V. plus haut, note
Enfin Leibniz s’occupa d’études médiévales à Francfort. Il y avait, écrivait-il à son beau-frère, Simon Loefiler, pasteur à Leipzig, un ami connaissant très bien lhistoire de l’Allemagne au moyen âge et ayant à sa disposition la plupart des manuscrits de la haute Allemagne, quilui avait déjà communiqué et devait encore lui communiquer des documents peu connus: comme cet ami désirait des notices et des catalogues des bibliothèques, des églises et des monastères de Saxe, Leibniz priait son beau-frère d’en rechercher lui-même dans les principales villes auprès de divers savants (1). Cet ami ne pouvait être Spener, déjà célèbre en Allemagne et collègue de Loœffler, car Leibniz le lui aurait nommé; on conçoit au contraire, qu’il n’ait pas osé nommer Île P. Jean Gamans, du collège d’Aschaffenbourg, « Jesuite fort versé dans les Manuscrits » (2), qu’il connut pendant son séjour à Francfort (3) et avec qui il se lia (4). Gamans avait fait des recherches sur toute l’histoire d’Allemagne, principalement sur la Franconie et une partie de la Basse-Saxe; il avait amassé une quantité considérable de documents, qu’il n’avait pes eu l’occasion de
1. « Habeo amicum magna Historiæ Germanicæ medii ævi cognitione pollentem, quo in genere paucos ei in Germania pares puto. Is pleraque in Bibliothecis superioris Germanix latentia MSta antiquitatum Germanicarum in numerato habet; nunc desiderat notitias Saltem et catalogos adipisci MStorum in Saxonia nostra latitantium, quales extant haud dubie multa in Bibliothecis publicis, Academicis, cathedralibus,.cœnobialibus. Mult: mihi haud vulgaria communicavit et communicaturus est, ideoque virum contrario oflicio obligare quaeso. Quare si in hoc genere in perquirendis tabulis per te aliosque sive Lipsiæ, sive Martisburgi, Halac, Tuisenæve operam posueris, non illum tantum, sed et me tibi dudum obstrictissimum magnopere obligabis. Ittigius, Franckensteinius, Thomasius, Noricus, Zimmermannus, Schlegelius, alüque Viri docti facile hac in parte subsidio venire possunt. » Lettre du 25 septembre 1669. Korrn., t. IV, P. 245 (Durens, t. V, p. 408).
2. Lettre au landgrave Ernest, 27 avril 1683. Chr. von Rommer, Leibniz und Landgraf von Hessen Rheinfels. Ein angedruckter Briefwechsel über religiôse und politische Gegenstände. Francfort s. M., 1847, t. I, p. 320 (Guux- RAUER, Deutsche Schriften, t. II, p. 67, note).
3. Lettre à Papebroch, s. d. (24 mai 1686). Ms. XXIII 181, n° 99.
4. «Vel sola Metropolis Moguntina (quam insigni collecto apparatu illustrare voluerat optimus et diligentissimus Vir Jo. Gamansius, ex Societate Jesu mihi olim anicus) quam multa daret, digna quae ab interitu vindicetur? »
. Mantissa, préf., $ x1x. Durews, t. IV, part. 3, p. 318.
mettre en œuvre (1). La sincérité et la lucidité d’esprit de ce Jésuite égalait celle des premiers Bollandistes (2), ses correspondants (3).
Ses rapports avec Leibniz portèrent sans doute sur la recherche des manuscrits historiques en général, car il lui parlait des exemplaires complets de Tite-Live (4); mais ils concernèrent surtout l’histoire du moyen âge allemand(5). Gamanscommuniqua probablement à son ami la vie de sainte Mathilde, femme de Henri ier d'Allemagne, d’après un manuscrit du monastère de Saint-Pantaléon de Cologne(6). Quand Leibniz quitta Francfort pour Paris, le P. Gamans
4. C'était un « tres scavant homme dans l’histoire d'Allemagne, et qui avoit amassé une infinité de Manuscrits, chroniques tirés des anciens monas-
teres et autres lieux et tels autres papiers. On l’avoit chargé d’escrire | Histoire.
de la Metropole de Mayence, et son dessein estoit d'y traiter aussi de tous les Evesques suffragans. C’est pourquoy il avoit aussi quantité de choses touchant Halberstadt, Hildesheim, l’Eichfeld et les pays voisins. » Lettre au baron de Grote, s. d. (fin de 4688). Kzopr, t. V, p. 42% À Aschaffenbourg, le P. Gamans, ami de Bolland, « avait encombré trois salles de bulles, de chartes, de catalogues d’évêques, de notices abbatiales, d’offices propres, d’obituaires, embrassant dans ses explorations la haute et la basse Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la Bohême, la Suisse. Il allait publier une Métropole de Morence illustrée avec tous ses titres et ses onzes suffragan{s. » Dom
Pirra, Etude sur les Bollandistes, Paris, 1850,.p. 35. Mais il n’était point
«secondé par son Electeur et ses confrères ». Il se plaignait souvent que ceux-ci «auraient mieux aimé qu’il mit au jour des sermons, que des traités qui servissent à l’éclaircissement de l’histoire. » Leibnitiana, $ xLIII. FELLER, p.157 (Durexs, t. VI, p. 304). Cf. « Et vero fidem tuam appello, an Tu probares
illorum ignorantiam qui … a vobis, immensos in Historia labores contemne-"
rent, et Magistri alicujus Logicis praelectionibus posthaberent? Non opinor neque id probabat Gamansius qui saepe candidè agnoscebat, quanta in ea re ponetur (?).» Lettre s. d. n. a. Corr. de Papebroch, fol. 59-69.
2.4 Gamansius.. vir nulli sui ordinis candore ethistoriæ Germaniæ peritia secundus. » Ann. Imp. 7914, $ 14, t. I, p. 158. V. l'exemple donné plus loin, livre IT, chap. 11.
3. Lettre de Jean Bolland au P. Jean Ganans, 12 juin 1648. PrrrA, p. 198-9. Cf. plus bas, p. 17, n. 4.
. « Pater Zwenbruck... Provincialis provincialis Coloniensis.. Missionarius Apostolicus Bremam... sanctè affirmavit Patri Gamansio, se in manibus habuisse Bremæ Mstum Livii plenius, sed cm mercator justo carius vendere vellet, tum neglexit. Cum rursus quæreret, post mercatoris mortem ampliùs non comparuit. » Leibnitiana, $ XLI. FELLER, p. 156.
5. V. la note d’un secrétaire de Leibniz sur une chronique de Trithème de la bibliothèque de Munich « ubi Gamansius ante 6 annos in manibus habuit ». Ms. XIIB 713h, n° 329.
6. « Communicata à Joanno Gamansio, amico olim nostro, Societatis Jesu theologo..….. Gamansius hanc vitam eruerat ex veteri codice Coloniensis Monasterii S. Pantaleonis. » Vita B. Mathildis, reginae Germaniae. SS. BB.,
le pria d'examiner, à la bibliothèque du collège de Clermont, différents ouvrages concernant l’histoire ecclésiastique de l’Allemagne cités par le P. Labbe, entre autres les lettres de saint Boniface et la chronique d’Aubry des Trois-Fontaines et de faire des recherches à la bibliothèque royale, par exemple sur les historiens de la Germanie ancienne (1). Nous pouvons donc affirmer que ce fut ce Père qui imitia véritablement Leibniz à l’étude de l’histoire d'Allemagne et surtout qui lui donna le goût du moyenâge, que Leibniz, au début de son séjour à Mayence, parait n’avoir pas beaucoup estimé (2). Après l’avoir perdu de vue, Leïbniz s’efforça, dans les milieux catholiques, d'apprendre ce qu'était devenu son ancien ami et de sauver ses recueils de l’oubli (3); il rendit toujours justice à son érudition et à ses qualités (4).
t. I, n° x1x1. Préf., fol. &2: Cependant Leibniz dit aussi que Gamans l'avait communiquée aux Bollandistes. Ann. Imp. 997, $ 2, t. III, p. 668.
1: Il lui demandait aussi l’indication de tout ce qui concernait le diocèse de Mayence. Lettres de Gamans (corr., fol. 1-2) des 29 avril et 21 mai 1673.
2. « Medii ævi scriptores, fateor, non ita in promtu habentur, si tamen Trithemium, aliosque id genus adhibeas ecclesiasticis, si Freheri directorium historicis, ut de Vossio, Miræo, Chesnii nihil dicam, si conferantur Mscriptorum indices, potissimos quosque habere non usque adeo difficile erit. Fateor, latere passim multos, sed plerosque non esse tanti, ut ab oblivione magnum generi humano damnum sit metuendum. » Lettre à Spizel, 7/17 avril 1670. D'urens; 14 Vesp: 347:
3. Lettres au landgrave Ernest, 27 avril et 4 août 1683. Rommez, t. I, p. 320 et 373; au P. Papebroch citée plus haut, p. 15, n. 3.— Celui-ci lui répondit (corr., fol. 65-66) que le P. Gamans était mort, mais lui avait envoyé tout ce qui concernait les saints. Lettre du 14 octobre 1686. Papebroch et Henschius avaient, pendant dix jours, feuilleté ses notes. Prrra, L. c: En 1668, Leibniz s’efforçait encore de sauver ses manuscrits. Lettre à Grote citée plus Haut D246; n°
&.«Johannes Gamansius, de Germanicarum ecclesiarum historia meritissimus.» Ann. Imp. 848,810, t. ï, p.721; cf. 871,$ 14, p. 704. Dans la préface du De Venerabili Palaitnis Rhent, Erenfridi seu Ezone et Mathilde, eorumque filia B. Richeza Regina Poloniæ narratio, SS. BB., t. 1, n° xxvui, fol. d vo, Leibniz dit que cette vie a été envoyée aux Bollandistes par Gamans; dans le Ms. X XIII 169, n° 40, il ajoute que celui-ci l'avait tirée de la bibliothèque de Vienne. Cf. Ann. mp. 997, $ 2, &. III, p. 668-9.— De même, dans la préface des S9. 8B., t. II, n° I, p. 2, il indique que la vie de saint Conrad, évêque de Constance, que lui à envoyée le P. Janning (suivant la lettre de celui-ci au P. des Bosses du 17 septembre 1708. Ms. cité, n° 7) avait été copiée par le P. Gamans, d’après un ancien manuscrit. — Dans la préface du t. I, fol. & v° (Durens, t. IV, part. 2, p. 6), il avait écrit : « Qui Acta Sanctorum:.. edide-
A Mayence, Leibniz s’occupait, d’ailleurs, d'histoire. Il y voyait un « traité Manuscript de la preseance des Electeurs sur la République de Venise (1) ». I] correspondait à Jéna avec Bose(2); à Helmstaedt avec Conring, qu’il estimait autant comme historien que comme juriste et à qui il réclamait, pour Boinebourg, des ouvrages sur l’histoire ecclésiastique et le droit des gens (3) : avec Bœcler, ancien conseiller de l'électeur de Mayence, devenu professeur d'histoire à Strasbourg : il essayait de lui faire obtenir de Leipzig un manuscrit de la vie de Frédéric III par Æneas Sylvius (4) et alla même le voir, à Strasbourg, dans l'été de 1671 (5).
Venu à Paris, au printemps de l’année suivante, pour y soumettre à la cour de France son projet d'Egypte (6), Leibniz en profita pour s’y livrer à l’érudition, en même temps qu'aux mathématiques et à la philosophie. Il y était déjà en correspondance avec le bibliothécaire du roi, Pierre de Carcavy, sur des questions purement scientifiques (7); recommandé à lui par Boinebourg (8), il fit sa connaissance personnelle, s’occupa chez lui de géographie (9) et profita de
runt, eduntque... quibus in rebus Germanicis plurimum adjuvit ex eodem ordine Johannes Gamansius. »
1. Lettre au baron P. W. de Boinebourg, 25 novembre 1691. Kzopp, t. VI, p. 32. CF. : « Ich erinnere mich in meiner Jugend ein Manuscript des seel. Weinñmarus Clevischen Canzlers gesehen zu haben, so von praecedenz des H. Churfst vor den Republic Venedig gehandelt. » Mémoire s. d. (fin 1695). IDD ARE
2AN SD SNAU TEE nel
3. Lettre à Conrine, s. d. (début de 1670)-Gerr, Phil, t. 1 p-158 et 161-2:
4. Corr. de 1670 à 1672. BODEMANN, p. 19, n° 80. Lettre à Thomasius, 6/16 avril 1670. Gennr., Phil. t. 1, p. 3 (Durens, t. IV, p. 29). — La lettre à Bœæcler du 42 octobre 1670 (CAT ICAGEP RAC p. 311-%) concerne uniquement le droit romain.