réahté la plus déterminée. Et Leibniz, à la fois par l'analyse infinitésimale et par la déduction philosophique, prouve la supériorité du déterminé sur le grand et le petit"-. Or, les Mystères déterminent, pourrait-on dire en transposant cette pensée de Leibniz, ce qui est dispersé ou ébauché ailleurs. Les Mystères tels que rincarnation, la Rédemption, la Transsubstantiation, non seulement déterminent le réel, mais encore le pénètrent en son détail. La mathématique déjà nous avait préparés à découvrir les propriétés d'excellence dans les quantités très petites. « Par exemple, si dans la ligne de la plus courte descente entre deux points donnés nous prenons deux autres points à discrétion, la portion de celte ligne interceptée entre eux est encore nécessairement la ligne de la plus courte des-

1. Gerhardt. Phil. Schr., éd. cit., t. VI, p. 546. In Considérations sur les Principes de Vie et sur les Xatures Plastiques.

2. Id., t. VII, pp. 270 sqq. n Tenfamen Anagogicum, Essai anagogique dans la reclierche des causes. » — Opiisculc capital.

cenle à leur égard'. » De môme, la perfection s'insinue dans le détail ; autrement elle ne pénétrerait pas le tout. Qu'est-ce que l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, la Grâce, sinon Dieu se voulant maître du détail et non plus seulement de Tensemble ?

Métaph^'^siquement donc, les Mystères rentrent dans Tordre suprême. On comprend alors que la grâce domine la nature, puisqu'elle l'exalte et porte à l'absolu les lois de la nature, « en sorte que la nature môme mène à la grâce, et que la grâce perfectionne la nature en s'en servant^ ». Par suite, une intelligence « analogique ^> des ^Mystères ne nous sera pas refusée.

La Trinité, par exemple, nous sera accessible, grâce à cette méthode « analogique ». L'esprit se peut comprendre lui-môme; mais, nécessairement alors s'y manifeste quelque difîérence entre ce qui comprend et ce qui est comprise La substance divine, incréée, subsistant par elle-môme, enveloppe de la sorte une relation essentielle \ « Il y a trois réalités relatives dans une seule substance absolue '^ » L'appellation du Père, du Fils, de l'Esprit, dérive d'un procédé tout humain pour décrire les relations au sein de l'Absolu. Le Fils ou le Verbe est l'image du Père, puisque le Père en percevant le Verbe

1. Gerhardt, éd. cit., t.. VII, p. 272, Tentamen Anarjogicum.

2. Id., t. VI, p. 60j. Principes de la Nalure et de la Gi'dce, fondés en raison, par. 15.

3. Cf. Inédits, Théologie, vol. III, 4. De Deo Irino, f° 3, verso : « Manifestum est aliquod discrimen esse inter id quod intelligit et quod intelligilur. »

4. Inédit!', Théologie, vol. III, 4, fol. 2. a Est autem divinitatis persona quœdam substanlià singularis increata, per se subsistens, sed quse involvit relationem essentialem. »

o. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. III, pp. 13i et 173. Lettres à Basnaare de Beauval et à Burnett.

472 LA nr.omE dk dieu

se perçoit soi-même^ ; cl celte perception s'identifie i\ l'amour de soi-mèmc'. Or, dans celle perception et cet amour que, d'accord avec la théologie catholique, il appelle le Saint-Esprit, Leibniz dislingue en même temps une Volonté. « L'Esprit», écrit-il, « est dit amour ou volonté' ». La doctrine traditionnelle s'enrichit ici. Cette addition est-elle secondaire chez Leibniz, ou n'enveloppe-t-elle point le secret de sa pensée mystique? — La Perception ou la Connaissance identique à l'Amour : de celle thèse à la fois philosophique et chrétienne Leibniz, on Va vu, a extrait toute sa notion de l'Amour de Dieu. Mais celte union éternelle de l'Amour et de la Connaissance est elle-même la Volonté. De même l'Action sort de la Connaissance ; et le Bien général surgit immédiatement de la Gloire de Dieu : Amour de Dieu, Bien général, Gloire de Dieu ; celle totale activité humaine se transfigurerait à la limite en la Trinilé divine.

Si nous nous efforçons de scruter les brèves formules où Leibniz consigna sa doctrine sur les Mystères, nous les trouverons toutes plus ou moins parallèles à ses pensées proprement philosophiques. A un sj'^stème qui nulle part ne la préparerait il ne superpose point tout à coup, étrangère et inattendue, la Révélation chrétienne. Pour lui, cette Révélation, au contraire, achève la révélation naturelle. Les « vivants » révèlent l'Univers ; les « esprits » révèlent Dieu. Le monde total est en nous ; de même Dieu vit en nous, et entre en « société avec nous ». Aux thèses de la Monadologie

1. Inédits, Théologie, \o\. III, 4, fol. 2, en marge :.« Verbum, seu id quod intelligitur. est imago Patris, quia Pater verbum percipiens. id ipsum percipit, quod ipse est, nempe mentem iliam quie se inteliigit. «

Page 1