‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 42 sur 305 · Guhrauer. Biogr. cit., t. II, pp. 88 et suiv · texte numérisé non relu

Guhrauer. Biogr. cit., t. II, pp. 88 et suiv

2. Le P. Grimaldi s'apprêtait à quitter Rome pour succéder en Cliine, comme Président du tribunal mathématique, au P. Verbiest. Cf. Guhrauer, biogr. cit., t. II, pp, 9o sqq. Cf. sur le P. Grimaldi et ses rapports avec Leibniz: Rommel, éd. cit., t. II, pp. 208 et 213. Pr. mat. ftzyczne, loc. cit.. t. Xll, p. 242: « Grimaldum vesirum egregium virum Rom;e vidi non raro et multum cum ipso sum collocutus de rébus sinicis » (Lettre au P. Kochanski, 1691); Lettre inédite à Justel, 24 mai 1092 : « J'avais fort parlé à Rome avec le P. Grimaldi, destiné par le monarque de la Chine a succéder au P. Verbiest,.. Ce Père m'a dit des merveilles des bonnes inclinations de ce grand Prince ; 7nais quant au christianisme, il n'y paraît pas encore fort disposé. » Non souligné par Leibniz.

:î. Lettre à Colbert s. d. (1673) in Klopp, éd. cit.. t. III, p. 210.

naires, le R. P. Bouvet, une précieuse feuille contenant le schéma dessiné de la figure de Fohi % de ce Fohi qui « avait su renfermer, comme sous deux symboles généraux et magiques, les principes de toutes les sciences et de la vraie sagesse ^ »

Or Leibniz avait inventé autrefois, en 1679, une arithmétique binaire ou dyadique qu'il découvrait maintenant identique aux caractères de Fohi \ Peut-être, s'il n'avait jadis établi cette dyadique, serait-il incapable de pénétrer le sens de ces m3^stérieux caractères. Mais, puisque l'analogie se révèle, il la faut pousser à sa limite. Tout repose dans la dyadique sur l'union constante de l'unité et de zéro ; transposée métaphysiquement, cette loi fondamentale devient Tunion de l'infini et du néant. Le rien et l'unité, c'est la formule même du monothéisme judéo-chrétien.

Leibniz est persuadé que celte découverte frappera l'empereur de Chine et l'élite des savants chinois. 11 suppose qu'à Rome même elle donnera meilleure opinion sur la valeur des anciens Chinois. Enfin, comment les Chinois ne seraientils pas désormais plus disposés à accepter la doctrine judéochrétienne de la création ? « Car, » dit Leibniz, « cette origine des choses de Dieu et de rien reçoit un grand éclaircissement de l'analogie qu'elle a avec l'origine de tous les nombres de l'unité et du zéro, puisque tous les nombres se

1. Cf. dans la collection des Sacred Books of the East, t. XVI, Yi Kmr/, par James Legge.

2. Dutens, éd. cit.. t. IV, 1. p. 153. Lettre du R. P. Bouvet à Leibni-. datée de Péking, 4 novembre 1701. Dutens écrit à tort : « ... les sciences de la vraie sagesse. » Leibniz expliquait déjà rarithmétique binaire dans une lettre inédite au Jésuite Grimaldi, ;20 décembre 1696, folio 16.

3. De progressione dyadica, 1.5 mars 1679. Fragment inédit Math.. III, B, 2. Cf. Couturat. Opuscules et fragments inédits de Leibniz extraits des manuscrits de la Bibliothèque royale de Hanovre, Paris, 1903, in-i», p. 278, note 1, et Logique de Leibniz, ouv. cit., pp. 473-78.

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peuvent et même se doivent exprimer le plus scientifiquement par les deux notes 1 et 0, — et par conséquent par un rapport unique et continuel à ces deux premiers éléments des nombres '. »

Leibniz même, soucieux un instant d'un m^^sticisme numérique, ne découvre pas seulement dans sa dyadiquc une figure de la création ; mais il en extrait une analogie avec les sept jours de la Genèse. — Il suppose, par exemple, que Fohi a voulu voir dans le 0 « le vide qui précède la création du ciel et de la terre », tandis qu'au commencement du premier jour existait i, c'est-à-dire Dieu, — et au commencement du second 2, — le ciel et la terre ayant été créés pendant le premier. Enfin, on aura raison d'écrire le 7 sans faire appel au zéro, et par trois unités, au commencement du septième jour, puisqu'alors le tout est accompli. — Seule donc cette manière d'écrire « par 0 et par 1 » révèle « la perfection du septénaire, qui passe pour sacré ; et il est encore remarquable que son caractère a du rapport à la Trinité ' ».

On pourrait voir une fantaisie dans ces allusions à d'antiques symbolismes, si Leibniz ne déclarait que ces caractères de Fohi, maintenant déchiffrés grâce à sa dyadique, donnent « même un champ libre pour inventer une Caractéristique nouvelle qui paraîtra une suite de celle de Fohi et qui donnera le commencement de l'analyse des idées et de ce -merveilleux calcul de la raison dont j'ai le projet. Cette Caractéristique secrète et sacrée nous donnerait aussi moyen d'insinuer aux Chinois les plus importantes vérités de la philosophie et de la théologie naturelles, pour faciliter le chemin à la révélée ; et toute nouvelle et différente qu'elle sera de la leur, elle sera rece-

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