‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 78 sur 305 · Id., t. VII, p. 158, même fragm · texte numérisé non relu

Id., t. VII, p. 158, même fragm

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et » faire « reculer nos frontières?... La revue exacte de ce que nous avons acquis faciliterait merveilleusement des nouveaux acquêts... Si le principal dont tout le reste dépend se voyait amassé avec ordre, les hommes s'étonneraient de leurs richesses autant que de leur propre négligence^ ».

Ainsi se précisent, au contact de la notion de progrès, les idées de Leibniz sur les « Sciences et les Arts. » Et en même temps apparaît l'importance de certains projets qu'il veut soumettre à Pierre le Grand, projets de « dictionnaire » et « d'index des choses ». 11 voit combien nous nous contentons d'une rémarque superficielle et vague, lorsque nous disons que l'humanité possède « des sciences et des arts, n Sciences et arts : discernons-nous avec précision quel est leur état.^ Et la médiocrité ou la rareté de nos découvertes efficaces ne résultet-elle point de ce que nous ne connaissons pas distinctement ce qui est déjà trouvé.^ La critique, contrairement à ce que croient la plupart des esprits, est dès lors source des créations. Il est vrai qu'elle-même se doit astreindre à une création véritable. Et c'est en ce sens que Leibniz peut réclamer une immense œuvre critique, une sorte d'inventaire humain, un « Dictionnaire » que rien d'antérieur n'annonce.

Tous les dictionnaires, outre qu'ils adoptent la suite alphabétique toujours arbitraire, ne sont pas des œuvres techniques. Ce sont des indices de noms, et non pas des indices de choses ^ Ils nous devraient proposer des descriptions complètes que fixent et que condensent des figures, et qui se termineraient par l'indication précise des sources où les détails complémen-

1. Gerhardl, Phil. Sclir., éd. cit., t. VII, pp. 158-59, fragm. précité.

2. Id., t. II, p. 5S8 : « Car ces termes nous apprennent bien des réalités au lieu que les dictionnaires ordinaires ne servent qu'à parler. » Cf. F. de Careil, éd. cit., t. VII, p. 583. « Ich solte indices reaies viel niitzlicher als dictionnaria halten. »

PIERRE LE (lUANU Ul

laires pourraient être trouvés'. On s'efforcerait de garder toujours une méthode historique. Et réfléchissons à la gravité de ce mot. On devra, avant tout, marquer ce qu'une idée apporte de réellement nouveau au monde. Bien des gloires s'évanouiraient ainsi, et bien des ignorés apparaîtraient comme des génies.

Une préoccupation latente, et que Leibniz n'énonce point nettement, est incluse en de tels projets et en une telle méthode, et seule leur donne tout leur sens : Comment discerner ce qu'est une invention en elle-même ? Aucun raisonnement ne peut l'emporter ici sur l'analyse. Il faudrait donc, en face de telle invention, se demander comment les liommes y sont parvenus, si ce fut par une simple intuition ou également par suite d'une méthode; et si cette méthode est jusqu'à un certain point de nouveau saisissable. Recherche que beaucoup jugent chimérique ou superflue. Xotre instinct utilitaire nous commande en effet de nous servir des découvertes sans toujours spéculer sur leurs origines. Mais c'est que nous nous représentons faussement les inventions et les classons arbitrairement. Ou bien nous les appelons théoriques, et les croyons alors susceptibles de tous les développements désirables ; ou bien elles nous paraissent pratiques, et alors il nous suffit qu'elles soient utiles. Xous devrions pourtant être persuadés que tout ce qui existe est rationnellement convertible, que toutes les choses qui servent à notre vie furent chez leurs inventeurs le résultat d'une pensée. Il faut retrouver cette pensée ".

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