Lettre inédite au R. P. Bouvet (s. d.), page
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vable à la faveur de Fohi et deviendra enfin comme un langage particulier de la plus haute classe des savants les plus éclairés et les plus attachés à Fohi, et jusqu'à mériter des corps ou des collèges à part. Aussi cette découverte pourrait avoir de grandes suites pour tout l'Empire chinois * » .
De tels rapports sont complaisamment marqués pour exciter le zèle des missionnaires jésuites et montrer qu'un accord est possible entre la pensée chinoise et la pensée européenne. Pourtant, Leibniz nomme sa caractéristique « secrète » et « sacrée ». Ce n'est pas simple condescendance à une civilisation qu'il sait amie du mystère. Dans son système profond, tel qu'on le découvre peu à peu depuis quelques années, on saisit çà et là deux doctrines superposées, l'une qui se fait claire et compréhensive, l'autre qui s'affirme secrète et mystérieuse. Sa hantise de la pensée chinoise était peut-être augmentée de tout l'ésotérisme qu'il pressentait en elle. A la limite, la Caractéristique leibnizienne distendait la définition jusqu'à la configurer au signe. Or c'est bien le a caractère » chinois que Leibniz voudrait scruter, a Je ne sais que dire des hiéroglyphes des Egyptiens », écrit-il, « et j'ai de la peine à croire qu'ils aient quelque convenance avec ceux des Chinois. Car il me semble que les caractères égyptiens sont plus populaires et sont trop à la ressemblance des choses sensibles, comme animaux et autres, et par conséquent aux allégories ; au lieu que les caractères chinois sont peutêtre plus philosophiques et paraissent bâtis sur des considérations plus intellectuelles, telles que donnant les nombres, l'ordre et les relations ; ainsi il n'y a que des traits détachés
i. Lettre inédite au R. P. Bouvet, s. d. pages 6, 7.
qui ne butent à aucune ressemblance avec quelque espèce de corps '. »
Plus tard, le 18 août ITO.j, il se préoccupe de l'origine de ces caractères chinois. Sont-ils hiéroglyphiques ? Sont-ils profanes? De toute manière, ils « doivent avoir un rapport considérable avec la vraie philosophie' ».
Leibniz eût voulu que les Jésuites fussent capables de développer auprès de l'empereur de Chine la coïncidence merveilleuse des caractères de Fohi et de la découverte de la dyadique. Ainsi la mission se fût inaugurée par la constatation d'un accord. De cet accord il faudrait désormais apporter les preuves. De là, tout le programme que Leibniz formule sans cesse dans ses lettres. Programme scientifique, à première vue bien éloigné de toute mission religieuse. Peut-être importe-t-il de saisir, au contraire, en quoi des recherches scientifiques paraissent à Leibniz initiatrices d'une conversion religieuse.
Pour convertir à des idées nouvelles un peuple qui déjà a élaboré et sj^stémaiisé les siennes propres, il faut commencer par pénétrer dans le détail cette mentalité inconnue. Le point de départ indispensable sera l'étude exacte et minutieuse des diverses langues chinoises. On ne gagnera quelque chose, écrivait Leibniz à un Jésuite, que lorsqu'on. connaîtra bien la
1. Lettre inédite au R. 1*. Bouvet, précitée, paj^e 9. fol. 34.
2. Lettre inédite au R. P. Bouvet, (quatrième page assez serrée, postscriptum a une lettre du 18 août 1705). — Plus tard, Leibniz écrit que la langue chinoise est difficile à écrire, mais facile a parler. Gest d'ailleurs, ajoute-t-il, une langue fort imparfaite. (Lettre iné(/i7e à Toland, 1710). Dans une lettre inédite au comte de Walemberg (1707) Leibniz insinue que le déchiffrement des caractères chinois servirait extrêmement à l'analyse des pensées, donc à la Caractéristique. (Fragment in Correspondance inédite avec le R. P. Cima, fol. 3j.
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langue et les caractères des Chinois \ Dès lors, on imprimerait quelques livres chinois, non seulement avec des versions interlinéaires, « mais encore avec une analyse grammatique, qui rendît raison du caractère, quand il est composé d'autres primitifs, et qui expliquât surtout quantité de petites marques ou traits qui en doivent varier ou modifier la signification- ». Mais, pour qu'une telle enquête soit féconde, il ne faut pas analyser une seule langue. Toutes les langues des peuples voisins de la Chine seront tour à tour scrutées : Corée, Japon, Siam, .Java, Indes ; puis, langues tartares ou langues des « peuples qui sont au septentrion de la Chine, des Indes et de la Perse ». Si, comme on Ta assuré à Leibniz, la langue mongole est réellement rapprochée de celle des Kalmucks, « qui sont encore plus occidentaux », il est capital de savoir si celle des Tartares de la Chine ressemble aussi à celle des Mongols^.
Leibniz ne réclame pas ces enquêtes linguistiques pour obéir à une curiosité d'érudit. Il est déjà conscient des méthodes philologiques. « Les langues », écrit-il en un passage des Nouveaux Essais. « ... étant les plus anciens monuments des peuples, avant Fécriture et les arts, en marquent le mieux l'origine descognationset migrations" ». 11 réprouve les recherches désordonnées. Son principe de continuité trouve ici une application féconde et le conduit à une rigueur toute moderne. Qu'on ne saute pas, recommande-t-il, dune région à une autre même peu éloignée, mais qu'on chemine