Lettre inédite h Morell. 29 septembre 1698, f
la métaphysique, la mathématique ou la pensée religieuse, on est d'abord tenté de déclarer primordiale chacune d'elles. Mais à ce moment il faut se garder de conclure. En effet, chaque 'partie du système est une source.
Voici, entre plusieurs, un exemple significatif. Tout le s^'stème de Leibniz peut être déduit et Leibniz le déduisit luimême d'une thèse logique : De la seule notion du sujet tous les attributs de ce sujet dérivent \ De cette thèse Leibniz conclut expressément l'impossibilité pour une substance d'être atteinte par une autre force que la force créatrice et annihilatrice, c'est-à-dire Dieu -. Dieu seul est notre objet immédiat externe ^
Logiquement, cette conclusion s'explique par une telle déduction; mais, métaphysiquement, les sources en sont multiples et sans doute insaisissables. De plus, est-il sûr que la pensée proprement chrétienne n'ait pas parachevé une intuition métaphysique ? La doctrine de saint Paul sur un Dieu qui « opère tout en tous* » s'harmonise par avance avec celle de Leibniz sur un Dieu qui se révèle notre plus profond intérieur, et qui « seul opère sur moi», et qui seul aussi
1. Cf. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. lY. p. 433. « Disc, de met. », par. VIII. — Cf. B. Russell, A critical expoi,ition of the pliilosophy of Leibniz, ouv. cit., 1900. — M. Russell écrit : « I felt... that the Monadology was a kind of fantastic fairy taie, cotierent perhaps, but whoUy arbitrary » (non souligné par l'auteur). (Cf. ouv. cit., p. VII). Rejetant ainsi la « Monadologie «, M. Russell choisit le « Discours de Métaphysique » et les Lettres à Antoine Arnauld pour y découvrir l'essence du système leibnizien. Sans doute ; mais que veut dire ce « wholly arbitrary » ? De quel droit déclarer arbitraire une œuvre que Leibniz ne nous a pas lui-même affirmée telle? N'est-ce pas adopter un point de vue personnel et extérieur?