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V. plus loin, au début du chap. 1v

Tel est le champ de l'histoire, dans son sens le plus géné-

ral : c’est le domaine des faits, par opposition à celui du raisonnement({). Les définitions précises qu’en à données Leibniz sont plus ou moins compréhensives.La plus vaste et la plus complète est celle qui fait de l’histoire l’ensemble des propositions singulières contingentes provenant des diverses sensations (2). L'histoire s'oppose ainsi à l’observation, domaine des propositions universelles contingentes, et à la science, domaine des propositions universelles nécessaires (3). L'histoire, en effet, si elle est la source des observations, ne se confond pas avec elles (4), c’est-à-dire avec l'expérience, pas plus qu'avec les démonstrations (5), qui constituent la science ou la philosophie, conçue comme l’ensemble des sciences théoriques (6). En un mot, l’histoire étant l’ensemble des faits singuliers, se distingue de la Science, considérée depuis Aristote comme le domaine des faits généraux (7).

1. Cf. «Præcognita scientiæ aut rationis et facti, sive Dogmatica et HistoriCa ». COUTURAT, Opusep 511201 PL Hardona est un homme dont l'esprit ne va PaS au raisonnement, mais seulement aux faits et à ce qui charge la mémoire.» Lettre à Lelong, citée plus haut, p. 339, n. 4.

2. «Histariæ sunt propositiones singulares Contingentes, sumtæ a sensu composito seu ‘’nductione, » Pensées Sur l’encyclopédie d’Alsted (1671 environ). Korrn:, 4IFI,p, 269 (Durens, t. V, p. 184). Cf. « Propositionés sensu constantes complectitur Historia Universalis, id est tam naturalis quam c:vilis. » (1668). Kropp, t, IE

3. « Propositio omnis est Vel singularis, hinc Historia. vel universalis Contingens inductione Singularium pendens, hinc observatio…, vel universalis necessaria ex ipsis terminis demonstrabilis, hinc Seientia » Nova Meth. (1667),

4. « Historia igitur est mater observationum , » Id., $ 38. Cependant, Leibniz paraît avoir parfois identifié l'observation et l’histoire : v. plus haut, p. 337, n. 2; de même vers 1669 : « Catalogus historiarum sive relationum, observationum, experimentorum ». CouTuRAT, Opusc., p. 168. De même dans une note de 1678, citée par le même, Logique, p. 158, n, 3.

5.« Quæcumque a nobis discenda Sunt, rediguntur ad tres classes, Demonstrationum, Experimentorum et Historiarum » (1676). In., Opuse., Dn93

5. € Philosophia est complexus Doctrinarum univérsalium, opponitur His-

tons à part Les faits singuliers, l’histoire et les langues. » Nouv. ESSAI CHR LS 2 GEHR., Phul., t. V, p. 506. « Historiam, worinn die Erclirung der Zeiten und Orther, also rerum Singularium expositio enthalten. » Projet de mémoire pour Pierre-le-Grand, décembre 1708. GUERRIER, p. 97 (Foucxer DE CAREIL, t. VII, P. 472). Cf. la première partie de la définition de Gérard

L'histoire, étant conçue par Leibniz « au sens le plus général et le plus philosophique (qui est en même temps le sens étymologique), comme la recherche et la conservation des faits et événements particuliers, tant de la nature que de la société humaine (1) », se divisera en deux parties correspondantes. Sous l'influence de la classification des sciences du chancelier Bacon (2) qu’il suivra généralement, Leibniz distingua, en effet, pendant toute sa vie, l’histoire naturelle ou histoire de la nature corporelle, et l’histoire civile ou humaine (3), l’une correspondant au monde des corps et l’autre au monde des esprits (4). L'histoire naturelle de la terre comprend, par exemple, les produits de chaque point du globe, la nature et le nombre de ses habitants(5); mais d'ordinaire, pour Leibniz comme pour Bacon,

Vossius, p.16 de l’A4rs historica, Leyde, 1623 : «cognitiosingularium, quorum memoria conservari utile sit ad bene beateque vivendum. » BERNHEIM, p. 31 (4re édition, p. 19) et Grov. GEnTiLe, R. de synth. hist., oct. 1902, p. 134, et: « l'histoire proprement dite est l'étude de faits et de relations uniques et qui ne se reproduisent pas dans un ordre. singulier. » F. Raum, compte rendu de la Nouvelle classification des sciences de À. NaAviLce,1901. R.int'e de l’enseigt, 15 novembre 1904, p. 466. — Leibniz paraît avoir entrevu aussi qu’il n’y a pas à proprement parler d'histoire, mais seulement une connaissance historique (LaNGLois et SEIGNoPos, p. 44) : «simplices illae (qualitates) tractandæ sunt historice, id est enumerandum est, et quomodo inter:se et quomodo cum aliis intelligibilibus soleant esse copulatae. » Consilium de Encyclopædia nova conseribenda methodo inventoria, juin 1679. CouTrurAT, Cpusc., p. 38. Dans la Nova methodus, pars. 1, $ 38, Durens, t. IV, part. 3, p. 177, il avait déjà énoncé cette idée.

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