V. plus bas, chap. v
«Il me paroïist qu’il s'attache à representer exactement ce que disent les bons auteurs anciens. C’est le plus seur dans l’histoire des siècles éloignés de nous. » Lettre à Basnage, 27 décembre 1698 (v.st.). Gexr.,Phul., t. II, p. 141. Il écrivit de même à Th. Burnet, le 20/30 janvier 1699: L'histoire de Tyrrel «m'a donné beaucoup de satisfaction. Car... au lieu de donner dans les imaginations, il suit pied à pied les auteurs qui sont les plus prochains du temps. » Id., p. 252. Il envoyait à Sophie, le 28 avril 1699, un extrait de Tyrrel concernant Henri le Lion. KLopp, t. VIII, p. 122-3 et faisait l'éloge de son ouvrage. Ann. Imp. 798,$ 13, t. I, p. 162.
3. « L'esprit philosophique se reconnaît, dans les sciences comme dans les lettres, selon Leibniz, à ce qu’on recherche en chaque chose ce qu’il y a de plus élevé, 2noestigandum in omni genere summum.» Fouizrée, La réforme de l’enseignement par la philosophie, p. 66. Cf. « La philosophie est redevenue pour Leibniz ce qu’elle était pour les sages de l’antiquité, La recherche à travers l’unicersalité des choses, de la vérité, une en soi. » NoURRISSON, p. 2.
4. « Historiam aliquam rerum Brunsvicensium molior. Verum si ad nostra tempora veniendum esset, optarem wniversalius aliquot dare posse. Lettre à Blum s. d. (janvier 1688). KLopr. t. V,p. 368. Partant de cette histoire, il écrit à Grote : « Il faut y faire entrer adroitement ce qui donne des lumieres pour l'Histoire universelle. » $. d. (fin de 1688). JZd., p. 424. Il écrit à Basnage, le 12/22 septembre 1692, à propos du Dictionnaire de Bayle : « Et comme la matiere est presque infinie, et qu’il est impossible d’eviter des omissions, je souhaterois qu'on commencçat par le plus utile, sauf aux editions suivantes et aux contnuateurs de remplir les vuides et de suppléer ce qui manque. » FEDER, p. 52. Dans une lettre à un conseiller de Hanovre s. d. (1709 env.), il écrit : « Alleine weilen ich auch noch einige decouvrirte habe, die dem universali nicht weniger angenehm. » Z. d. h. V.f. N. 1890, p. 146.
5. « Hingegen aber solche Dinge einzurücken, da sich die unsrige Sachen auff Universalia ziehen und denen ein Liecht geben... so lauffen mit richtige
te 2:
dès lors, il n’a cessé d’étendre ses recherches à l’histoire de l’Allemagne et dumonde civilisé (1). Mais qu’y a-t-il d’important en histoire? Cela dépend évidemment des points de vue, qui sont très nombreux (2). On peut considérer les individus marquants de l’histoire, les pays qui en sont le théâtre, ce qui se rapporte à l’Etat et aux hommes organisés en groupes, au développement des mœurs, des idées, des croyances, de la nature organique et inorganique dans ses rapports avec l’homme.
Tels sont les points de vue auxquels Leibniz s’est tour à tour placé. Nous avons vu combien sa conception de l’histoire était complète et, pour ainsi dire, moderne; de même, l'analyse des documents, guidée par la largeur de ses vues philosophiques, l’a amené à exposer dans ses ouvrages à peu près tous les ordres de faits dont l'historien peut s’oc- Guper aujourd'hui. En cela, il diffère profondément de ses contemporains. Les Bénédictins, par exemple, se bornaient à l’histoire politique et ecclésiastique, négligeant l’histoire de la civilisation, des institutions et des faits économiques. D’autres, comme du Cange, se bornaient, au contraire, à l’une de ces manifestations de l’activité humaine; la plupart des historiens méconnaissaient les faits économiques. Leibniz, là comme partout, a voulu être complet; il n’est pas un genre de ces faits qu’il ait négligé. Dans un ordre de développement en quelque sorte croissant, on peut trouver
Generalia ein, dazu ich aber auss unsern und den Estensische Monumenta und Urkunden viel neues bisher nicht wohl bedanktes an Tag bringe .» Entw. d. welf. Gesch. PerTz, t. IV,p. 240.11 parle d’une fable sur Otton III «und andere Ottoniana, so in der Universal-Histori selbiger zeiten lauffen. » [n., p. 246. A la fin de 1692, il parle de distinguer son ouvrage « par quelques decouvertes historiques peu communes que j’auray soin de faire entrer, qui tireront sur l’universel quoy qu’elles naissent de nostre histoire particuliere. » KLopp, t. X, p. 371.
1. V. pour le Codex diplomaticus, recueil européen, plus haut, p. 128, n. 1: pour les Annales Imperit surtout p: 148, n.5.
2. V. la lettre à Jean Bernouilli du 45 mars 1708, où il conseille de considérer les plantes à tous les points de vue. Com. ep. Bern., t. II, p. 183 (GEnR., Math., t. IIL2, p. 823). Il écrit à Sophie, le 28 novembre 1699, sur le projet de Stepney « de travailler à l’histoire de Moïse comme legislateur. Effectivement, on peut regarder une personne de divers costés, pourveu qu’on ne la deguise et ne la defigure point. » Kzopp, t. X, p. 54.
chez lui l’histoire des personnes et des lieux, les faits d'ordre politique et militaire, ceux qui appartiennent à l’histoire ecclésiastique, à la civilisation, aux faits économiques, aux prodiges, aux particularités des hommes ou de la nature et même au développement de la science historique à travers les âges.
L'histoire est pour lui avant tout l'étude des hommes et de leurs actions en certains lieux. Aussi Leibniz, si profondément individualiste (1), a-t-il voulu d’abord retracer l'existence des personnes qui ont joué quelque rôle dans le monde. Lui-même collectionnait les détails et même les anecdotes sur les hommes remarquables de son temps (2); il est naturel qu'il les ait accumulés sur les personnages dont il avait à parler dans son histoire. Il Pa fait, d’ailleurs, partout et,pour ainsi dire, d’instinct; dans sa correspondance, les exemples en sont innombrables; dans ses recueils historiques, il a agi de même, en dehors des auteurs des ouvrages ou de ceux dont l’histoire y était rapportée, comme lorsqu'il s’oceupe de Hugues de Saint-Vietor dans ses Accessiones (3) ou de Thomas de Kempen dans les Scriptores (4). Dans ses projets d'histoire du Brunswick, il devait donner le plus grand relief à certaines personnalités comme Otton IV et surtout Henri le Lion (5); dans ses Personalia, il trace naturellement un portrait très étendu des princes dont il retrace la vie (6).
Il n’agit pas différemment dans ses Annales Imperüt: il y mentionne à peu près tous les personnages qui, en dehors des princes, ont joué quelque rôle dans l’histoire, du milieu