Lettre citée plus haut, p. 617, n
7. Il écrit à propos de l'élection de Frédéric IT, cbid. « Le temps dont il s’agit ne nous fournit guères de bon historien allemand, qui parle d'une manière bien circonstanciée de cette affaire, et dont le silence pourroit passer pour une preuve de fausseté. Les bons auteurs ont presque cessé avec Frédéric IT. »« Luitprandus, unus pene ejus temporis Italiæ historicus, tam multa silet, ut ex simplice ejus silentio objectio sumi non possit. » Ann. Imp. 960, $ 20, &. III, p. 53. À propos d’une allégation de Baronius : « Hoc ille non ulle
quefois ce genre d’argument sans explication, quand il s’agit de faits si importants que les historiens auraient dû, semble-t-1l, les mentionner s'ils avaient existé (1), il ne l’adopte qu'à la condition d’expliquer les conditions du silence des historiens. Tantôt il Le fait d’une manière un peu vague, en disant que l’existence de certains faits n’aurait pu être tue des auteurs contemporains (2), surtout quand ils sont très bien informés et participent aux affaires (3), ou ont l’habitude de rapporter certain genre de faits (4), comme les cleres pour les droits ou l’autorité de l’Église (5); tantôt il le fait d’un manière plus précise, en montrant que les historiens ont connu de près les personnages dont ils
testimonio veterum, sed solo eorum silentio probat: quasi id sufficiat in seriptoribus quales illorum temporum, ne memorabilia quidem annotantibus, tantum abest, ut recepta et usitata explicent. » Zd. 94& , $ 9, t. IT,
1. Ex. pour les prétendues origines gauloises ou rontaines de Charlemagne, . v. pl. haut, p. 241, n. 4, fin; ex, à propos du prétendu assassinat de Gustave Adolphe : « Neque hoc indicium dissimulasset Pufendorfius, si in Suecicis chartis reperisset. » Lettre à Bierling, 24 oct. 1709. Geur., Phil, &. VIE, p. 486 (Korru. t. IV, p. 6; Durens, t. V, p. 354); pour l’origine de la femme de Louis IIT d'Allemagne, Ann. Imp. 880, $ 14, t. II, p. 51; certains faits non mentionnés par Abbon dans son poème sur le siège de Paris par les Normands. Zd. 886, $ 5, et 9, t. IT, p. 51; « Mira res Constantinus Porphyrogenetes non novisse Genealogicum Hugonis regis proxima affinitate juneti. » Ms, VIII, 713 q, n° 142.
2. Eudes a-t-il été vassal d’Arnulf ? «si homo Arnulfi factus fuisset, hoc scriptor Fuldensis, autor gravis et æqualis rei gestæ, haud tacuisset». Ann. Imp. 888, t. II, p. 103.
3. « Binas expeditiones nunc Carolo tribuunt antiqui autores; quas ambas falsas censeo, quia nullum earum in Frodoardo vestigium est, non contemporaneo tantum,sedetinterveniente negotis, et minutatim Gallica memorante. » Id. 9238, $ 4, t. II, p. 335. Cf. 947, $ 6, p. 293, pour le même Flodoard.
4. « Narrant posteriores fabulam, quam credo Ditmarus amans histo— riolartum sacrarum non supressisset, si quid tale proximus ipse temporibus novisset ». 1d. 968, $ 40, t. III, p. 229. A propos d’un prétendu mariage d’Ot-
&on III, inconnu de tous les contemporains : «etiam Alberico Trifontano ignoratur, qui fabulas,etsi haud credulus, attingere amat ».1d. 998, $ 37, t. IN D 2742:
5. À propos du couronnement de Louisle Pieux par son père. « Apparet inconsulto pontifice Romano imperatorem Romanum collegam et sucecessorem a Carolo nominatum: id enim scriptores (ex clero pene omnes et pontificiæ autoritatis fautores) non siluissent.» 14. 843, $ 11, t. I, p. 290-1. À propos du prétendu monstre mis au monde par Berte, femme de Robert le Pieux, dont ne parlent ni Aimoin, dans la vie d’Abbon, abbé de Fleury, ni Helgald dans celle de Robert, « qui tamen nihil dissimulant quod ad cleri autoritatem facere quoquo modo potest. » 7d. 4001, $ 34, t. III, p. 787.
parlent et en racontent les moindres actions (1), surtout quand ils rapportent précisément des faits dumêmegenre (2), que c’est leur intérêt de le faire (3), qu'ils procèdent à une énumération où le fait en question devait forcément entrer (4), ou que rien de tel ne se trouve dans tous les documents émanant de ces personnages ou les touchant de très près (9).
Leibniz connaissait aussi le raisonnement positif, qui consiste soit à tirer d’un document tout ce qu’il contient, soit à suppléer par le raisonnement à ceux qui manquent. Îl savait extraire d’un texte toute sa substance, car rapportant le fait que Pierre Damien envoya à Grégoire VII des cuiliers en bois, ii en tire ces trois conclusions : alors les moines faisaient des travaux manuels,les hommes étaient d'une grande frugalité et leur goût peu délicat (6). Nous
1. Rhoswita, dans son panégyrique d'Otton le Grand à propos des origines de Henri I. Zd. 949, $ 4, t. II, p. 310. Dangmar, biographe de Berward, à propos de son éducation. /d. 4008, $ ?, t. III, p. 833.
2. A propos des prétendus crimes de Hatton, évêque de Mayence «vitia prælatorum minora non dissimularunt Witikindus et Ditmarus » /d. 970. $ ‘Re LITE D 227972
3. À propos de la prétendue cruauté d’Otton II : «Sed Gallos SCTIptores, Ottoni parum amicos, hoc totum ignorasse constat. Ditmarus historicus haud dubie vel reprehendisset factum, vel ut ambigui judicii notasset. Georgius Fabricius cum nullam in præcedentibus Italiæ rebus tam acris vindictæ causam notasset ». Zd., $ 5, t. III, p. 410.
4. Ex. pour le marquis Obert, à propos de Luitprand faisant l’énumération des fils d’Adalbert le Riche. Zd. 947, & 12, AIT, p.296:
5. Ex. la prétendue expédition du Pape Jean contre les Sarrasins Zd. 888, $6,t. IT, p. 74; de même pour la prétendue Papesse Jeanne. Flores. À
6. « Petrus Damianus Gregorio VII. Pontifici dono mittit cochlearia lignea apud Baronium. Multa hic observari possunt. Primum, monachos olim, (qualis Petrus, etsi Cardinalis fuerat) manuaria opera curasse. [taque Abbas Trappæ cum Mabillonio disputans, poterat hoc exemplo uti. Secundo hinc apparet frugalitas veterum. Quis enim hodie Pontifici Romano talia offerat, aut usum ligneorum instrumentorum in cibo tribuat ? Etsi autem in ligno quoque luxus esse possit, et habeantur odorifera quædum ex Indiis allata; sint etiam duritie et nitore excellentia, ut hebeni lignum, unde Turcæ cochlearia parant ; quædam etiam medicinales habeant virtutes, ut sassafras et gœuaia- Cum : nihil tamen tale hic suspicor, cùèm materiæ Singularis nulla mentio fiat. Postremo colligi potest, veteres minus delicatos fuisse, nam succi ciborum altius in ligna vulgaria penetrant, ut vix elui aut fricando tolli possint. Vidi Capucinos uti cochlearibus e cornu factis ». Leibnifiana, n° cxxxir, FELLER, p. 205-6: Durens, t. VI, p. 322).
avons vu en généalogie qu’il savait suppléer par le raisonnement aux faits absents (1).
Sans faire toujours une opération aussi compliquée, souvent Leibniz tire des conclusions des documents (2). Ce sont quelquefois des conclusions négatives : ainsi les anciens ne priaient pas pour les morts (3), Léon IX n’est pas le premier Pape qui ait commandé une armée (4), Rhoswita n est pas un prodige pour son temps (5), certains monastères n'étaient pas soumis à la règle de Cluny (6); mais le plus souvent les conclusions sont positives. Parfois Leibniz extrait des documents des faits peu précis ou peu sûrs, comme l’existence de nombreuses sources chez un historien (7), la mort d’un personnage à une certaine date (8); il tire d'un diplôme l’état d’âme de Lothaire (9), d’une liste d’évéques le fait que certains ne sont pas rentrés en grâce (10), de ce que l’histoire des évêques de Metz lui avait été commandée en Italie le fait que Paul Diacre était encore en faveur (11), d’un passage de Widukindla certitude qu’il n’était pas loin delacour(12); parfois il extrait des documents des faits précis ou certains, comme la possession de l'Italie par Lothaire d’un diplôme(13), le caractère de Pape Léon VI etses rapports avec Flodoard du poème de celui-ci (14), le nombre des soldats d’une légion allemande du récit de la ba-