Inédits, Théologie, vol. XX, f
502t LA GLOIRE DE DIEU
peut « se servir des causes naturelles pour nous donner des grâces et des bonnes pensées... Comme je crois qu'il est fau.x de dire que toutes les grâces sont naturelles, je crois qu'il n'est pas moins faux de soutenir qu'elles sont toutes miraculeuses' ». Profondément Leibniz rattache cette théorie des visions à celle même du prophétisme. « Les visions, » ditil, « se rapportent d'ordinaire au naturel des personnes Et
même cela a lieu à l'égard des véritables prophètes, car Dieu s'est accommodé à leur génie, parce qu'il ne fait pas des miracles superflus. Je m'imagine quelquefois qu'Ezéchiel avait appris l'architecture... parce qu'il a des visions magnifiques et voit de beaux bâtiments. Mais un prophète des champs comme... Amos ne voit que des paysages,... tandis que Daniel qui était un homme d'Etat règle les quatre monarchies du monde -. »
Admirable conciliation du « miracle » et de la « nature ». Le miracle exalte la nature, mais ne la peut contredire. Grâce qui s'abaisse sur notre monde intérieur, comment s'y aimanterait-elle, si notre « nature » n'appelait déjà vers elle ? Semblable plutôt à ces âmes que décrivit Plotin, et qui choisissaient, pour s'}^ incorporer, les matérialités de qui obscurément elles étaient désirées^, la grâce décrite par Leibniz galvanise d'autant plus profondément la nature qu'elle en surgit pour ainsi dire. «... Tout ce qui se fait », déclare Leibniz, « est toujours naturel à celui qui le fait ou à celui qui l'aide à faire. Ainsi ce qu'un homme fait avec l'aide de Dieu, s'il n'est pas entièrement naturel à l'homme, sera du moins naturel à Dieu en tant qu'il y aide, et ne saurait surpasser la nature