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LA CRITIQUE HISTORIQUE

L'histoire se fait avec différents matériaux; quand ces matériaux sont des documents, ils se ramênent au témoignage (1). Leibniz savait que le témoignage peut et doit être la source de tous les faits de l’histoire (2). Un historien, dit-il, n’est autre chose qu’un témoin qui donne un témoignage par écrit pour le faire connaître au publie et parvenir à la postérité; il faut donc examiner la valeur des témoins et de l'écrit (3). Voyons d’abord ce qu’il réclame du premier: l'examen du témoignage fera l’objet de la critique proprement dite. |

* Tout témoin doit pouvoir rendre raison de sa déposition(4): l'idéal, pour lui, serait d’être un témoin oculaire, parce qu'il pourrait en rendre raison directement. Leibniz savait qu'il y a un art d'interroger, d'obtenir méthodiquement des renseignements des témoins bien informés qui sert en justice, que l’on doit employer dans les voyages et dans”

1. Lettre à Blume, s. d. (début de 1688). Kcopr,.t. V, p. 368 (FeDer, p. 369), citée par WEeGELs, p. 653, note 1. Cf. p. 384, n. 1.

2. « Cüm.… in rebus facti necessarius sit usus testimoniorum. » Lettre à Huet, 1679. Durens, t. V, p. 460. — Dans les notes sur le livre de Toland citées pl. haut, p. 458, n.7, Leibniz nomme le témoignage « autorité ». In., p. 148.

3. « Hisroricus nihil alius est quam testis qui testimonium seripto dicit ut publicè innotescat perveniatque ad posteritatem. Itaque hic et in teste et in sciptura fides requiritur. » Lettre à Eisenhard (corr., fol. 14) de 1679 environ. Copie aux mots soulignés par Leibniz.

4. « Interpolatores rationem scientiæ suæ reddere non potuerant quod a teste exigitur. » Flores, $ 14, p. 309.

toutes les occasions où l’on peut apprendre quelque chose d'utile (1); aussi lappliquait-il lui-même à l'étranger et dans sa patrie. À Paris, il questionnait les soldats de Turenne sur la guerre qu’ils avaient faite en Allemagne et s’informait soigneusement de tous les détails de la vie de collège en France (2); à Hanovre, il «s’entretenait volontiers avec toutes sortes de personnes, gens de cour, artisans, laboureurs, soldats » et « même souvent avec les Dames », jugeant qu’il y avait toujours profit à se renseigner directement auprès des gens de toutes conditions (3). C’est dire combien il prisait les témoins oculaires (4).

C’est là, naturellement, le genre de témoins qu’il pré- {ère en histoire. Il recommandait à Fidler de noter soigneusement chez les historiens tout ce qui, comme les phénomènes météorologiques, provenait d’une observation directe et non du caleul de l’auteur (5). Il note avec soin les témoins oculaires dans ses recueils de documents (6),comme dans ses écrits (7) et ouvrages historiques (8). Il sait, en effet, «qu’un temoignage a moins de force à mesure qu'il est

4. Lettre à Gabr. Wagner, 1696. Genr., Phi, t. VII, p. 518 (trad. par Foucaer pp CaRgIL, Voue. lettres, p. 397. Cf. COUTURAT, Logique, p. 278. Notons encore ce qu’il écrivait à Magliabechi (corr., fol. 233-4), le 10 octobre 1708 : « Soleo interdum novellis publicis vel privatis foliolis notaré de quibus apud amicos inquiram. »

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