Corinth. I. XY-28. Parole souvent citée par Leibniz
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mentaux qu'il sent en lui. Voilà l'effort « héroïque » du Tsar. « Héros n\ au sens vrai du m6t, homme pleinement homme, Pierre le Grand, pour changer le monde, n'aura plus qu'à obéir à une méthode.
Dès 1097, dans un mémoire à l'ambassadeur Le Fort, Leibniz donne la première idée de cette méthode : fonder un établissement des « Sciences et des Arts » ; attirer les étrangers, et pour cela réformer les lois barbares qui empêchent d'entrer et de sortir librement; transformer même certaines régions de l'Empire en colonies d'étrangers; introduire les divers produits des autres pays : livres, curiosités, raretés; faire voyager les jeunes seigneurs et les artisans à l'intérieur de l'Empire; envoyer les commerçants au dehors; organiser une étude intrinsèque du pays : étude détaillée et précise, qui comprendrait une cartographie scrupuleuse de noter les moindres rivières, et de marquer toujours les « hauteurs, longitudes et variations de l'aimant » ; étude concrète et complète, qui aborderait les coutumes des hommes, c'est-à-dire leur religion, leur police, leur mode de travail, et analyserait les douanes, non seulement pour relever ce que le pays porte en lui, mais aussi ce qu'il pourrait porter-. En effet, un pays n'est véritablement exploité que s'il est capable de produits artificiels. Pareil résultat ne dérivera jamais que de l'étude
1. H faut remarquer en effet que Leibniz a qualifié fréquemment d'héroïque l'œuvre du Tsar. Or, sans doute, ainsi que le xvii« siècle tout entier, Leibniz emjjloie souvent le mot « héros » selon une signification banale et emphatique. Ici, il n'en est pas de même, et l'on peut établir que Leibniz connaissait le sens profnid du mot « héros ». grâce à la précieuse rature dun manuscrit. En eff -i, dans un fragment inédit, compris in Philosophie, vol. VIII, II, fol. 53, Leibniz écrit les « Grands hommes » ; puis, il rature, et il met à la place les « héros ». — Cf. encore Gerhardt, Phit. Sclir., éd. cit., t. I•^ p. 74. Lettre à Arnauld (1671): « Eum... principem vere heroem esse, qui materiam gloria; quaerat in felicitate generis humani. »
2. F. de Careil, éd. cit., t. VIL Mémoire pour Le Fort, déj. cité, pp. 433-
môme de la nature. A'oici des fleuves séparés les uns des autres : réunissons la Volga et le Don par un canal; songeons à la Suchana, à la Dwina, au Dniepr, « afin que la navigation intérieure sur les fleuves... rende graduellement les hommes aptes à la navigation sur mer^ ».
Une telle exploitation du sol n'est possible que si le pays est organisé. On ne peut espérer que tout d'un coup, dans un pays barbare, un groupe d'hommes se montrera propre à une œuvre aussi complexe. « On fera difficilement quelque chose avec ceux qui sont déjà grands et habitués à la vie vaine aussi bien qu'à l'intempérance ; ainsi la meilleure espérance devra être fondée sur l'élévation et l'éducation des jeunes gens- . » C'était d'ailleurs une idée chère à Leibniz, que toute réforme est irréalisable tant qu'on ne la traduit point en une réforme d'éducation ^
Il s'agit donc de créer des Ecoles : « Ecoles de Vertu, de Langues et d'Art*. » Mots vagues en apparence ou médiocrement significatifs : peut-être révélateurs au contraire d'une idée profonde de Leibniz,
L'homme parfait imite Dieu dans tout son être ; il s'efforce d'agir le plus loin possible, et, par suite, de connaître et de
1. F. de Careil, éd. cit., t. VII. p. 414. « Mémoire pour S. M. le Czar sur rétablissement d'une Société des Sciences en Russie. »
2. Id.. t. YIl, p. 412. Mémoire précédemment cité : « ... Mit denen die schohn erwaclisen und des eiteln Lebens sowohl als der Unmàszigkeit gewôhnt. schwer etwas zu lliun ; also die vornehmste Hoffnung auff die Anwachsung und Erziehung junger Leute zu setzen. »