‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 61 sur 305 · Cf. supra ch. i", p · texte numérisé non relu

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2. Se rappeler le rôle de la Suède dans le projet de conquête de l'Egypte. V. plus haut, p. 29.

3. C'était du moins lidée primordiale de Leibniz, qui prédit de très bonne heure les complications entre la Suède et la Russie, comme on le verra plus loin.

4. F. de Careil, éd. cit.. t. VII, p. 451. Cf. Lettre inédile a Pinsson. 24 août 1697 : « A propos du czar, je vous dirai que nous l'avons vu dans le voisinage. Quoique ce prince n'ait pas nos manières, il ne laisse pas d'avoir beaucoup d'esprit. »

PIERRi: I.R GRAND 111

En Euroi)e, on clut trouver ra\enlurc curieuse. En Russie, on s'indigna du sacrilège. Qu'allait donc faire ce Tsar impie, vers l'Occident « musulman» et infidèle?

Plus tard la gloire du Tsar réconciliera l'imagination populaire avec ces promesses de révolution. Les chansons en extrairont l'essence toute neuve.

« Notre Seigneur le Tsar i)lanc ordonne ainsi : — » dirontelles ; « écoutez, écoutez, officiers et soldats. — Ne m'appelez plus ni votre Tsar, ni votre seigneur ; — traitez-moi comme un marchand d'outre-mer'... »

Pierre le Grand, dès l'abord, ne contraria pas les tendances profondes de sa nation. Comme tous les grands créateurs, il interprétait les plus antiques instincts. Son premier acte, la prise d'Azof (1696), achevait un effort longtemps obstiné contre la Turquie. Cet effort primordial, autrefois purement chrétien, puis revivifié par Leibniz et accru d'intérêts profanes, ne s'était pas en effet seulement maintenu dans les pays occidentaux. En octobre 1672, quelques mois après que Leibniz avait échoué auprès de Louis XIV, le tsar Alexis faisait partir pour Paris André Vinius, afin que le roi de France tournât « contre l'ennemi commun de tous les Chrétiens ses belliqueuses légions' »; Féodor Alexievitch envoyait en 1682 une nouvelle ambassade à Louis XIV ' ; Sophie renouvelait la ten-

1. Rambaud, La Russie épique : Éludes sur les chansons héroïques de la Russie. Paris, 1876, in-S", p, 305.

2. Instructions données aux ambassadeurs, collection citée, Russie, t. l'"'. Introduction, p. XXVII.

3. Id. Ibid. — cl Rambaud, Histoire de la Russie. Paris, 3» édit., 1884, p. 339.

tative en 1687, et dirigeait contre les Turcs une expédition qui échoua. Au congrès de Karlovitz, Pierre le Grand sera assailli par la revendication de tous les opprimés (1699). Plus tard, en 1711, le monde oriental tout entier appellera vers lui.

Cette tradition presque continue n'offre que des ressemblances extérieures avec Tancien projet écrit pour Louis XIV. Pourtant, on l'a vu, à travers les œuvres de Leibniz persiste l'espoir de libération de l'Empire turc\ En 1708, Leibniz écrira que les Turcs craignent le Tsar parce qu'il est de la religion grecque, laquelle « emplit une bonne partie... de l'Empire ottoman - » . ]\Iais il ne cherche pas à faire renaître d'une autre sorte une tentative' manquée : la destruction de l'Empire ottoman avait été par lui jugée inséparable d'une conquête de l'Egypte.

Pierre s'était d'ailleurs surtout donné par la prise d'Azof le droit de voyager en Occident. Leibniz avait hâte que l'œuvre pacifique commençât; mais il pressentait la guerre de Suède, la redoutait comme un malheur presque fatal, entrave peutêtre définitive à l'organisation sûre et lucide du pays russe. Bien d'autres sentiments, sans doute, s'agitaient en lui. Charles XII, tout jeune encore, demeurait mystérieux. X'étaitil pas grand, lui aussi? Et l'union des pays du Nord allait-elle être à jamais brisée?

D'un autre côté, le Protestantisme, ferme comme foi individuelle, ne risquait-il pas, sous l'effort grandissant de la monarchie française, de qui laro^'auté anglaise avait été lâchement complice, de perdre toute valeur nationale ? Le roi de Suède restait le seul vaillant du Protestantisme. La guerre,

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