Cf. plus haut pp
4. F. de Careil, éd. cit., t. Vil, p. 575 : « Tugend=, Sprach= und Kiinstchulen. » « Projet d"un Mémoire de Leibniz au Czar. en vue du progrès des .\rts et des Sciences... dans l'Empire russe », le plus important des mémoires de Leibniz. Titre ajouté par F. de Careil. — Aucun titre de Leibniz et sans date. — Manuscrit allemand original, assez régulièrement semimarginal, dune belle écriture avec beaucoup de ratures (Cf. Inédits, Russland, fol. 136-143.)
pratiquer les vies humaines les plus diverses; enlin il s'adresse à la nature et veut lui ravir ses lois. Enseigner la Vertu, les Langues et TArt, n'est-ce point, dès lors, faire vivre en autrui l'homme, la terre, la nature? Triple domination des choses par l'esprit. Avoir à soi la nature corporelle, les humanités complexes et la nature universelle, serait posséder la Vertu, les Langues et l'Art.
Peut-être n'y a-t-il pas trop de mysticisme dans cette interprétation. Leibniz ne décrit d'ailleurs pas le programme des écoles de Vertu', Il dit simplement « qu'on habituera de bonne heure les enfants à la crainte de Dieu, à la bonté, à l'obéissance, à la compassion - ». Aimer Dieu, agir pour autrui, respecter et obéir, avoir pitié. Xulle mention n'est faite de la religion proprement dite. Et pourtant, cet enseignement serait donné en l'abri des cloîtres et des couvents. Leibniz sait qu'il reprend ici une tradition du Moyen Age, qui voulait que les écolàtres des cathédrales fussent chargés de la surveillance dans les monastères importants. Les cloîtres, d'ailleurs, ont été créés en vue de l'instruction''. Leibniz n'ajoute rien. Mais ce projet à peine esquissé doit être rattaché à tout son rêve de réorganisation ecclésiastique. S'il compte tant sur les cloîtres, c'est qu'il se les représente transfigurés.
On ne formera pas ces jeunes gens selon un idéal unique. L'enseignement des langues, par exemple, variera avec chaque classe d'esprits. Pour les uns, ce sera l'étude exclu-
1. F. de Careil, éd. cit., t. VII; p. i69 : Projet d'un Mémoire pour le Czar Pierre, décembre 1708 : « Ich will anietzo von Anfuhrung der Jugend zu einem tugendhaPften Leben nicht ferner reden, weil solches eine eigne Handliing erfordet. »
2. Id., t. VII, p. 57a : « ... dasz die Kinder zur Gottesfurciit, Giite, Gehorsam. Krbariteit bei Zeiten gewôhnet wiirden. »