‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 59 sur 305 · Id., t. I", p · texte numérisé non relu

Id., t. I", p

o. Solovief, t. XV, p. 70. cité par Ranibaud, Instructions, ouv. cit., Russie, t. I", p. 110.

fait, il ne pressentait pas la puissance naissante de Pierre le Grand. Personne, sans doute, dans les cours étrangères, ne comprit que quelque chose se préparait en Russie. Lorsque Louis XI\' espérait que le Czar abandonnerait la guerre de Suède, il assimilait mécaniquement une guerre essentielle à des campagnes de fantaisie. Or la guerre de Suède avait été décidée, pourrait-on dire, dès l'origine. En tout cas, en 1699, Pierre avait engagé secrètement le roi de Pologne Auguste II à l'aider dans la guerre de Suède à la fin de la lutte contre la Turquie ^ Même, le rêve de domination Scandinave ne se construisait-il pas déjà, lors de la mystique interrogation de la mer Blanche à Arkhangel " ? A Torigine Pierre eut sans doute cette double intuition : Une immensité, fermée de toutes parts, inconnue même à ses limites, et, par suite, écrasante. Par delà, une civilisation mystérieuse, capable de le délivrer de cette vision oppressive.

Toute l'œuvre de Pierre le Grand fut la vaste exécution de cette première audace en face des choses : audace d'où ne surgissait point une ambition personnelle que le génie pouvait modifier à son gré. Pierre se dévouait totalement à un rêve qui le dépassait lui-même ; toute sa race se concentrait en lui et lui imposant les conditions de sa grandeur.

Qui donc, dans l'Europe indifférente, pouvait saisir ce rêve avant même qu'il se formulât ? Leibniz sympathisa dès l'abord avec cet héroïque espoir. En lui se réveillaient peut-être de très vieux pressentiments. Il avait cru, dès les premiers jours de sa vie intellectuelle, en la mission nécessaire des

1. Histoire rjénérale du /F» siècle à nos jours, ouv. cil., t. VI. p. 779, et Waliszewski : Pierre le Grand, ouv. cit., pp. 321-324.

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