LANcLors et SEIGNOBOS, P
7. À la suite de la Comparaison indiquée pl. haut, p.423, n. 1, il ajoute (p.21): « Mais l’ame de tout c’est La vérité. Or puisque l'Histoire sans la vérité est un Corps sans vie, il faut qu’on tache de ne rien avancer sans fondement et qu’on purge l'Histoire peu à peu des fables qui s’y sont glissées. C’est à quoy on travaille depuis quelque temps avec beaucoup d'application particuliere ment en France et aux Pays-Bas, où l’histoire est la plus florissante. Car il faut avouer que les Italiens jusqu’icy ont esté moins exacts et que les Allemans, quOy qu’ils ayent commencé à $e desabuser de beaucoup de fables, ont neanmoins eu jusqu'ici beaucoup plus d'indulgence qu’il ne fallait pour quelques erreurs populaires. Il en faut toujours excepter quelques habiles gens tant en
cs L 1 L ESSAI SUR L'ACTIVITÉ ET LA MÉTHODE HISTORIQUES DE LEIBNIZ 909
comment les historiens ont déformé la vérité par absence de sincérité. Les erreurs qui en résultent ont trois causes principales : l'opinion, les passions (1) et l’intérêt (2). L’opinion ou les préjugés proviennent parfois d’un excès de subtilité (3); elles s’exercent surtout, semble-t-il, en matière de croyances, en particulier de croyances religieuses : ainsi les historiens anciens n’ont généralement pas compris les religions différentes de la leur (4) et ni les chrétiens mi les païens ne se sont réciproquement rendu justice (5). Les passions agissent bien plus souvent sur nous que l'amour
Allemagne qu’en Italie; tel est le cardinal Baronius qui n’a pas fait de difficul- +5 de desavouer la donation de Constantin à laquelle on n’avoit point osé coniredire sans crime d’hérésie: tel est aussi Marquard Freher, conseiller de l’'Electeur Palatin, qui a ouvert le chemin à ceux de notre nation et quelques autres de cette force, dont le nombre n’est pas trop grand. Cependant la difference qu’il y a encor, c’est qu’on voit tous les jours des livres d'Histoire, qui paraissent avec approbation en Allemagne et en Italie, qu’on siffleroit en - France et aux Pays-Bas. » V. la fin, p. 855, n. 1.
4. «In remotis temporibus locisque fiducia pro veris incomperta memorantis, ex rumore aut affectu, aut infide teste, intolerandos errores peperit. » SS. BB., t. I, préf., fol. a r° (Durens,t. IV, part. 2, p. 3). Les deux premiers mots s’appliquent à la critique de sincérité, les derniers à,la critique d’exactitude. ï
2. Après avoir rapproché la division de l’histoire publique et anecdotique des causes de guerre justes (justificæ) et délibérées (suasoriæ) : « Quanquam meo judicioet suasione rursus duplices, nempe vel utilitatis vel affectus neque enim semper vera consilia prævalent, sæpius Rex hominem quam Regem agit, et levibus momentis magna vertuntur.» Cod. dipl., préf., $ 11. Kzorp, t. VI, p. 459 (Durens, t. IV, part. 3, p. 288).
2. «L’Autor Mercurii Historici et politici» et le «Scriptor Historiæ Europæ compendiariæ » dit, par exemple, qu’en septembre 1687, le duc de Lorraine est allé à Bade pour conclure la paix avec les Turcs. « Cur enim, inquit, Reginam conjugem secum duceret? Hinc videmus, quam facile a se ipsis cireumveniantur Historici. quoties plausibilibus rationibus ad divinandum sess conduci patiuntur. » Lettre à Windischgrätz, 1638. Kzopp, t. V, p. 493-4.
&. « Strabon est un auteur grav>, mais lorsqu'il parle de Moyse, il paroist qu’i prend les actions et les sentiments de ce Legislateur selon les preventions et les chimeres des Grecs. » Lettre à Toland, 30 avril 1709. KLopp, t. IX, p. 306, au début de laquelle il écrivait: « Je crois facilement que Tite-Live n’est rien moins que superstitieux ». Il s’agit de lAdelsidæmona seu Titum Livium superstitione vindicatum. 11 en déclarait à Cuper : « Joh. Tolandus Anglus, vir ingeniosus ad me misit libellum a se editum quo Livium a superstitionis aCcusatione vindicat, et de Originibus judicis ex loco Strabonis lib. 16. quædan: commentatur, sed vellem non magis superstitionem, quam irreligiosain sententiam impugnasset, cujus non uno loco meminit, quæ nundum co*poreum omni intelligentia destitutum pro solo animæ aut æterno venditat ».
5. G. Hornius, dans son Histoire ecclésiastique des troubles d Angleterre, exagère ce qu’il n'aime pas, comme on fait d'ordinaire. «Si nous avions les livres des Payens contre les Chrestiens, nous y verrions de belles choses,
de la vérité (1); c’est la principale source de nos erreurs (2), et elles nous entraînent avec d'autant plus de force qu’elles sont plus basses et plus mauvaises : on croit facilement les médisances ou les satires (3), c’est pourquoi l’histoire anecdotique à tant de e-édit et doit susciter notre défiance (4). Ce sont des haines de parti qui nous obligent à tenir pour suspects des historiens anciens comme Tacite, Florus (5) et Lactance (6), au moyen âge l’histoire anecdotique de Procope (7), tandis que Burchard, dans le même genre, mérite confiance, parce qu’il ne témoigne d’aucune passion (8). La rivalité des différents peuples leur fait réci-
les Chrestiens à leur tour attribuent aux anciens hérétiques bien des choses, que je tiens souvent pour fausses ». Lettre au landgrave Ernest, 10 /20 juillet 1692. RommMez, t: Il, p: 43%.
1. A propos d’inscriptions partie en caractères espagnols, partie en caractères italiens, il écrit : «Interea colligi ista sepositis præjudiciis vellem, sed vereor ut quisquam præjudiciis vacuus hunc in se laborem recipiat. Soent enim homines magis duci affectu quam amore veritatis, quibus… ignoscendum polius quam opera utile cavendum. » Lettre à Benzel, 17/27 avril 1699 Feper, p'185: