‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 69 sur 305 · Guerrier, éd. cit., p. 30. Lettre à Sparfenfeld · texte numérisé non relu

Guerrier, éd. cit., p. 30. Lettre à Sparfenfeld

2. F. de Careil, éd. cit., t. VII, p. 428 (Lettre sans indication du destinataire).

pratique réfléchie et théorique en puissance. Pierre le Grand s'offrait, sans le savoir, comme le souverain tant cherché par Leibniz. Ce besoin de pratiquer personnellement, et jusque dans l'élémentaire, toutes les forces possibles d'un Empire, n'était-ce pas l'Encyclopédie de Leibniz transposée du rêve dans Faction? Là et ici, c'est le même souci d'interroger ceux qui exécutent et non pas seulement ceux qui conçoivent.

Or tout pays se présente à nous à la fois comme la synthèse d'un passé et la préformation d'un avenir. Historiens, nous nous penchons sur les choses, pour reconstituer, grâce à elles, tout le passé qui les créa ; philosophes et politiciens,, nous croyons toute matière malléable et susceptible des plus fantastiques transformations. Leibniz semble avoir tour à tour de l'une et de l'autre manière considéré la Russie. Tantôt il a reconnu en elle une des terres privilégiées où gisent ensevelis les secrets des civilisations les plus antiques ; tantôt il la regardée comme la nation de l'avenir. Dans les deux cas, il a voulu se représenter et étreindre la Russie ellemême, et non en façonner pour son raisonnement ou pour son désir quelque transposition abstraite. Si ses réflexions sont malgré tout schématiques ou superficielles, c'est qu'il n'a pas eu le temps de voir lui-même et de s'imprégner des ambiances. Rien d'étonnant alors à ce qu'il ait fait rentrer la Russie dans le cadre général de ses recherches linguistiques : c'était l'exigence de l'historien. Mais, en même temps, il sut demeurer uniquement soucieux de l'avenir russe : et par là il se conforma fidèlement aux commandements du constructeur politique.

Rien ne se séparait d'ailleurs en lui ; et ici, comme tout à l'heure pour les Jésuites, les recherches linguistiques sont

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essentiellement liées aux rôvos d'action. Sans doute, il s'informe des divers dialectes russes, avant tout parce qu'il pressent que les origines de rhumanité sont cachées en un des points de cet immense empire. Plus précisément, une grande partie des peuples de l'Asie et de l'Europe n'est-elle pas sortie des plaines russes? Leibniz semble comprendre que les origines de l'humanité resteront toujours hypothétiques ; mais il admet qu'une double migration s'effectua du Nord au Sud et do l'Est à l'Ouest'. « Telle est donc la route qu'il faut suivre », disait-il, « pour rechercher les antiquités russes les plus reculées ^. » Aujourd'hui, où les théories proprement aryennes nous paraissent trop élémentaires, beaucoup de philologues prétendent retrouver en Lithuanie la langue indo-européenne la plus pure. Et ainsi, conformément à l'intuition de Leibniz, l'étude linguistique de la Russie s'est affirmée de moins en moins indifférente.

Ces langues, dont Leibniz réclame des inventaires, lui serviront à dresser une carte l'éelle du pays. Défiant de la cartographie toute schématique qui semblait alors suffisante, il entrevoit la géographie moderne, qui joint à la reproduction « physique » du terrain la reconstruction de toutes les qualités d'un sol. Les langues sont, en définitive, une de ces qualités. « Les cartes font connaître les bornes des Etats, mais non pas celles des nations, que l'harmonie des langues fait mieux paraître ^ » Si l'on arrive à établir des rapprochements solides entre telle et telle langue,

1. F. de Careil, éd. cit.. t. VII, p. 528. Cf. Prace matem-fizyczne. Loc. cit.. t. XII, p. 243 : « Vix dubium est plerosque populos, qui nunc Europam colunt, ex Septentrione progressos. »

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