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V. plus haut, pPNE

Il est, d’ailleurs, certain que Leibniz savait pratiquer l'analyse des textes historiques. Il en a donné un bon exemple à propos de l’analyse du mot germain chez Tacite (1; où il distingue successivement cinq affirmations : 1° Tacite dit que les Germains ont reçu ce nom tard et Leibniz étudie la valeur relative de ce mot, par une critique d’interprétation (2); 2 par une critique de provenance, il recherche l'origine du renseignement concernant les Tongres (3); 30 par une critique d'interprétation, il s'efforce d'expliquer comment le nom des Germains est apte à inspirer de la crainte et il le tire de wehr mann (4); 4° il montre par analocie comment cenoma pu s'étendre d’une éribu à tout un

4. « Cæterum Germaniæ vocabulum recens | et nuper auditum | quoniam qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint, | nunc Tungri, tunc Germant vocatisunt : | ita nationis nomen non gentibus evoluisse paulatim, | ut omnes, primum a victore ob metum, mox a se ipsis invento nomine, Germant vocarentur.» De moribus Germanorum, ch. 11. SS. BB., t. 1, p. 9. — Nous soulignons et divisons ce texte comme l’a fait Leibniz. Ms. XII, Vol. I, 1, fol. 3. Dans une note sur l'interprétation d'Eggeling (citée plus haut, p. 151, n.1), il écrit :« Dubia ex inspectione verborum. 1. Hæc interpretatio paradoxa, et prima facie coacta. Nimis multa inferuntur. 2. Nuper, id est ab aliquot seculis comparatione scil. appellatione priscorum nominum... 3. primi transgressi potiùs ex vicinis locis quam ex Cimbrica Chersonesi. 4. Ex verbis nunc Tungri tune Germani, nimia mutatio in hune sensum : tune Cimbri nunc Tungris Germani. 5. de Cimbris hic nihil Tacitus. 6. A victore oh metum nemo non intelligit de appellatione Germanorum, hic mirifici inferantur Cimbri. 7. Credibilius est Gallis primum appellatos Germanos.…. 8. Si ita Tacitus in mente habuit,quæ noster malus est mentis suæ interpres. 9. Si Germani dicti à Marianis, quod si Teutonum fratres dicerent, profecto nomen sibi non invenere sed tantum occasionem inveniendi marianis præbuere. » MS SCT ol; fol. 87-88.

2. Sero: ce mot veut dire bien après les anciens noms de tribus, mais non après César, puisque les Fastes Capitolins mentionnent les Germains sous Marcellus, contemporain d’Hannibal.

3. V. plus haut, p. 497, n. 3. Tacite a pu le prendre dans César, livre 1 qui ne connaît pas les Tongres, mais différents peuples germains, Æburones et Condrusit, qui occupaient le même territoire. De là, Tacite paraît avoir supposé que ce sont les premiers Germains qui ont passé le Rhin et que le nom général des Germains est venu de leur nom particulier; ce qu’il a entendu dire quand il était procurateur de Belgique a pu le confirmer dans cette idée.

4. Cf. plus haut, p. 151, n. 2 et 151, n.1.Tacite veut expliquer comment la crainte causée par la victoire a étendu ce nom d’une tribu à un peuple entier. Il faut donc que ce mot soit apte à inspirer de la crainte et il paraît avoir eu pour les Germains (et sans doute pour les Gaulois) le sens d'hommes belliqueux. « Nam wehr arma, guerra vel gerra aut werra bellum, hehr, hari exercitus, hariban clamor hari (clameur de haro) evocati ad exercitum. Et serius adhuc Herimanni vel Arimanni, viri militares, feudaque Arimanniæ dicta. » C’est

peuple (1); 5° enfin, par une dernière critique d’interprétation, il se demande pourquoi les Germains se sont donné eux-mêmes 6e nom; mais, par une critique d’exactitude, il cherche à savoir si la pensée exprimée par Tacite répond à la réalité ou simplement à une conception de l’auteur (2).

Cet sxemple prouve non seulement que Leibniz savait en un même passage unir les différentes sortes de critiques, mais encore que, dans un même texte, il savait séparer et peser chaque affirmation. Certes, il a rarement procédé ainsi par écrit; mais ces opérations, il a dû les effectuer mentalement : les observations qu’il joint spontanément aux textes qu'il transcrit le prouvent complètement (3). Il a, d’ailleurs, donné plusiears exemples d'analyse dans ses Annales Imperii, soit en mettant entre parenthèses l’explication ou le commentaire même du texte (4), soit, plus rarement, en faisant suivre les parties du texte de ce commentaire en bloe (5). Le plus souvent, Leibniz se boine à transcrire les documents et à mettre entre parenthèses l'explication ou le commentaire des principaux mots (6) : c'est à cela que se borne chez lui l’analyse. D’après lui

pourquoi Tacite, ayant compris en Belgique la valeur de ce mot, jugea qu’eprès avoir passé le Rhin, ils s'étaient appelés eux-mêmes Germains, c’est-à-dire hommes militaires et belliqueux.

1. Exemple des Hellènes, des Lbères et des Alamans, dont le nom s’est étendu à tous les Grecs, à tous les Espagnols et à tous les Allemands.

2. Est-ce parce qu’il était d’origine germanique ou parce que, à l’exemple des Tongres tous les autres auraient pris,ce nom, dont la signification leur aurait plu? Telle est l’idée de Tacite, si le passage n’est pas corrompu. Leibniz examin: ensuite quel serait le sens si on lisait 4 vieto ob metum au lieu de victore et montre que les deux reviennent à peu près au même. D’ailleurs, cette opinion de Tacite, formée, semble-t-il, d’après César et le sens conjectural du mot, n’est pas forcément exacte. Il est très vraisemblable que ceux des Germains qui étaient les plus voisins et les plus connus des Gaulois et qui traversèrent le Rhin ont d’abord pris ce nom qui s’est étendu ensuite à tout le peuple; mais. il est à croire que les premiers n’ont pas reçu leur nom de la crainte et l’ont apporté avec eux, car c’est le nom d’un grand peuple d’au-delà du Rhin, les Herminones où Hermanni, que les Romains appelaient Hermunduri.

3. V. les exemples cités plus haut, p. 459, n. 5 et p5241ne7:

4. Ex. à propos d’une lettre d'Hadrien à Charlemagne; de Hatton de Mayence. Ann. Imp. 787, $4,t.1I, p. 130-1; 802, $ 15, t. II, p. 200-1.

5. Ex. à propos d’un passage de Jordanis sur les Huns, d’un autre du panégyrique de Béranger. Ja. 889, $ 13, et 946, $ 15-16, t. IT, p. 117 et 2893-7.

6. V. plus haut, note 4, et attiré de Meerssen cité plus bas.

lhistorien devait reproduire les textes aussi fidèlement que possible (1); il louait l’anglais Tyrrel d'agir ainsi (2). Or, un historien ne petit le faire qu'après une analyse approfondie des documents, et Leibniz l’a toujours opérée soigneusement.

Il serait superflu de se demander ce qu'était pour lui un fait ou un événement historique, car Leibniz ne semble jamais avoir défini ces notions simples: mieux vaut rechercher d’après quel principe il recueillait les faits en histoire. Il semble que ce soit en vertu de l’esprit philosophique, qui éonsiste, d’après lui-même, à rechercher en toute chose cequ'il ya de plusélevé (3). Leibniz a,eneffet, toujours tenté de dégager en histoiretout ce qui y était le plus général (4); dès son retour d'Italie, il parlait de faire entrer dans l’histoire de Brurswick des faits concernant l’histoire universelle et de tirer de cette histoire même des faits généraux (5);

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