Mémoire de 1694. Kzopp, t. X, p
Il n’est, par suite, pas étonnant que Leibniz at été très exigeant sur les connaissances générales nécessaires à tout historien et qu'il en ait réclamé un savoir véritabiement encyclopédique. Il conseillait aux philosophes, aux mathématiciens et aux physiciens la connaissance de l’histoire (1), réciproquement il désirait voir les historiens connaître les sciences et la philosophie. Il s’élève contre le mépris des hommes d’État pour la physique et montre l'importance des grandes inventions dans l’histoire du monde (2); dans un fragment intitulé de l’usage de la géométrie en histoire, il montre que Polybe, s’il avait su la géométrie, aurait vu qu'il n’y a pas de rapport nécessaire entre la périphérie et la superficie d’une ville (3). Luimême devait montrer, dans ses Annales Imperi, combien les connaissances les plus variées peuvent servir à l’historien (4).
Outre ce savoir général, Leibniz croyait évidemment qu'il en faut à l'historien un plus spécial, correspondant à ce que nous appelons nous-mêmes «sciences auxiliaires » et que les Allemands appellent « Hülfwissenschaften ». Lui-même n'a jamais, semble-t-il, employé d'expression analogue ou correspondante; mais il connaissait incontestablement la chose elle-même. Comparant l’histoire
LVSpl hauttp 859 na
2. Monail. Auszüge de mars 1701, P. 8. GUHRAUER, D. Schr.,t. II, p. 508-9.
3. «DE USU GEOMETRIÆ IN HistrorrAa. Miratur Polybius quod Megalopolis AMBITUS erat 50 stadiorum Lacedæmon vero tantum 48, et tamen Lacædemon duplo Megalopoli. Ergo Polybius erat XYEWHETPN\OS contra qui putaret de veteribus. » Ms. XXXV. Math. I, 14, fol. 80.—Et cependant Polybe « impose aux historiens des connaissances universelles » et « y arrive presque lui-même». R. Pichon, La méthode de Polybe. Rev. univ'e, 15 novembre 1396 D S241R Cr sur les voyages de Polyhe, LA MoTHE LE VAYER, Discours des historiens, passage cité par G1Gas, t. I, p. 73 note. — Cette note de Leibniz se rapporte à une Suite de coupons où Leibniz se demande quelle est, de toutes les figures que l’on peut tracer avec diverses lignes, celles qui contient le plus de surface. Communiqué par M. Rivaud, professeur à la Faculté des Lettres de Poitiers. — La question tenait à cœur à Leibniz : « Nosse Geometriam arcanam figurarum et situm cujusque regionis ej usque partium naturalibus maxime limitibus, inclusarum. » Quæstiones caleuli politict circa hominum vitam, et cognatæ (1682 environ), n° 22. Kzopp,t. V, p. 338.
NADlSHaut pes ben:
à un corps vivant, il trouve que la chronologie et la généalogie y ressemblent aux os et aux nerfs (1), c’est-à-dire qu'elles jouent à ses yeux le rôle de sciences fondamentales; ce sont, d’ailleurs, celles qu'il a le plus étudiées avec son secrétaire Eckhart (2). En ajoutant à la chronologie la géographie, que Leibniz fait également dépendre de l'astronomie (3), nous aurons les principales sciences auxiliaires que nous n'avons point encore examinées à propos des matériaux historiques (4).
La chronologie est pour Leibniz la principale des sciences auxiliaires; €’est la base de toute construction historique (5). Tout en déclarant que «la chronologie portée à la précision. ne sert guère qu'à vérifier les dates et les titres (6) »,1l-y voyait le fondement même de l’histoire (7): celle-ci en dépend toute entière (8) et Leibniz n’admet guère d’autre ordre d'exposition en histoire que l’ordre chronologique (9). Dès son arrivée à Hanovre, il s'était occupé de la détermination des temps(10);il étudia ensuite
1. « Pour juger distinctement de l'Histoire on peut la comparer avec le <orps d’un animal, ou il y a des os qui soutiennent le tout, des nerfs qui en font la liaison, des esprits qui remuent la machine, des humeurs dans lesquelles consiste le suc nourrissant, et enfin la chair, qui donne l’accomplissement à toute la masse. Les parties de l’Histoire y répondent assez : la chronologie aux os, la genealogie aux nerfs, les motifs cachés aux esprits invisibles, les exemples utiles aux sucs et le detail des circonstances à toute la masse de la chair. » Mémoire du 1° juillet 1692. Z. d. h. (le HENLSSE ED 220;