Lettre inédite au P. Bouvet, précitée, pages 2 et
4. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. V, p. 264. L. III, eh. u.
patiemment de peuples voisins à peuples voisins ^ Leibniz ne pressent-il point ici les recherches concrètes entreprises par des savants qui pénètrent en l'intimité vivante ; recherches qui s'inaugurèrent il y a quelques années à peine ?
D'ordinaire, en effet, les linguistes se contentent d'analyser des livres. Mais, Leibniz déclare qu'un jour viendra où les critiques auront épuisé les livres anciens des Grecs et des Romains, des Hébreux et des Arabes; ils se tourneront alors vers les livres chinois. Ceux-ci s'épuiseront à leur tour. A ce moment, « les langues tiendront lieu de livres, et ce sont les plus anciens monuments du genre humain - ;).
On ne saurait formuler d'une façon plus rigoureuse la méthode actuelle de la linguistique historique. Bien plus, Leibniz devine que quelque chose de la préhistoire peut nous être révélé; nous sommes capables d'analyser philologiquement les individualités géographiques, par exemple les fleuves. « Les noms des rivières », écrit-il, « étant ordinairement venus de la plus grande antiquité connue, marquent le mieux le vieux langage et les anciens habitants; c'est pourquoi ils mériteraient une recherche particulière ^. » N'estce pas le programme même d'une science qui s'est constituée seulement au xx^ siècle : la toponymie?
Puisque se doit élever à de telles hauteurs l'enquête philologique des missionnaires, le reproche d'indifférence religieuse est mal fondé. Si Ton réclamait de vaines curiosités érudites, la fin religieuse serait subordonnée à des intérêts tout
1. Cf. Prnce laalem. flzyczne, loc. cit., t. XII, p. 251 : « Non bene apparent connoxiones linguarum cum per saltum itiir t>l pinguntur dissitaj regiones, scd cum de vicino ad vicinuni proccditur, omnia magis liquere oportet. » (Lettre au P. Kochanski. mars 1692).
2. Gerhardt, Pkil. Sclir., éd. cit.. t. V, p. 317. N. Essais, L. III, ch. ix.