‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 287 sur 305 · Id., t. IV, pp. 433-434, « Disc, de Met. », par. IX · texte numérisé non relu

Id., t. IV, pp. 433-434, « Disc, de Met. », par. IX

3. Cf. Leibniz, passim, et Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit.. t. IV, p. 453; t. V, p. 99, et Raspe : Œîivves philosophiques de feu .U. de Leibnitz. .. 1765, p. 503: « Dieu est le seul objet immédiat externe des esprits. »

4. Corinlh. I, XII, 6 : « ... ô ol ajTÔç Osôç ô èvEpYwv là Travza iv Tràa'.v. » lildit. Tische ndorf, t. II, p. b29).

« me peut faire du bien ou du mal ' ». Idée non purement rationnelle, mais, presque également, mystique. Le Mystique apparaît avant tout comme celui qui nie les destructions phénoménales et qui, par inspiration, se persuade atteindre Dieu. Dieu est de plus près ma chose que mon corps, — Gott ist mir iid/ier angehôrig cils der Leib -. — Le monde est comme s'il n'était pas. Essentiellement : je suis ; Dieu est.

Comment affirmer que Leibniz n'a pas construit ce mysticisme absolu, lors de recherches extra-rationnelles ? Luimême, de la façon la plus imprévue, a reconnu l'essence de son système, non plus en un saint Paul, mais en une sainte Thérèse. « Quant à sainte Thérèse », écrit-il à Morell, « vous avez raison d'en estimer les ouvrages; j'y trouvai un jour cette belle pensée, que l'âme doit concevoir les choses comme s'il n'y avait que Dieu et elle au monde. Ce qui donne même une réflexion considérable en philosophie, que j'ai employée utilement dans une de mes hypothèses ^. » On objectera que cette réflexion est extraite d'une correspondance avec un Mystique, dont Leibniz flattait les tendances. Mais, dans le plus rationnel de ses ouvrages, le « Discours de métaph3^sique », cette extase de sainte Thérèse se transfigure soudain, sans que Leibniz, d'ailleurs, oublie d'invoquer son inspiratrice. «... Une personne dont l'esprit était fort relevé », écrit-il, « et dont la sainteté est révérée, avait coutume de dire que l'âme doit souvent penser comme s'il n'y avait que Dieu et elle au monde. Or rien ne fait comprendre plus fortement l'immortalité que cette indépendance et cette

1. Gerhardt. Pliil. Schr., éd. cit., t. IV, p. 457. « Disc, de Met. », par. XXXII. n Un voit fort clairement... que Dieu est tout en tous... »

2. Lehiiilz's deulsche Schriflen. herausggb. von Guhrauer, éd. cit., t. 1"% p. kii. Von der vcahren Tlieolofjia mystica.

3. Lettre inédile à Morell, 10 décembre 1096. F» 17, recto et verso.

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étendue de rame, qui la met absolument à couvert de toutes les choses extérieures, puisqu'elle seule fait tout son monde et se suffit avec Dieu *. » Sainte Thérèse venant confirmer la thèse du sujet logique ! Le système de Leibniz doit être regardé comme cette ville, qui « est diversement représentée selon les différentes situations de celui qui la regarde^ ». Thèse à la fois logique, métaph3fsique, mystique. Leibniz se montre à nous peut-être plus réel maintenant. Sa logique se confond tout à coup avec sa pensée mystique, sans que nul puisse décider si la première intuition fut toute rationnelle ou toute mystique. L'une et l'autre conclusion seraient fausses.

Voilà pourquoi, si Ton se demande finalement quelle est l'essence delà religion leibnizienne, on s'aperçoit qu'il faudrait pour ainsi dire créer de nouveaux termes, distincts des expressions usuelles de mysticisme et de rationalisme. Si le mysticisme est une doctrine de vie qui nous fait atteindre Dieu par l'intuition, et par la création en nous d'un état d'extase négateur de la recherche discursive; alors Leibniz n'est pas un mystique. Si au contraire le mysticisme admet que la raison soit la réalité ultra-phénoménale, et la source profonde de l'être ; si le mysticisme nie les destructions extérieures et proclame l'union essentielle ; s'il persuade les hommes que l'Universel est plus proche d'eux que leur propre corps; — alors vraiment Leibniz est un mystique. Mysticisme qui ne s'accommode plus de la recherche purement sentimentale, des états de fusion progressive avec Dieu, et qui n'admet pas d'autre mode de connaissance que la connaissance totale. Mais cette doctrine est en même temps un rationalisme, puis-

1. Gerhardt, P/u7. Sc/u'.,éd. cit.,t. IV, p. 458. « Disc, de Met.», par. XXXII.

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