‹ Leibniz HistorienChapitre 236 sur 854 · ND · texte numérisé non relu

ND

affares du Schleswig et du Danemark (1), du Brandebourg (2), actes d’élections d’Empereurs (3), querelles entre eux et le Saint-Siège (4). L'ouvrage se terminait par une série de pièces concernant les rapports des Papes avec les rois de France, notamment Boniface VIII et Philppe-le-Bel (5) et l’'absolution de Henri IV (6).

Cette énumération suffit à montrer combien la Mantissa se distingue du Codex diplomaticus proprement dit. A part quelques rares pièces (7), tous les documents concernent l’Empire d'Allemagne ou la Papauté: en dehors de l'Italie et de la France, si étroitement unies à ces deux institutions, il n’y a plus rien qui touchât le reste de l’Europe. Ce n’est pas là, semble-t-il, un hasard. Nous y voyons l’effet de la résolution prise par Leibniz d’écrire l’histoire de l'Empire et nous y trouvons surtout la trace de préoccupations religieuses et même confessionnelles que nous avons déjà

1. Investiture du Schleswig (1326) et traité de Spire entre Charles-Quint et Christine (1544), n°s 46 et 43, p. 247 ss. et 2335.

2. Donation de trois margraves de Brandebourg, archichanceliers de l'Empire (1360), n° 48, p. 250.

3. Acta Electoralia Antiqua Henrici VII, n° 49 (pièces a-f, 1290 et 1309), p. 251-60 et Acta Electionis Wenceslai Regis Rom., n° 50 (pièces a-k, 1376), p.260-71. .

. &. Appellation de Jean de Bavière à la censure de Jean XVI (1328), n° 47, p. 249-50.

5. Fasciculus actorum pertinentium ad Controversiam inter BonifaciumVII1. Papam et Philippum Regem Galliæ (1296-1310), n° 52 (22 pièces marquées a-1, k-u et x), p. 288-334. Notons, entre autres, ces pièces dont Leibniz parle dans sa préface, $ xx1, p. 320 :

c. Exemplar literarum indictionis Jubilei, 1300 à Bonifacio VIIT finstituti… missarum ad Ecclesiam Amalfitanam, 8 kal. mart. 1300 (p. 293-1) ; d. Tenor indictionis primæ Jubilæi Romæ 8. Kal. Martii 1300 (p. 293-4). Subjiciuntur deinde hæc verba :

Annus Centenus Romæ semper jubilemus,

Crimina laxantur, cui pœnitet, ista donantur,

Hæc declaravit Bonifacius et roboravit. (P. 294). Souligné par Leibniz.

6. Acta absolutionis Henrici IV. « Prælatis Galliæ facta cura ejus professione fidei, in qua Concilii Tridentini nulla mentio est. N° 54, comprenant 5 pièces : a. Promesse de Henri IV de se convertir (Saint-Cloud, 4 août 1589); b. Acte de reconnaissance de Henri IV comme roi (zbid.) ; c. Procès-verbal de son absolution à Saint-Denis, le 22 juillet 1593; d. Promesse de Henri IV d’observer les commandements de l’église catholique (25 juillet 1593); e. Profession de foi à son abjuration (zb:d.). P. 3874-80.

7. Notamment le traité conclu en 1527 entre François Ier et Henri VIII,

202 LIIBNIZ HISTORIEN

entrevues à l’occasion de la fondation de la Société des Sciences de Berlin (1). Depuis 1692, Leibniz était rentré en correspondance avec Bossuet au sujet de la réunion des protestants et des catholiques (2), et il s’efforçait de lui prouver par des raison historiques la validité et la nécessité de la réforme de Luther, de lui montrer que la Papauté pouvait accorder aux protestants la communion sous les deux espèces puisqu'elle l’avait donnée aux utraquistes ou Calixtins bohémiens (3), que c’était Rome qui avait devancé les luthériens dans la voie des sécularisations (4), enfin que le concile de Trente ne pouvait être valable pour les Allemands, puisqu'il n’était pas même reconnu en France et que Henri IV n’en avait pas fait. mention à son abjuration (5); mais Bossuet tournait la difficulté ou ne répondait pas à ces arguments de fait (6). C’est évidemment

1. V. pl. haut, p. 174, n. 4-5et pl. bas, chap. vi, début. — Aux mêmes préoccupations théologiques se rapporte la publication des Novissima Sinica, 1697 (préface dans Durens, t. IV, p. 78-86, compte-rendu d’après les 44. EE. Id., p87-88), dont il écrit à Morell (corr., fol. 26-27). « Vous voyez par ma préface des Novissima Sinica que mon desir est d’enflammer nos gens à travailler à la propagation de la veritable pieté, chez les peuples eloignés ». Cf. Bo- DEMANN, p. 190, n° 661. Il aurait désiré voir les protestants allemands envoyer en Chine « des gens capables de tenir tête aux Jesuites par leur science et leur vie reglée. Mais ne voulant pas declarer mon but, j’ay parlé favorablement du dessein des Jesuites » dans la préface des Novissima Sinica disait-il à Chauvin (corr., fol. 13-14), le 27 avril 14697: Cf. lettre à Cuneau du 9 octobre. Berlinische Bibliothek, t. 1, 174, p. 438-9.

2. Baruz1, p. 305 ss. — Dans la lettre du 7/17 novembre 14698 à Antoine- Ulrich, Leibniz dit qu’il voudrait «faire un tour en France », pour « y choisir un homme de loy propre à estre joinct à un evesque tel que M. de Meaux » pour pousser la réunion. Kzopp, t. VII, p. LXxIX-LXxx.

3. Lettre à Bossuet du 18 avril 1692. KLopp, t. VIII, p. 198 (FOUCHER DE Careiz, t. I, p. 342-3 ; Durens, t. I, p. 528-9 et texte des Compactata de 1436, p. 532-5).CF. Baruzr, p. 306-7; lettre du 12 juillet 1694. KLopp, 291-2(FOUCHER, t. IT, p. 68-69; Durens, p. 593-4). — Le J. des SS. de 1692, p. 458, dans le compte rendu de la Tolérance des religions (correspondance de Leibniz et de Pellisson), semble dire à tort qu’il tenait ces pièces de l’abbé Boisot.

4. V. pl haut, p. 193, n. 2 ; cf. lettre à Muratori, 30 janvier 1714. Camponr, p. 207. *

5. Réponse au mémoire de Pirot, touchant l’autorité du concile de Trente s. d.(15 juin 1693). Foucuer pe Cargiz, t. 1, p. 480-1 (Durens, p. I, p. 567) cité pl. haut, p. 304-5. Cf. Baruzr, p. 331.

6. Lettre du 27 décembre 1692. KLopp, t. VIIL,p.237-8(Fouaxe, t. I, p. 421). Cf. BaRuzr, p. 8307-8. « Ainsi l’on n’a pas besoin d'entrer dans la discussion de tous les faits, très curieusement et très doctement, mais irès inutilement recherchée dans la réponse à M. Pirot. Tout cela est bon pour Phistoire par-

pour les faire triompher définitivement que Leibniz publia les Compactata, la sécularisation du temporel de l’évêché d'Utrecht et l’abjuration de Henri IV: il semble aussi que les démêlés entre Boniface VIII et Philippe-le-Bel, les concordats passés entre les rois de France et le Saint Siège, tout comme la publication du journal de Burchard, devaient, à ses yeux, servir, en déconsidérant la Papauté, à montrer combien les protestants avaient eu raison de s’en séparer ou combien au xvre siècle il était nécessaire de la réformer. Il est, d’ailleurs, certain que le projet de publication des actes du concile de Constance à Helmstædt par Van der Hardt, sous la direction de Rodolphe-Auguste, ne fut pas étrangère à toutes ces préoccupations religieuses (1). La Mantissa revêt ainsi un caractère allemand et protestant; c’est un recueil à la fois moins général et moins historique que le Codex diplomaticus.

Ces caractères se retrouvent dans la préface. Après avoir rendu justice à tous ceux qui lui avaient fourni des documents pour l'ouvrage entier (2), Leibniz répond aux objections et aux critiques soulevées par son premier tome (3), explique le nom et le plan du nouveau (4), énumère les pièces principales qui y entrent et insiste principalement sur celles qui concernent l’histoire ecclésiastique (5) et l’histoire de l’Empire (6). Pour la première, il émet le vœu de voir, à l’exemple de ce qui a été fait en France, en Angleterre et en Espagne, éditer les conciles d'Allemagne, notamment ceux de Constance et de Bâle, dont l’un a été le premier

ticuliére de ce qui pourroit regarder le Concile de Trente ; mais tout cela ne fait rien à l'essentiel de son autorité ». Lettre de Bossuet s. d. (après le 15 juin 1693). Foucren, t. I, p. 496 (Durens, p. I, p. 574). Cf. BARUzI, DA832

1. Leibniz en parla dans la Préface, $ xvirr, p. 318-9. Leibniz avait fourni à Van der Hardt plusieurs manuscrits. entre autres une vie de l'Empereur Sigismond et 8 volumes de la bibliothèque de } Empereur. Lettre à Th. Burnet. Durens, t. VI, p. 243. Le 19 juillet 1700,. Eckhart (corr., fol. 99-100) lui écrivait qu'il allait s’en occuper.

Page 1