Lettre de 1678, citée plus haut, DS O AN
2.Préface des Ascessiones citée plus haut, p. 362, n. 8. Cf. « L'histoire fait comprendre le présent, en tant qu'elle explique les origines de l’état de choses actuel. » LaNGLors et Serexopos, p. 278. — Comme eux (cbid.), Leibniz pense que l’histoire la plus rapprochée de nous est aussi la plus utile. Cf. plus loin, p. 376, n. 1.
3. « Sed his quoque nunc et gratias habere, et pretium ponere oportet, originunt causa, quando meliores desiderantur, neque aliunde gestorum seriem supplere licet.… paulatim prodiere regna et principatus et respublicæ, * quæ nunc quoque florent. Itaque ut horum ortus, translationes, conçertationes, limites, incrementa vel decrementa, familiæ denique regnatrices Cognoscantur: ad medii ævi Scriptores recurrere necesse est. » Access. hust., préf, Durens,t. IV, part. 2, P. 53-54.
4. « L'Histoire humaine comprend celle des coustumes et des loix positives, dont les principales sontles loix Romaines qui servent de fondement à la jurisprudence privée et publique receue aujourdhuy, outre les loix fondamentales des Etats, avec les blasons, genealogies et controverses illustres ou pretentions des princes dont il est bon d’estre informé, non pas tant que ces choses soyent bonnes en elles mêmes. que parce qu’elles causent de grandes révolutions qui nous enveloppent et qui interessent les societés dont nous faisons partie ». Mémoire de 1694, $ 17. Kiopp,t. X, p. 13 (FOUCHER DE CAREIL, Lettres, p. 281-2).
9. BERNHEIM, Ch. 1, $ 2, distingue dans l’évolution des conceptions historiques l’histoire narrative, instructive (ou pragmatique)et évolutive (ou génétique).La première fait pour Leibniz l'agrément de l’histoire, la seconde correspond à son utilité morale, politique et religieuse, la troisième est l’histoire désintéressée.
à s’écarter de cette exactitude scientifique à laquelle elle tendait déjà de son temps. Leibniz n’a guère fait qu’entrevoir l’histoire, conçue comme une science désintéressée : quand il a essayé de la réaliser comme telle, il s’est trouvé arrêté par ses conceptions politiques et'religieuses.
Il eût été, par suite, étonnant qu’il s’arrêtât là sans essayer de couronner l'édifice en rattachant l’histoire à la philosophie, surtout d’une manière théologique. Les « connoissances Historiques...nous font entrer en quelque façon dans le secret de la providence », comme les sciences proprement dites nous font « connoistre les grandeurs de la Sagesse divine (1) », car l’histoire est le miroir dela Providence de Dieu; elle témoigne de sa moralité (2).
Si l’histoire a tant d'utilité et d'importance, il faut de toute nécessité l’apprendre; elle a, par suite, une place marquée dans l’éducation,dont l’influence peut être si considérable sur la vie (3). Leibniz, contemporain ou ami des premiers grands pédagogues de l’Allemagne (4), croyait, en effet, qu'il n’y avait pas, pour un Allemand, d’instruc-
1. Nouvelles ouvertures (cf. plus haut, p. 344, n. 10), p. 226.
2. A la suite du second passage cité plus haut, p. 359, n. 8, il écrit « Deumque nobis moralitate quædam vestitum exhibet.... Historia naturæ
"saptentiam ejus in condendo universo Historiam vero civilis quæ sacram comprehendo voluntatem exuberantissimam ostendere videatur. »
3. « Le premier fondement de la félicité humaine est la bonne éducation de la Jeunesse, qui contient aussi le redressement des études.» Projet d’Académie de Saxe (v. plus haut, p. 367, n. 2). Durens, t. V, p. 175.
&. Il écrivait, le 7 août 1697 : « Legi nonnulla Tua et instituto docendæ juventutis valde sum delectatus » (Gunraueer, t. Il, Bel, p. 19) à A.-H. Francke, professeur à Halle, qui le premier essaya en 1696 de préparer les maîtres à l’enseignement et c’est vers la fin du xvire siècle que Buddeus, professeur de théologie à Iéna, eut l’idée d'organiser des conférences « pédagogiques » pour les étudiants. Ch.-V. LancLots, Quest. d’hist. et d’enseignement, 1902, p. 195, n. 1, et surtout La préparation professionnelle à l’enseignement secondaire, p. 28-29 et 49. — Sur les idées pédagogiques de Leibniz, v.A. KROGER, Leibniz als Pædagoge (Inaugural-Dissertation, Erlangen), Leipzig, 1900, et PAULSEN, t. I, p. 493-9. Leibniz énumère les qualités d’un éducateur dans sa lettre à Placcius du 21 février 1696. Sylloge, t. III, p. 146-7 (Dv- TENS, t. VI, p. 65-66). Comme il redoutait la licence des Universités, il aimait pour les jeunes gens la discipline claustrale : projet s. d. (1716). GUERRIER, p. 351 (Foucxer DE Careiz, t. VII, p. 576-7) et lettre à Bernstorff, 13 septembre 1714. DœBner, p. 131. Dans la Nova meth., préf. et pars 1, $ 10-12. Durens, t. IV, part. 3, p. 167 et 171, il a parlé des grands réformateurs de l’enseignement et des procédés à y employer.
tion convenable sans la connaissance de la géographie et de l’histoire universelle, en particulier de l’histoire moderne depuis la Réforme (1). Pour l’usage de la vie, pensait-il, il suffirait que chacun eût une teinture de l’histoire universelle, connût les événements mémorables ou extraordinaires ct la géographie (2); mais pourêtre véritablement instruit, il fallait davantage. Un jeune homme bien élevé devait, selon lui, apprendre l’histoire et la géographie avec ce qui se rapporte aux mœurs et à la vie civile (3), après les mathématiques et la physique, mais avant la logique (4). On peut se faire une idée de la place que Phistoire pouvait, suivant Leibniz, jouer dans l'instruction d’un adolescent, en ce qu'il essayait d’en faire apprendre au fils de son, protecteur, le jeune baron de Boinebourg, âgé de moins de quinze ans, dont il surveillait à Paris l'éducation.
Leibniz ne voulait lui enseigner rien moins que la géographie, l’histoire universelle entière, à savoir l’histoire ancienne et moderne, l’histoire profane et ecclésiastique, la chronologie, la généalogie, le blason, la politique et le droit public allemand: il lui faisait faire des lectures d’ouvrages d'histoire, de politique et de géographie, comme Cassandre et de Thou, de mémoires, de voyages, de documents du temps et de cartes volantes (5). C'était là une véritable éducation pantagruélique, si l’on songe que l'enfant devait, en outre, étudier les langues, les mathématiques, et se présenter dans le monde (6); aussi ne faut-il pas s'étonner que le jeune Boinebourg, se sentant accablé, ne progressât