‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 9 sur 305 · Klopp. éd. cit., t. II, p. 38o · texte numérisé non relu

Klopp. éd. cit., t. II, p. 38o

2. Id., t. II, p. 387. « Gens... facta velut a nalura ad mechanicam illam crassiorem, qua beila animantur. »

3. Id., ibid. « Lentor quidam profundus et suspiciosus, pertinacia cœporum, insolentia in obstantes. »

titution polonaise', où il montre la Pologne comme la frontière véritable du monde barbare : « Que soit opprimée la liberté polonaise », dit-il, « c'est là un danger pour le monde chrétien-. » Extrême forteresse de l'Europe, la Pologne aidera la France à combattre contre les Turcs ^

Leibniz peut donc parler d'une expédition conforme à l'intérêt général de l'Europe. Cette fois encore, d'ailleurs, il a regardé l'Europe; il a vu chaque pays en sa valeur concrète ; et il a discerné qu'une nation ne réaliserait pas un grand projet hors de l'Europe, sans que la vie de toutes les autres, en Europe même, se transfigurât. Mais inversement, pour que la guerre se traduise ainsi nécessairement en fonction de l'Europe entière, il faut que l'Egypte ne soit pas choisie par hasard. Or, par sa conquête, se préciseront et se centraliseront les échanges qui animèrent le Moyen Age. Leibniz est pleinement conscient en effet du rôle des cités médiévales qui, comme Venise par exemple, envoyaient

1. Dutens, G-G. Leibnitii Opéra omnia... 6 vol. in-4°. Genève. 1768. Cf. ici, t. IV, III, pp. o22-630 : Spécimen démons trationum politicarum pro elifjendo rege Polonorum, novo scribendi génère ad claram certitudinem exactum, auctore Georgio Vlicovio Lithuano, juxta exemplar editum Vilnie anno 1659. — (Nom et date fictifs). Danzig, 1669.

2. Dutens, éd. cit., t. IV, m, p. 530 : « ... Libertatem Polonam opprimi, Orbi Ghristiano periculosum. » — Je n"ai pas cité cette phrase pour faire de Leibniz un prophète. Mais il faut remarquer que sa conception est malgré tout ici divinatrice. La destruction de la Pologne a permis tous les excès du pangermanisme et de l'autocratie russe. Les troubles polonais, lors de la guerre russo-japonaise, inaugurèrent peut-être un avenir absolument nouveau. D'ailleurs, la vraie physionomie des révoltes polonaises en 1904 et en 1905 a été probablement méconnue par la presse européenne. Les journaux conservateurs n'ont donné que de vagues indications, compatibles avec les exigences de la censure, et les feuilles socialistes n'ont voulu décrire qu'un mouvement prolétarien-socialiste, alors que les éléments « nationaux » et non purement prolétariens semblent avoir été fort importants. Sur l'actuelle gravité du conflit germanopolonais, cf. le Figaro, 3 septembre 1906.

3. Klopp, éd. cit., t. n, p. 360-363. — Cette notion de la Pologne, frontière de l'Europe civilisée, est antérieure aux rapports de Leibniz et du monde russe proprement dit, lesquels, comme on le verra plus loin, s'inaugurèrent avant qu'aucun « Occidental » pensât à remarquer Pierre le Grand.

jusqu'à Niirnberg" ou, comme Marseille, jusqu'à Cologne les produits de rExlrème-Orient. Mais la découverte du cap de Bonne-Espérance a dispersé les routes et soudain grandi des nations qui étaient restées étrangères au premier mouvement d'échanges. Il faut retrouver la route primordiale, pour la définitivement ouvrir.

Peut-être n'est-ce point ainsi trop systématiser la pensée de Leibniz. Lui-môme parle de cette œuvre de réunion que produira la guerre d'Egypte. Commercialement, ce seront les échanges mondiaux que l'on substituera aux mesquines entreprises européennes. 11 n'est pas de pays plus fécond que celui-ci. « C'est le lien, l'unique entrée terrestre de deux parties du monde : l'Afrique et l'Asie. C'est le point de rencontre et le marché commun pour les commerces de l'Inde, d'une part, de l'Europe, de l'autre \ »

La fin de la conquête çst ainsi nettement formulée : Il ne faut pas seulement connaître la terre théoriquement ; il faut que de l'un à l'autre des continents s'ouvrent des routes infaillibles. Sans doute, l'isthme de Suez n'est pas unique sur la planète. Leibniz soupçonne l'isthme de Panama. Mais il craint des rivalités anglo-hollandaises en Amérique -. D'ailleurs et malheureusement, il ignore trop la carte du globe pour comprendre que la route de Panama serait quelque jour la route décisive et rigoureusement la suprême route mondiale à ouvrir.

De plus, il se refuse à considérer la seule situation géographique d'un pays*. Le développement économique

1. KIopp, éd. cit., t. II, p. 225 : « Est punctum concursus emporiumque commune commerciorum hinc Indue, illinc Europée ».

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